Les idiots utiles de l'extrême droite

Charli Hebdo fait semblant de ne pas comprendre qu'il se fait idiot utile de l'extrême droite.

https://www.huffingtonpost.fr/entry/charlie-hebdo-repond-a-menard-qui-placarde-ses-caricatures_fr_5f918d87c5b62333b242dfde

Faut-il que Charlie Hebdo soit faux cul (ou dénué de cerveau?) pour jouer les étonnés devant le résultat prévisible et logique de ses caricatures (particulièrement mal pensées et irresponsables dans une telle conjoncture historique: lire à ce propos la position que je rapporte ci dessous de Phillipe Geluck, ami des dessinateurs de Charlie Hebdo, dans son interview avec Claire Chazal. Pour lui, il y a moyen de faire autrement sans renier ses convictions et sa liberté de parole).Il y a fort à parier que Charlie Hebdo, alors qu'il pouvait le savoir et l'éviter, restera dans l'histoire comme «l'idiot utile» à la fois des extrémistes religieux et de l'extrême droite française (qui aujourd'hui va de Le Pen à Valls: même Le Figaro le dit), deux camps désireux (et arrivés? ) à nous entraîner dans une guerre des «civilisations» et des religions d'un autre âge (les attentats, ciblés ou aveugles risquent de devenir monnaie courante: on nous prépare déjà psychologiquement à nous y habituer).
Comment se faire croire en effet que parce que Charlie hebdo déteste et caricature l'extrême droite, il n'est en rien dans l'énorme légitimité conférée à l'argument raciste que l'extrême droite n'arrivait pas à faire passer seule, justement parce qu'elle est l'extrême droite. Il lui fallait un idiot utile n'appartenant pas à son camp pour faire ce boulot: voilà chose faite. Charlie Hebdo aura réussi cet exploit de faire sauter le «plafond de verre» qui empêchait Le Pen de se présenter comme «quelqu'un comme tout le monde». Et tout ça pourquoi?
Pour le plaisir de dessiner le cul et la bite de l'autre! Non mais allo quoi comme dirait une autre. Laissons ici la parole que pour ma part je trouve sage, à Phillipe Geluck (passage des arts Phillipe Geluck, mardi 20/10/20, à 8mn 52 de l'interview). Claire Chazal lui demande ce qu'il pense des événements.
Après avoir dit que cette décapitation injustifiable l'avait atteint profondément (comme tout être humain bien sûr) il dit: «Il faut faire très attention. On est dans une période où il ne faut pas dessiner le prophète. Moi j'ai pas envie de me suicider en public...Eux (en parlant de Charlie Hebdo) ils vont allé jusqu'au bout. Moi je n'ai pas cette obsession là. Je vais continuer à faire ce que j'ai toujours fait. Je n'ai pas dévié d'un degré dans ma démarche. Je combattrais les intégristes. Je peux dessiner des choses très dures sur les religions. Mais j'essaye de ne pas insulter les gens. Je ne dis pas que d'autres l'ont fait (commentaire perso: et pourquoi ne pas le dire?) mais je pense que nous ne sommes pas tous à travers la planète au même degré de civilisation (commentaire perso les mots «phase historique» aurait peut être été plus neutres) et d''ouverture d'esprit sur la liberté d'expression et que ça pose un problème avec l'internet qui diffuse en trois secondes un dessin à six milliards d'individus. La donne a changé et il faut le savoir. Donc il y a un grand travail qu'il faut continuer à faire, une pédagogie du deuxième degré, et de proposer de l'humour qui soit perçu comme fraternel mais qui dénonce les injustices et les saloperies».
Bref, une attitude historiquement responsable, tout le contraire d'un droit à la caricature débridée (très contrôlé quand il s'agit de certaines personnes dominantes au pouvoir : les gilets jaunes en savent quelque chose, et dès lors que vaut un droit à géométrie variable selon qui on est? ), perçu ( à tort ? ) comme insulte contre des populations dominées économiquement et culturellement parlant, ayant trouvé un refuge dans un engagement religieux (souvent fétichisé et fantasmé pour les plus marginaux). A titre d'antidote, on peut aussi lire l'histoire de tout le travail fait en douceur par les socialistes du début de l'école laïque pour faire accepter aux chrétiens les principes d'une éducation laïque (Alain Gresh et son article sur son blog).

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.