ENTSTELLUNG

« C’est en jouant sans y penser mais avec une techniqueparfaitement intégrée, que le jeu musical ne se laisse pas guiderpar son activité propre, s’il ne sent pas la musique en lui, il y aura reproduction et non création. Car la musique est le développement de quelque chose qui naît dans l’homme » (Sergiu Celibidache)

 

  • ENTSTELLUNG

    « Et LUX fiat ! »

    Telle fut la vibration première. Et dans les harmoniques de cette

    vibration sonnait aussi une vibration d’autre nature, « LUMEN ».

    Leur croisement n’était autre que celui du Temps et de l’Espace.

    Dans son opéra testament « Parsifal » ( Gurnemanz, acte 1 ) la

    musique de Wagner est l’incarnation d’un monde né du souffle dans les

    mythes de création où le son en tant qu’espace exerce un pouvoir réel

    sur le cosmos. Organiser cette matière sonore jusqu’en ce point où les

    harmoniques étant de plus en plus accordées avec le son fondamental,

    permettent d’ouvrir l’espace et de créer un monde dans une

    juste résonance (le son le plus grave étant en harmonie avec le son

    le plus aigu).

    Shopenhauer n’avait il pas « vu » que :

    « La note fondamentale est dans l’harmonie ce qu’est dans la Nature la

    matière inorganique, la matière brute sur laquelle « Tout » repose, se

    développe » ?

    En d’autres termes :

    « Si nous habitons un Éclair, il est le cœur de l’Éternel ». R. Char

    Chez les peuples premiers l’Éclair est la voix de l’ancêtre divinisé qui

    mime les éléments. « l’orage déchainé, le zig zag de l’éclair, le murmure

    des rivières, les vagues de l’océan, constituent une musique

    d’humanité ». G.Bachelard. C’est par la musique qui est imitation de ces

    voix que le primitif se rend maitre de la Nature et des forces supra

    naturelles qui vivent en lui, et plus précisément dans ses rêves, lui

    donnant un pouvoir d’action sur le monde : ainsi la musique vient du rêve

    chez les primitifs. Cette vision mythique du son s’origine dans les

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  • anciens textes védiques. Les Upanishads conçoivent le monde comme

    un corps humain engendré par un rêve divin.

    De même que les sons de la musique originelle de l’Univers sont

    devenus des formes, les rêves sont remplis de représentations

    acoustiques qui précèdent toujours les images chez le primitif. On peut

    concevoir la musique et la voix chez ces peuples comme un substrat de

    ces images rêvées c’est à dire tombées du cosmos.

    Et la Vie, impossible à définir que par elle-même, ressemble à un collier

    dont les perles seraient instants d’Éternité sur le fil d’un temps, lui-même

    en abime avec d’autres ouvertures temporelles, déployées au cœur du

    grand mystère.

    Le son dans son retentissement est reflet du cosmos, ou vibration

    d’énergies dont l’une de nature subtile, ni dans la matière, ni dans l’esprit

    invisible mais présente. C’est le principe de la « musique du ciel » dont

    la plénitude est inhérente au monde sonore qui peut être vécu « sans

    sonorité, au sens sensoriel du mot, telles des ondes sonores et

    silencieuses en même temps » (E. Minkowski).

    Ce retentissement serait l’une des propriétés fondamentales de la Vie,

    car réaliserait le « contact » avec elle.

    Le sens auditif en nous donnant accès à la « Sonorité des

    êtres et des choses » et à l’expression qui relie toujours ce qui exprime

    au sujet :

    « Un souffle de Vie passe, il vient animer une parcelle d’univers,

    et cette parcelle tressaille, palpite, devient VIVANTE. Elle exprime ce qui

    dans ce souffle de vie va vers elle en cherchant à s’exprimer » et nous

    met en connexion avec le cosmos. Provenant d’une source intérieure ce

    mouvement se dirige vers la part vibrante de son être, vers cette harpe

    Éolienne que tout homme possède en lui comme un secret et dont il lui

    faut apprendre à jouer.

    Si l’homme apprend à jouer de cette lyre placée au dedans de lui, il

    prendra conscience des forces qui l’animent. Tous nos sens ne sont que

    des harpes éoliennes qui attendent que les vents fassent frémir et vibrer

    leurs cordes sensibles pour faire entendre leur musique. Ce vent est en

    alchimie semblable à l’homme, en quête de l’équilibre et dont l’activité

    intérieure, s elle sait s’accorder avec le Grand Rythme, peut créer un

    concert de relations capables de réunir différents niveaux de réalités en

    ouvrant en lui un espace immense.

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  • Lorsque le sens auditif est en synchronie avec le sens visuel,

    il permet chez les peuples premiers de percevoir « des choses que

    personne n’a vu » ( A.Rimbaud).

     

    Ainsi le satellite de Sirius, « Compagnon », invisible à l’œil nu

    est cependant connu des Dogons, des Bambaras, et des Bozo du Niger

    ainsi que des Hottentots. Or Sirius occupait une place prépondérante

    dans l’astronomie de l’Égypte, car son lever héliaque correspondait à la

    crue du Nil.

    L’harmonie visible des signes du ciel correspond à la « voix de l’oracle ».

    C’est aussi « la voix des substances » dont parlait Jacob Boehme.

    C’est la musique des sphères : « From Beyonder ».

    Abandonnons nous :

    « C’est en jouant sans y penser mais avec une technique

    parfaitement intégrée, que le jeu musical pourra devenir vivant, en tant

    qu’expression unique du corps de l’interprète. S’il ne se laisse pas guider

    par son activité propre, s’il ne sent pas la musique en lui, il y aura

    reproduction et non création. Car la musique est le développement de

    quelque chose qui naît dans l’homme ».( Sergiu Celibidace)

     

     

    « Alors : « Sine Musica, Nulla Vita »,

    Linden Blossom

 

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