Liberté d'expression dans la presse quotidienne régionale...

A la suite de son intervention publique lors d'une conférence d'Edwy Plenel consacrée à "la liberté d'expression dans les media" (...) dans le cadre du festival Résistance(s) (...) à Clamecy (Nièvre) le 4 décembre dernier, un correspondant de l'Yonne républicaine qui avait évoqué le sort de ces soutiers de l'information locale sans aucun statut a été brutalement limogé par le journal.

Copie du courrier adressé le 5 Janvier à Madame Edith Caillard, présidente du groupe Centrefrance, propriétaire (entre autres) de l'Yonne républicaine et le Journal du Centre (Nièvre).

Madame la présidente,

c'est en appelant le responsable des correspondants à la rédaction d'Auxerre de l'Yonne républicaine, hier, 16 Décembre dernier, pour lui poser une question sur la réduction d'un de mes articles -paru le jour même- que celui-ci m'a dit -d'une voix éteinte- être chargé par le comité de direction de m'annoncer la fin de notre collaboration. Peine capitale sans procès, exécutée d'un coup de fil.

Peut-être aurais-je du lui demander si quelques âmes charitables n'avaient pas rapporté mon intervention publique à la fin d’une conférence d’Edwy Plenel donnée à Clamecy le 4 décembre dans le cadre du festival Résistance(s) consacrée à «la liberté d’expression dans les media». Je l’avais interrogé sur les pratiques de la PQR concernant les correspondants de presse…

Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage.

Correspondant local depuis Juillet 2012 pour plusieurs cantons ruraux de l'Yonne (soit une production d'environ 600 articles et 300 photos de taille variable), j'aurais, selon lui, outrepassé mon rôle en signant un article dans une publication indépendante de Clamecy, qui aurait indisposé certains élus locaux... (Le Picot, "irrégulomadaire" associatif "issu de la Résistance à l'apathie", tiré à 1500 exemplaires, créé en 2003, exclusivement rédigé par des bénévoles). (Copie en annexe)

Je lui ai fait observer que cet article était paru en Mai dernier, et que le sujet traité (voir copie en annexe) avait fait l'objet de ma part d'un certain nombre d'alertes à la rédaction, restées sans suites. Je me suis abstenu de lui faire remarquer que l'article incriminé n'avait fait l'objet d'aucune demande de rectification sur les faits présentés, ni droit de réponse de la part des personnalités citées.

Je lui ai cependant rappelé que j'assumais par défaut, depuis près de deux ans, le rôle de correspondant sur le canton concerné, à la demande du journal, faute de candidat(e)s...

Je ne me suis pas étendu sur l'absence de statut des correspondants, rémunérés et défrayés sur des barêmes indigents (0.80€ la brève, 0,33 le km...), sur le choix que j'ai fait de ne pas me présenter à l'élection municipale de ma petite commune (150 habitants) pour conserver mon modeste rôle au journal, (dans cet esprit, l'ex-rédacteur en chef-adjoint a même déconseillé à mon épouse de se présenter...), sur le mépris abyssal dans lequel nous sommes tenus par la rédaction (articles lacunaires consacrés à nos territoires, écrits par des journalistes méconnaissant le terrain en omettant systématiquement de nous consulter), sur l'absence de signature, de crédit photo et de mention de nos noms dans la version papier (paradoxalement présents sur le site Yonne.fr...), sur l'absence totale de réponse du rédacteur en chef à plusieurs courriers circonstanciés, sur le nombre incalculable de manquements d'égards élémentaires pour notre travail de proximité dont la liste exhaustive remplirait plusieurs pages, omissions ou minimisations volontaires de faits divers et variés que je me ferai un plaisir de vous détailler, le cas échéant.

Pas plus que je n'ai abordé la carence de couverture annoncée de mon ex-zone d'intérêt pour laquelle les candidatures sont inexistantes de manière récurrente. Ni sur le monopole absolu de l'Yonne républicaine (et du Journal du Centre) sur les deux départements (89 et 58).

Pas plus que je n'ai insisté sur l'écoeurement des populations rurales bien conscientes de ces négligences qui pourrait bien participer à l'exaspération issue du récent scrutin régional...

J'ai simplement demandé de pouvoir terminer mon programme du mois. Et de bien vouloir m'adresser un courrier motivant cette décision. Reçu par mail le 28 Décembre (copie en annexe)

Par une splendide ironie, parcourant l'Yonne républicaine le lendemain 17 décembre, je découvre (en page 44) le compte-rendu du dernier Prix Varenne, émanation directe de Centre France, qui récompense l'excellence journalistique.

J'y note avec gourmandise un extrait de l'intervention de Boris Cyrulnik, président de la cérémonie, soulignant : "L'importance qu'il y avait à ne pas accepter une pensée unique. La nécessité aussi de vivre en permanence en recherchant la contradiction. Pour se préserver des systèmes totalitaires qui offrent une vérité toute faite." (...).

Ultime palinodie : le 21 Décembre, paraissait mon dernier article dans l'YR, annonçant la décision de 5 des 10 communes concernées de quitter la fameuse Com-Com... Exceptionnellement signé par mes initiales... (copie en annexe). A devenir chèvre...

Le sort réservé à ses correspondants par l'ensemble de la PQR est dénoncé en vain depuis des décennies par tous ceux qui connaissent leurs conditions d'exercice et l'importance de leur contribution au lien social, ciment de la démocratie.

Madame la présidente, pourriez-vous me faire l'aumône d'une réponse, même dilatoire, ne serait-ce que pour manifester -a minima- un semblant de respect de la part de votre estimable entreprise à ses collaborateurs, fussent-ils plus que subalternes ?

Pour mémoire, extrait de votre dernier "mot de la Présidente"(Centrefrancecommunication.com) :

"Nous savons que nos entreprises recèlent de nombreux talents qui méritent, tous, notre considération et notre reconnaissance. La solidarité et les valeurs humaines, l’esprit d’initiative et la responsabilisation de chacun ont toujours été défendus et même revendiqués par Centre France. Ces notions sont au cœur de nos préoccupations et nous continuerons d’œuvrer en ce sens."

Avec ma meilleure considération, en gardant le souvenir que La Montagne a été le journal d'Alexandre Vialatte...

Lionel DESCHAMPS

Ex-correspondant de l'Yonne républicaine pour les anciens cantons de Coulanges sur Yonne, Courson les carrières et Commune de Châtel-Censoir et environs (20 communes, 6000 habitants et quelques dizaines d'associations).

Le Picot - irrégulomadaire issu de la résistance à l'apathie - Mai 2015 (pdf, 2.7 MB)

 

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