A peine les résultats connus en métropole (70% de non en Guyane, 79% en Martinique), la bonne presse dépendante s'est aussitôt frotté les mains en sous-main en faisant des élus locaux, majoritairement de gauche, sinon indépendantistes, les grands perdants du scrutin, et du Gouvernement français le grand plébiscité.
Or, il faut être particulièrement inique ou aveugle pour ne pas voir que la consultation populaire, annoncée à cor et à cris en juin par le Président de la République comme la solution équitable à la crise comparable aux accords Matignon de Michel Rocard sur la Nouvelle Calédonie, sous les applaudissements de Bernard Pons, l'homme par qui le scandale était alors arrivé, était une initiative strictement présidentielle dont le double non sonne comme un cinglant camouflet personnel (1).
Par un habile retournement de situation, Nicolas Sarkozy cherche donc à en faire porter le chapeau à l'opposition à deux semaines d'une nouvelle consultation locale sur la fusion des circonscriptions régionale et départementale et à quelques mois du renouvellement général des conseils régionaux. Il pourra également invoquer ces résultats à l'avenir pour ne rien faire, estimant les ultramarins s'étant clairement prononcés une fois pour toutes en sa faveur.
Rien n'est moins sûr. D'abord, parce que la question posée n'était pas celle de l'indépendance mais celle du maintien dans la République avec sortie de l'Union européenne (les collectivités d'outre-mer ne sont pas considérées comme des divisions administratives de l'Etat membre mais comme des territoires autonomes). Ensuite, parce que le Lyanag kont profitasyon, à l'origine des émeutes de l'an dernier, s'était prononcé dès le départ contre un référendum bidon, raison pour laquelle celui-ci n'a pas été organisé en Guadeloupe.
Au final, on serait tenté d'oser une comparaison risquée : Bonaparte s'est cassé les dents aux Antilles avec Toussaint-Louverture, Sarkozy s'y brisera-t-il les reins avec Elie Domota ?
L'avenir nous le dira.
Lincunable, 10 janvier
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