Mon désarroi

Malgré la lassitude qui submerge un peu mon esprit de temps à autres, je ne baisserai jamais la garde. Je ne courberai pas l’échine, je ne ploierai pas sous le fardeau que l’on veut avec obstination nous faire porter : jamais je ne laisserai passer l’injustice, où quelle soit. La dernière fois que je ne me suis plus senti capable de pleurer – ce qui est la forme ultime du combat – ou plus la force de m’opposer par les mots, j’ai vécu les pires moments de mon existence. Fort heureusement les pleurs chez moi sont fréquents, et la révolte régulière. Ainsi, qu’elle que soit le moyen utilisé, l’action reste toujours possible. A ces deux choses – les larmes ou le désarroi de la colère – s’ajoute la prière. C’est sur elle que je m’appuie pour ne pas blesser les gens par la violence verbale et physique que déclanchaient chez moi, il y a déjà longtemps, le racisme, la xénophobie, le rejet des plus pauvres, les guerres infanticides.

Oui, les combats ne manquent pas plus aujourd’hui qu’hier, mais j’ai décidé un jour de ne pas mettre une claque, une simple claque, au lepéniste de service, qui est toujours plus ou moins présent dans une assemblée. Je prie pour lui. Ceci dit, une patate par-ci par-là de temps en temps…ça démange. Mon Dieu, Seigneur, que ça soulagerait !!! Juste une. Promis. C’est l’éternel déchirement qui s’opère en moi : me convertir un peu plus de jour en jour, trouver chaque jour un peu plus la paix, et l’autre solution étant, je l’ai dit, la bonne vieille correction et la colère qui tue à feu doux chacun de ceux qui se révoltent contre l’injustice sous toutes ses formes.

Si l’on écarte la violence pour des raisons idéologique et logique, il ne reste que les pleurs et la prière. Mais ces deux choses sont des « grâces », des dons, des « talents ». Le Christ, entre autre, nous montre une autre voix, en supplément : la faiblesse volontaire, l’abandon de soi, le don gratuit de soi. En clair, un certain laissé aller pour certains, une débandade pour d’autres.

Quoi qu’il en soit en pleurant, en priant, et en m’abandonnant, en faisant confiance, je suis certain d’éviter la violence qui ne résout rien. Je garde ainsi ce que j’ai de plus cher : mon indépendance totale envers toute forme de pensée restrictive et activiste. J’ai choisi de contempler le monde. Et puis d’écrire aussi. Mon désarroi.

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