Un faux modeste reçoit sans chichi dans le salon Murat

Fâché avec la soupe à la grimace, j’avais prévu ce soir-là du potage au potimarron, variété de courge voisine du potiron devenue très prisée des gastronomes et qu’il est recommandé de déguster entre amis.

Sans concertation aucune, ces derniers se présentèrent à la maison pratiquement en même temps que le 20 heures du JT alors qu’on annonçait au petit écran dans les minutes suivantes une intervention très attendue du Président de la République, en direct du palais de l’Elysée (la dernière remontant au 12 juillet dernier, vous vous rendez compte), pour présenter la feuille de route du nouveau Gouvernement sous les tirs croisés de David Pujadas de France 2, Claire Chazal de TF1 et Michel Denisot de Canal +, émission retransmise simultanément sur les trois chaînes parce qu’une seule n’aurait pas suffi à capter l’attention des français et qu’un plus grand nombre aurait paru suspect.

Du coup, on s’est installé dans le canapé du salon, aussitôt baptisé « Cambronne » pour ses bons mots, et l’on est resté scotché par curiosité, un bol de potage sur les genoux.

En effet, le chaud show était couru d’avance, malgré un démarrage difficile où la star de l’affiche semblait hésitante, cherchant ses mots, voire bredouillant.

Quelques phrases-choc ont pu néanmoins être formulées en réponse sans doute aux reproches récurrents relevés ici ou là dans des synthèses de coupures de presse, y compris en ligne comme à Médiapart :

remaniement :

« J’ai beaucoup réfléchi à ces questions. Elles ne sont pas simples car le Président de la République n’a pas à faire de caprice ».

« Ne confondez pas les français et les commentateurs. Je respecte les commentateurs et les commentaires, mais moi j’ai le devoir d’agir ».

« Je comprends parfaitement que dans des commentaires on mette de l’ego »

« Vous me demandez si j’ai réfléchi. J’ai réfléchi ».

disparition du ministère de l’identité nationale :

« Le débat n’a pas été compris. Mon devoir, c’est d’écouter et d’entendre ce qu’on vous dit ».

« On peut me dire aussi qu’il a plu au mois de novembre, tout cela est exact ».

« J’ai donc renoncé à l’identité nationale comme mot mais sur le fond je n’y renonce pas ».

« Nous ne voulons pas en France de femme-prison, fussent-elles de textile »

« La diversité, je la pratique. D’ailleurs, c’est une fille de harki. Mais elle n’est pas que cela . Il ne faut pas la réduire à cela ».

réforme des retraites :

« La France est un pays éruptif ».

« Les français peuvent être fiers. Leurs syndicats ont été responsables ».

« Comme le disait très justement Michel Rocard » (cité trois fois)

« D’ailleurs Dominique Strauss-Kahn lui-même… » (cité deux fois)

« Si je devais réagir à chaque outrance, je ne ferai que ça »

« En période de sacrifice, vaut-il mieux un équipage pour un avion ou deux équipages pour deux avions ? »

roms :

« Quelle drôle de façon de réécrire l’histoire !».

« Vous, les médias, vous avez créé vous-même une stigmatisation sur deux carreaux cassés dans un commissariat ».

« Je n’ai pas été élu pour transgresser la loi ».

« Dans vos journaux, vous en avez parlé à 25 reprises ».

affaires des écoutes :

« je n’ai pas à me préoccuper des téléphones portables perdus par des journalistes »

« d’ailleurs, si je m’en occupais ça ne servirait à rien ».

dépendance :

« C’est un vrai sujet : cela concerne un français sur cinq ayant plus de 60 ans »

« et bien, nous allons réfléchir à la création d’une nouvelle branche de la sécurité sociale avec une grande consultation de six mois ».

réforme fiscale :

« il faut créer une zone en Europe où nos impôts seraient compatibles en harmonisant les assiettes avec l’Allemagne »

« il faut réduire les dépenses publiques. Nous avons déjà supprimé 135 000 postes de fonctionnaires »

emploi :

« il ne faut plus de licenciement économique en France. Nous allons voir avec Pôle Emploi comment obliger les chômeurs pour raison économique à accepter un nouvel emploi ou une formation ».

international :

« Je n’ai pas un tel ego que le problème pour moi soit d’imposer ma marque ».

libération de prix Nobel :

« Je me réjouis de la libération du prix Nobel en Birmanie. Vous savez les Chinois ont beaucoup pesé dans la décision des autorités. Si d’ailleurs l’opposante devait être à nouveau inquiétée, cela remettrait en cause l’implantation des entreprises françaises. Et je ne plaisante pas.»

« D’ailleurs, aussitôt libérée, elle s’est entretenue avec Carla »

exercice solitaire du pouvoir :

« François Fillon a vraiment été en première ligne pour la constitution du Gouvernement ».

Devant tant d’autocongratulations autistes, les réactions sont venues des participants à l’émission suivante, A vous de juger, animée par Arlette Chabot :

- Ségolène Royal = colère, car nous avons eu un président ne parlant que de lui-même, inconscient de la gravité des problèmes des français.

- François Bayrou = auto-analyse d’un président parlant uniquement de lui. Rien sur l’éducation, rien sur l’environnement.

- Pierre Moscovici = A travers le discours narcissique, Nicolas Sarkozy ne rassure pas mais agresse et transgresse. L’injustice demeure.

- François Chérèque = la compassion vis-à-vis des organisations syndicales masque le profond sentiment d’injustice qui s’est exprimé à travers tout le pays à l’occasion de la réforme des retraîtes.

- Dominique de Villepin = nous sommes dans une démocratie d’opérette où la coupure s’accroît entre les français. La dure réalité est préoccupante alors que le Président s’est contenté d’effeuiller la marguerite politique.

- Cécile Duflot = La politique n’est pas une séance de cinéma : ce n’est pas normal de se moquer des journalistes pour savoir ce qu’ils ont fait de leur téléphone portable.

- Marie-Georges Buffet = ce président est méprisant et.l’on voit se profiler les rapaces assurances derrière le chantier de la dépendance.

Lincunable, 17 novembre 2010

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