Moi Charlie Hebdo

Le droit de caricaturer est inaliénable, y compris contre ceux qui caricaturent.

J'espère que les défenseurs du droit de caricaturer accepteront qu'on les caricature eux mêmes (?)

 

 

Moi Charlie Hebdo.


Moi Charlie Hebdo, je veux porter le Front National au gouvernement.
Moi Charlie Hebdo, je me donne le droit d'exciter jusqu'au bout les prolétaires des banlieues et les perdants de la mondialisation tombés dans le fanatisme religieux, quel qu'en soient les conséquences pour le pays et le monde (meurtres, attentats...)
Moi Charlie Hebdo je refuse la déontologie implicite qui veut que les caricatures n'attaquent que les puissants du moment. On doit pouvoir caricaturer (pour ne pas dire insulter) les pauvres, surtout si ils sont devenus manifestement fous, et que leur cas relève plus de la psychiatrie que de l'engagement religieux sérieux. Pas de séparatisme.
Moi, Charlie Hebdo, je demanderai socio-illogiquement à un public pauvre et culturellement défavorisé d'avoir la même ouverture mentale à mes caricatures qu'un bobo favorisé de mon lectorat.
Moi Charlie Hebdo, ma liberté ne souffrira aucune limite quelque soit la conjoncture historique.
Et comme l'a dit Alain Gresh quelque part,  sous le nazisme, j'aurai aussi caricaturer le fanatisme des extrémistes religieux juifs, comme je caricature aujourd'hui l'extrémisme islamique par temps de montée de l'extrême droite.
Moi Charlie Hebdo, j'ignorerai toute posture intelligente qui consiste à ne pas répondre à un extrémiste sur son terrain pour le contourner et le délégitimer par d'autres voies (l'éducation et la réintroduction de services publics avec de vrais moyens dans les banlieues, une vraie sécurité sociale et économique pour tout le monde, un exemple concret de société égalitaire entre hommes et femmes, etc.. ).
Moi Charlie Hebdo, je ne travaillerai surtout pas à la montée d'une conscience sociale qui consisterait à mettre en lien (et en cause) la lutte de classe menée tambour battant par les dominants de ce pays ( et d'autres) et la pauvreté et la ghettoïsation des banlieues amenant ses perdants à se réfugier dans un engagement religieux fantasmé.
Moi Charlie Hebdo, défenseur intransigeant de la démocratie, j'assimilerai tout opposant à ma stratégie de la caricature comme un collaborateur objectif des extrémistes islamistes, même s'il pense que l'extrémisme religieux se combat par d'autres voies que la mienne.
Moi Charlie Hebdo (bénéficiant d'une protection policière contrairement à vous), je vous entraînerai que vous le vouliez ou non dans ma croisade d'un autre âge. Je veux cette guerre et je vous l'imposerai. Garde à vous!!, je ne veux voir qu'une tête!

Moi Charlie Hebdo. Moi, moi, moi.....Mon moi est au dessus de tout.

PS : je suis tombé sur cette déclaration de Phillipe Geluck (dessinateur du chat entre autres) qui incarne exactement ma position. Pour ceux qui veulent vérifier que je ne déforme pas ses paroles,

https://www.france.tv/.../1998553-emission-du-mardi-20...

Claire Chazal lui demande ce qu'il pense des événements. Après avoir dit que cette décapitation l'avait atteint (comme tout humain bien sûr) il dit (à 8mn 52 de l'interview):

"Il faut faire très attention. On est dans une période où il ne faut pas dessiner le prophète. Moi j'ai pas envie de me suicider en public...Eux, ils vont aller jusqu'au bout (en parlant de l'attitude de Charlie Hebdo). Moi je n'ai pas cette obsession là. Je vais continuer à faire ce que j'ai toujours fait. Je n'ai pas dévié d'un degré dans ma démarche. Je combattrais les intégristes. Je peux dessiner des choses très dures sur les religions. Mais j'essaye de ne pas insulter les gens. Je ne dis pas que d'autres l'ont fait (commentaire: mon oeil, tu le suggères oui!) mais je pense que nous ne sommes pas tous à travers la planète au même degré de civilisation et d'ouverture d'esprit sur la liberté d'expression et que ça pose problème avec l'internet qui diffuse un dessin en trois secondes pour six milliards d'individus. La donne a changé et il faut le savoir. Donc il y a un grand travail qu'il faut continuer à faire, une pédagogie du deuxième degré, et de proposer de l'humour qui soit perçu comme fraternel mais qui dénonce les injustices et les saloperies".

 

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