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Billet de blog 2 mai 2016

LES JEUNES A LA RUE, LA MAIRIE RESPONSABLE !

Les jeunes étrangers ne vivent dans la rue par choix. Leur situation, c’est à dire dormir dehors et être isolés, découle d’un refus, celui des autorités. C’est parce qu’il y a refus que des habitants, des bénévoles et des militants s’activent, toujours dans l’urgence, au rythme des rejets et des refus de prise en charge qui sont la conséquence d’une politique assumée.

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 Au mois d'avril 2015, la Mairie de Paris prétendait mettre en place "... une politique exemplaire en matière de protection et prise en charge des mineurs..." avec un nouveau plan d'accueil et d'orientation, voté par les élus.

 Depuis, selon les recensements des différents collectifs, plus de la moitié des mineurs qui se présentent dans le dispositif d'accueil parisien font l'objet d'un refus de prise en charge de la part des services de l'Aide Sociale à l'Enfance de Paris. La mise en doute systématique de leurs documents d'état civil, comme de leurs propos, outre la violence que représente ce déni, sont autant de motifs pour remettre en cause leur minorité et renvoyer purement et simplement ces jeunes à la rue, sans qu'aucune mesure de protection ne soit prise, malgré leur situation de vulnérabilité.

 Ainsi, dans les rues de Paris, des adolescents vivent dans le dénuement le plus complet : sans hébergement la nuit, ni lieu d’accueil le jour ; pas de nourriture ni de vêtements. Aucun suivi social, médical ou psychologique. Traumatisés par des migrations éprouvantes, ces jeunes doivent supporter les conditions extrêmement rudes d'une vie à la rue. Leurs troubles psychologiques en sont redoublés et de nouvelles pathologies apparaissent. Quant à leur scolarisation, celle-ci est désormais anormalement subordonnée à une reconnaissance de la minorité par le juge.

 Les recours juridiques durent des mois, pendant lesquels ces jeunes sont livrés à eux-mêmes, alors que plus de la moitié de ces recours aboutissent finalement à une reconnaissance de leur minorité par le Juge des enfants ! Ni mineurs selon l'aide sociale à l'enfance, ni majeurs pour les dispositifs d'hébergement d'urgence, puisque détenteurs de documents d'état civil attestant de leur minorité, ces jeunes sont méthodiquement écartés de toute protection et délibérément exposés aux dangers inhérents à une vie à la rue. Beaucoup dorment où ils peuvent, alors même qu’ils sont scolarisés. L’usage des tests osseux, humiliant et dégradant (dont la fiabilité est unanimement dénoncée par la communauté médicale et scientifique) s’intensifie.

 Cette politique est inacceptable. Nous refusons que des jeunes soient traités comme des indésirables, au seul motif qu'ils sont étrangers. Ils doivent être considérés pour ce qu'ils sont : des jeunes privés de soutien parental et qu'il faut protéger.

 Le défenseur des Droits rappelle un principe fondamental d’égalité : "l'Etat français est lié par les obligations découlant de la convention internationale des droits de l'enfant (CIDE) à l'égard des MIE comme il l'est de tout enfant présent sur son territoire". La Mairie de Paris se doit d’appliquer rigoureusement les dispositions de la convention internationale des droits de l'enfant, que la France a signé.

Au delà des obligations internationales, se pose la question de ce que nous-mêmes voulons, particulièrement lorsque les droits des jeunes et l'application de principes aussi élémentaires sont ouvertement bafoués.

 Accepte-t-on que des jeunes soient privés d’une protection minimale? Ou bien considère-t-on, au contraire, que le rôle de la mairie de Paris est de protéger ceux qui sont ici et en ont besoin? Ce principe vaut pour quiconque, quelle que soit sa situation et sa nationalité : jeune majeur ou mineur isolé, réfugié, famille Rom, personne pauvre ou en grande précarité.
Seule une position indifférente au critère national et conforme à une certaine idée de l'Etat au service de tous est acceptable.

LES JEUNES À L'ÉCOLE, PAS À LA RUE ! 

 Vendredi 22 avril, devant l'hôtel de ville et face aux bureaux de l'ASE (Aide sociale à l'enfance), Les collectifs réunis pour la protection des jeunes isolés se sont rassemblés avec des jeunes étrangers « isolés » pour interpeller publiquement la mairie de Paris sur l'aggravation de leur situation. Cette mobilisation s'est poursuivie à Nuit Debout avec des prises de paroles place de la République. Des jeunes de différentes nationalités, des jeunes de partout, scandaient ensemble « les mineurs à l'école ». On pouvait lire et entendre : « Je suis là », « Nous sommes là », « J'ai perdu ma mère, j'ai mal à la vie » ...

La place de ces jeunes c'est effectivement l'école et non la rue, l'errance ou l'abandon. Ces jeunes sont là, ils ont toute leur place à l'école. L'école, ce n'est pas seulement l'apprentissage, c'est aussi la place qui leur est due et que nous leur reconnaissons. Cela inclut notamment l’hébergement, le suivi social, médical et psychologique.

Tous les jeunes à la rue doivent dès à présent être hébergés, nourris, vêtus, scolarisés, suivis avec attention et bienveillance, quelles que soient les évaluations du DEMIE ou les notifications de la DASES. Ces adolescents ne peuvent attendre à la rue pendant des mois une hypothétique reconnaissance de leur minorité.

 En conséquence, nous exigeons :

• L'hébergement de tous les jeunes isolés, qu'ils soient mineurs ou majeurs, dans des conditions conformes à leurs besoins.

• La scolarisation immédiate et sans condition de tous.

• La mobilisation de tous les services sociaux municipaux dans le but d’assurer leur protection effective.

Collectif Parisien pour la Protection des Jeunes et Mineurs Isolés Étrangers

cpmjie@gmail.com

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