une abstention logique

Le dégoût pour la politique a une logique politique. Ce n'est pas un "incivisme".

Pourquoi l’abstention me tente de plus en plus et le message qu’elle porterait.

Il est pour le moins curieux de voir des gens (éternelles mêmes têtes «politiques», mais aussi éternels journalistes, éternels sondeurs et éternels autres commentateurs auto-désignés de « ce que pensent les français»: discours d’une oligarchie bien installée dans lequel je ne,reconnais jamais ce que je pense, à croire que je ne suis pas français) il est donc curieux de voir ces gens rejetés par une majorité de plus en plus grandissante vous expliquer pourquoi vous les rejetez! (le comble du mépris de l’auditeur/électeur à vrai dire).
S’ils avaient un brin d’intelligence et d’honnêteté, ils diraient: «mais la majorité des français ne supportent plus nos discours (sans parler de nos actions ou plus sérieusement de nos inactions) , alors je vous demande à vous journalistes de donner la parole à cette majorité aujourd’hui invisible (et certainement très hétérogène) afin de comprendre les raisons de notre rejet (à ma connaissance, seul Ruffin qui s’est mis au SMIG, ce n’est pas anodin, fait celà). La priorité est là ».
Mais non. On a déjà là un premier aveu inconscient de ce que certains politiques (ceux qui font toute leur vie dans la politique ) méprisent leurs électeurs qui ne sont que des marches pieds pour accéder à des positions fort intéressantes (salaires, retraites, logement de fonction : une condition bien loin de celle qu’ils imposent à la majorité des français, «parce qu’on ne peut pas faire autrement » dans une économie mondialisée. Sauf pour eux bien sûr! Un statut fort protecteur) .
Ces éternels politiques qui vivent très bien par et de la politique toute leur vie, s’ils pouvaient le faire en se passant des électeurs qu’ils sont censés représenter, le feraient sans problèmes.Vous me direz que j’exagère et que je vais trop loin ? Mais regardez leur réaction ce soir (un rituel bien installé dans ce genre de soirée) : au bout de dix minutes, après avoir fait semblant de pleurer sur la catastrophique abstention, ils parlent comme si elle n’avait pas eu lieu. De même du côté journalistique « untel est devant untel, un résultat inattendu».
Mais bande d’imbéciles malhonnêtes, arrêtez vos fake news complotistes et ayez au moins l’honnêteté de recalculer et de donner les scores réels en fonction de l’abstention, et vous verrez qu’avec de tels taux d’abstention, les différences sont minimes et quasiment accidentelles (sans parler des pseudos « progressions » d’un électorat d’une élection à l’autre). Et surtout, vous dévoilerez l’état réel de ce régime dit de « démocratie » (que personnellement je dénomme « régime des mots rassis », tant l’hypocrisie y prédomine) : on peut faire les lois et diriger un pays ou une région avec un électorat microscopique sans problèmes. Avec une légère avance sur ses adversaires, même si vous ne représentez réellement que 5 % du pays, vous pouvez le diriger. La démocratie n’est pas le règne de la majorité, mais de la minorité qui sait habilement dégoûter et écarter une majorité des électeurs dans l’abstention par des discours incontrôlables et fumeux (impossible de ne pas penser à Franck Lepage) , mais aussi qui peut favoriser et profiter habilement de la division de ses adversaires. Le plus roublard l’emporte.
Une dernière chose fort ironique (rire jaune) pour commencer à approcher les raisons du dégoût évident pour la classe politique telle qu’elle est organisée en France (outre bien sûr la cause essentielle qui est l’acceptation du capitalisme par la pseudo « gauche » mittérandiste qui a miné et fait exploser la différence gauche droite et constitue la cause structurelle de la montée du FN). Ces gens qui ont mis les autres sous la coupe de la concurrence et du marché libre et non faussé se sont construit un marché protégé. Même si seulement 5,1 % de la population m’élit (par exemple si seulement 10 % de la population vote avec une abstention à 90 %), le nombre de postes reste le même et les salaires et les avantages afférents sont les mêmes : pas de mise en faillite d’une entreprise qui tourne mal : tel est le marché politique en France aujourd’hui, marché protégé pour ceux qui mettent les autres sous la coupe des marchés non protégés.
Ces réactions sont provisoires, contestables et révisables, mais le dégoût profond est là...ça ne pourra pas durer longtemps.

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