Travailleurs pauvres et pauvres travailleurs

C’est un grand dégoût qui m’envahit de jours en jours un peu plus : devant cette misère constante et cette paupérisation dégueulasse dans un pays plein de richesses humaines et financières. Oui, plein de ressources humaines. Alors pourquoi tant de misère ? D’où peu bien nous venir ce désarroi, ces interrogations que l’on pourrait qualifier d’existentielles, tant il ne devrait y avoir de pauvreté matérielle dans un pays aussi riche que le notre. C’est que le profit veut faire valoir ses droits. Mais qu’est-ce que ses droits ? Le droit de se moquer de toute une partie, importante, de la population ? Jusqu’à quand nous fera-t-on croire que nous habitons tel ou tel pays du tiers-monde, et qu’il n’est rien d’autre à espérer que la misère au sein même de l’opulence ?

La pire des choses est que, à l’instant même où j’écris ces lignes, des familles entières de travailleurs pauvres n’ont pas de quoi se loger, pas de quoi manger. Travailler pour ne pas avoir de toit, travailler pour être en dessous du seuil de pauvreté. Il est certain que Madame Parisot n’a que faire de la misère ambiante, mais, pourtant, a-t-elle vraiment le goût des nuits passées à la belle étoile, avec deux enfants à charge ? Pourquoi n’éprouve-t-elle aucune honte devant cette infâme situation ? Honte ? Non ! Puisqu’elle propose la suppression pure et simple des charges patronales qu’elle voudrait voir se reporter sur les salariés « afin qu’ainsi ils soient plus sensibilisés aux problèmes des questions portant sur les retraites, l’assurance maladie, etc.… »

Que Madame Parisot se rassure, le peuple sait de quoi sont faites la maladie et la vieillesse qui suivent une dure vie de labeur en des tâches ingrates et mal rémunérées. Le peuple sait qu’il peut demain se retrouver dehors, qu’il peut demain se retrouver malade, et n’avoir de sa jeunesse que de vagues souvenirs. Le peuple sait. Tout cela. Avec la plus grande des certitudes.

Souhaitons donc bon appétit et bonne nuit à Madame Parisot. Et puis, aussi, une bonne santé. Car serait-il déraisonnable de penser qu’elle se trouve à l’abri de la faim et qu’elle devrait passer la nuit au chaud. Elle qui travaille tant.

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