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Billet de blog 16 oct. 2016

Combattre résolument la ségrégation nationale

Des gens, tous réfugiés, sont sévèrement triés, indistinctement hommes, femmes et enfants. Ils trouvent abri sur les pavés des grandes villes, peuplent les places, les avenues fréquentées et se serrent dans les bidonvilles. Leur oubli est impossible !

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Des gens, tous réfugiés, sont sévèrement triés, indistinctement hommes, femmes et enfants. Ils trouvent abri sur les pavés des grandes villes, peuplent les places, les avenues fréquentées et se serrent dans les bidonvilles. Leur oubli est impossible ! Certains sont parqués et privés de liberté, enfants compris, dans des centres de rétention.

 « Peu importe qu’ils soient avec leur famille ou qu’ils n’y passent qu’une nuit. La place d’un enfant ne sera jamais dans ce type de lieu, privé de liberté ». Geneviève Avenard, Défenseure des droits

 Les autorités publiques ont décidé d’organiser leur tri, opération inédite en France depuis la guerre d’Algérie. Les vieilles persécutions sont-elles ressuscitées ? Cette population comprend des hommes et femmes seuls, des familles avec enfants, des enfants et mineurs isolés. Il ne s’agit pas d’accueillir mais de trier. Les conditions de ce tri sont opaques, puisque le résultat, tu, est le tarissement définitif de leur flot incessant. Dans l’attente d’un dispositif juridique parfaitement adapté à ce but, l’entreprise est, hors de toute règle de justice, d’ordre strictement administratif.

 Les préfectures et les forces de police, aidées de supplétifs associatifs, formalisent à échelle nationale un vaste plan de déplacement des populations qui n’a fait l’objet d’aucune annonce publique détaillée. Il ne peut donc être contesté, alors qu’il est par essence contraire au droit. Cette pratique administrative d’Etat sauvage est le signe de ce que nous sommes précipités dans une politique brutale et ignoble qui ordonne en silence les bouleversements aveugles et équivoques de ce pays.

 Parlons des enfants et mineurs réfugiés, pris dans la soumission à l’univers de ces nouvelles mesures.

 En droit, un mineur étranger isolé doit être accueilli parce que mineur et non parce qu’étranger. Sa vulnérabilité est expression de sa minorité et non de son appartenance à une catégorie ou sous catégorie d’étrangers.

 Le principe que les lois imposaient antérieurement, un enfant doit être protégé, est supplanté, du fait de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d’asile et ensuite de la loi du 14 mars 2016 dite de protection de l’enfance, par un principe de discrimination et d’exception nationale. L’abandon public est désormais autorisé.

 A quoi servent les lois si l’oubli de ce qui fut, un temps, un devoir absolu : protéger les enfants, n’est pas aboli ?

L’abandon public provoque malheur et détresse. Il suppose ou préfigure l’élimination d’une partie des gens, aussi avons-nous la certitude qu’il faut s’y opposer.

Nous sommes partisans d'un droit égal, indifférent à la nationalité, appuyé sur la situation réelle des gens. Nous nous opposons aux tenants d'une différenciation nationale. Il faut observer que "le national" est la bannière électorale du moment. « National » et « Électoral » s'accordent pour rendre impensable un abord du droit qui vaille avant tout pour les personnes. 

 Dans les esprits, même les meilleurs, ces jeunes seront tenus pour errant. A aider certes, mais errants. Or, d’autres arrivent, plus nombreux. Il faudra bien, loi ou pas, trouver une convention qui les place ici avec leurs gestes, leur façon d’être, leur vie et, au nom du matérialisme même, dire que ces gens existent et sont nos égaux. L’outrepasser est impossible.

 Contre l’œuvre de ségrégation nationale, résultat de la volonté politique des acteurs d’Etat, les gens partisans d'un droit et d’une politique attachés au réel, potentiellement nombreux mais dans les faits très dispersés, ont le devoir de se regrouper.

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