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Billet de blog 8 janvier 2026

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Découverte d’un clientélisme insoupçonné : la chasse aux présumés cons.

Le RN a trouvé une forme argumentative simple qui convient à la fois aux médias et à un électorat en recherche de vengeance sociale face à l'injustice sociale réelle qui lui est faite.

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Incroyable aveu ! au cours d’une discussion que ses protagonistes croyaient privée, un journaliste « sauvage » aurait enregistré les paroles suivantes.
« tu sais pourquoi les plateaux médiatiques nous sont si favorables, outre le tri en amont des invités, qui nous fait passer bien plus souvent que nos vrais adversaires dans ceux-ci? ».
- « Non. Peut être la complaisance des interviewers qui posent les problèmes comme vous voulez les poser vous même, ignorant les autres façons de les poser ? »
- « Il y a de ça bien sûr. Sais tu par exemple qu’en vérité les meurtres sont en baisse sur trente ans dans notre pays malgré l’obsession qu’en font Cnews, BFM, etc....mais ce n’est pas le principal ».
- « A l’inverse le traitement violent et intéressé de vos adversaires : fausses accusations d’antisémitisme, coupures de paroles avec réorientation de questions sur d’autres sujets qui n’ont rien à voir, ignorance de leur programme au profit des conflits de personnes, etc... ».
- « Là aussi tu as partiellement raison. Je suis toujours étonné de voir La Sainte Trique, qui pis est sur un pseudo « service public » si évidemment à droite (parenthèse ; alors que nous faisons semblant de la dire trop à gauche bien sûr ! Petit sourire ironique), , je disais donc je suis toujours étonné de voir la Sainte Trique se livrer à de telles grosses ficelles comme celles que tu évoquais pour déstabiliser Mélenchon et LFI par exemple. Mais l’essentiel n’est toujours pas là ».
- « Ma foi je ne vois pas ».
- « Je te donne un indice. Beaucoup de chercheurs en sciences sociales ,qui connaissent bien mieux que nous et surtout bien plus profondément que nous la société français, refusent de débattre avec nous dans les médias. D’après toi pourquoi ? »
- « Peut être par honneur pour ne pas vous apporter une caution démocratique et morale ? »
- « Là aussi tu as en partie raison. Mais la raison principale n’est toujours pas là. »
- »Ma foi, je donne ma langue au chat ».
- « et bien, quitte à te choquer, notre force provient notre très haut degré de conneries par phrase, sans doute inégalé. Et oui ! Il y a tellement de choses implicites et fausses dans la moindre de nos paroles qu’il est très difficile pour quelqu’un d’honnête et connaissant bien les problèmes de nous répondre de façon courte et probante ,comme l’exigent les mœurs médiatiques d’aujourd’hui, ou encore pire les réseaux sociaux bien sûr !A croire qu’ils sont faits pour nous d’ailleurs. Quelqu’un qui connaît bien les problèmes dont nous faisons semblant de parler aura besoin de beaucoup de temps et d’un long détour pour en parler sérieusement. Alors que nous, paf ; une affirmation brutale et cinglante en quelques mots et l’affaire est réglée».
- « tu pourrais donner un exemple concret ? »
- « Quand nous lançons par exemple « les étrangers profitent du système français ». Pour détruire cette simple affirmation, le gars en face doit rappeler que les étrangers travaillent dans des secteurs qui sans eux s’effondreraient. Je pense au BTP, au travail dans les champs, les hôpitaux etc...que bien souvent ils sont bien moins payés qu’ils ne devraient l’être dans des conditions normales. Pense aux médecins dits « étrangers » dans les hôpitaux par exemple. Que donc ils cotisent pour le système de social et nos retraites en particulier, etc. On doit d’ailleurs remercier les journalistes qui en général ne le laissent pas finir sa démonstration et le coupent avant pour lui lancer une autre question qui n’a souvent rien à voir avec le sujet traité. Parfois je me demande s’ils ne nous montrent pas patte blanche d’avance faisant l’hypothèse que bientôt on sera au pouvoir et que s’ils veulent avoir du travail dans le futur, ils ont intérêt à nous cajoler maintenant. »
- « Mais c’est horrible ce que tu dis ».
- »En effet, mais parfois on peut faire bien pire. Un jour par exemple Bordel Là s’est carrément permis de sortir à LFI lors d’une confrontation entre candidats « amis du Hamas ». Pour le contrer sérieusement, le gars aurait dû avoir le temps de dire que depuis 1948 le droit international est bafoué, montrer la carte de la progression des colonisations depuis cette date, comparer par des schémas le nombre de morts au cours de chaque guerre dans les deux camps, etc....et ne parlons même pas des interdictions implicites de prononcer les mots de résistance au sionisme et d’occupation illégale. Dans toutes nos façons d’argumenter dans les médias , il y a un principe simple. Nous nous adressons à des gens qui, de part leurs conditions de travail, leur conditions économique, leur impossibilité d’accéder à une culture et une information de qualité, et surtout à des gens à qui les médias expliquent à longueur de temps, qu’on ne peut rien à un système économique qui les broie et qu’ils doivent accepter l’injustice sociale, des gens donc qui ont besoin de retrouver une puissance et un ennemi simple à combattre, fût il illusoire. Il faut leur servir un espoir, fût-il faux, d’agir sur leur condition, de leur redonner une puissance et une fierté. C’est ce que nous leur servons. La forme simpliste de notre argumentation est adéquate à cette pulsion qui les travaille. Je te renvois à l’excellent article de Lordon et Lucbert dans le dernier Monde Diplo que Dieu merci nos électeurs ne lisent pas, tant ils prendraient conscience de notre malhonnêteté cultivée. »
- « Mais justement, tu n’as pas peur qu’ils n’aient pas besoin de lire Le Monde Diplo pour prendre conscience de ce que vous les prenez pour des cons ? »
- « C’est un risque à courir. Mais il y a une opportunité à saisir. Ils ont tellement été violentés et trahis par la fausse gauche, la gauche molle, que certains cherchent à reconstituer (petit rire ironique de nouveau), alors que partout où elle est passée, elle s’est traduite, et se retraduira si elle repasserait, par une montée en flèche de cette pulsion de vengeance qui se cherche à tout prix un ennemi à combattre, je disais donc ils ont tellement été trahis et violentés, qu’il y a pour nous une opportunité à nous saisir de cette pulsion, dussions nous la réorienter sur nos pulsions à nous. Le racisme ça se cultive et ça s’accroît. Et merci aux médias de travailler si bien dans notre sens ».
PS : un dialogue imaginaire (parce que trop sincère?) pour être avoué tel quel.

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