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Billet de blog 30 mai 2009

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BOLOGNE, QUEL PROCESSUS ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Aujourd’hui que les facultés sont rentrées dans le rang pour cause de préparation et de validation des examens plus que de renoncement à une opposition frontale à la réforme des universités (autonomie, statuts, masterisation), certains n’hésitent pas à mettre en cause le « processus de Bologne » comme responsable initial du malaise actuel.

A huit jours d’un scrutin européen peu mobilisateur, la question mérite d’être posée. En effet, la grogne dans l’enseignement supérieur ne s’est pas limitée à la France, mais a gagné aussi en Italie où l’on portait en procession dans les rues l’effigie de la ministre Gelmini, en Espagne où l’on pointait du doigt l’augmentation inconsidérée des frais d’inscription, en Grèce où les kouloukoufori ont fait leur apparition (1).

Or, s’il avait été appliqué correctement, le processus de Bologne aurait sans doute été un exemple d’intégration et d’identification européenne.

Né d’une déclaration commune des ministres chargés de l’enseignement supérieur à la conférence de Bologne le 19 juin 1999, le processus visait, dans un domaine délaissé jusque-là par l’UE, à construire d’ici 2010 un espace européen de l’enseignement supérieur, organisé autour d’un cadre commun de cycles d’études (court pour la licence en 3 ans, long pour un master en deux ans suivi le cas échéant d’un doctorat en 3 ans, système dit 3/5/8 ou L/M/D), d’une harmonisation des diplômes délivrés afin de les faire reconnaître comme équivalents partout en Europe et d’un système commun de crédits afin de promouvoir la mobilité des étudiants en leur permettant de suivre des études dans plusieurs universités européennes pour compléter leur formation.

On imagine le résultat sur une génération : au lieu d’avoir des citoyens arc-boutés sur leurs savoir-faire nationaux, on n’aurait plus que des européens parfaitement adaptés aux changements et conscients de leurs différences nationales autant que de leur identité européenne. D’ailleurs, à aucun moment, il ne s’est agi de créer un système universitaire unique mais de reconnaître les systèmes nationaux dans un cadre harmonisé.

Curieusement, même si la mise en œuvre du cadre commun n'est pas allée sans difficulté, compte tenu des spécificités de chaque Etat membre, ce n’est pas là-dessus que la grogne s'est focalisée mais sur des mesures nationales d’application jugées indispensables par les Etats bien que non demandées à Bologne :

- ainsi, l’Espagne de Jose Luis Zapatero a vite réalisé qu’accroître les moyens des universités par le biais de frais d’inscription exorbitants entrainerait une sélection par l’argent incompatible avec l’accès de tous à tous les savoirs, d’où sa décision d’augmenter en contrepartie le nombre de boursiers.

- en revanche, dans l’Italie de Silvio Berlusconi, la Grèce de Kostas Karamanlis et la France de Nicolas Sarkozy où l’accès de tous au savoir est le cadet des soucis, seul comptant la culture de la performance et la demande de l’entreprise, il est évident que le modèle n’est pas de construire un espace européen de l’enseignement universitaire mais un système à l’américaine et l’insertion dans le classement de Shanghai, l’autonomie des universités étant comprise comme une possibilité d’abandonner leur financement au marché et leurs performances à la concurrence internationale tout en mettant au pas ces foyers d’agitation permanente en modifiant leur gouvernance.

Ce n’est donc pas le processus de Bologne qui est à l’origine de la fronde des universités, mais bien le processus de droitisation politique qui gagne tous les pays de l’Union européenne.

Lincunable, 30 mai 2009.

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(1) personnes qui portaient des masques et cassaient les vitrines des magasins à Athènes à la fin des manifestations.

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