de l'origine et des causes de la "violence" dans les manifestations

Une policière met en ligne une vidéo qu'elle présente comme légitimant une réaction brutale de policiers motards balançant des grenades assourdissantes sur des manifestants. Mais remonte-t-elle vraiment à la source du problème?

Qui a commencé le cycle  de  la violence et ou commence cette violence  ? chiche, allons y voir jusqu'au bout....



 A vrai dire, cette policière, qui reproche à ceux qui ont mis en ligne une vidéo (montrant les policiers motards en train d'envoyer des grenades assourdissantes sur les manifestants)  de tronquer eux aussi  la scène en ne montrant pas ces manifestants auparavant en train de courser des véhicules de police, tombe elle même dans le reproche qu'elle fait, et tronque outrageusement la réalité.
Il faudrait déjà savoir ce qui est arrivé à ces manifestants juste avant : a-t-on tenté de les empêcher de se rassembler par des contrôles interminables et tatillons ? Ont-ils été nassés et gazés sans véritable raison par ces forces de police qu'ils poursuivent? Ont-ils été humiliés par des fouilles et des paroles déplacées? Sans parler des tirs de flash ball en pleine tête ou autre terribles violences bannies dans d'autres polices plus civilisées, et devenues visiblement monnaie acceptable dans l'esprit de certains. Mais même, cela ne suffirait pas à vrai dire, et il faut oser remonter encore bien plus en amont pour comprendre l'apparition de cette «violence » que certains veulent absolument  déclaré à priori comme « déplacée » et «gratuite», voire interdire (?) de réfléchir sur sa cause (alors qu'elle n'est peut être qu'une  auto-défense du désespoir, comme celle des employés d'Air France s'en prenant en désespoir de cause violemment à un DRH, comme l'analyse Lordon dans « les affects de la politique », magnifique outil pour comprendre toutes ces choses, mais qui sont aussi très bien montrées dans le film « en guerre » avec Vincent Lindon)  .
A vrai dire l'envie de déborder les «forces de maintien de l'injustice» (et l'on voit tout de suite ce qu'induit un changement de vocabulaire : une autre direction dans la réflexion et le regard) est d'après moi relativement  logique et explicable (oh le crime de lèse pensée!). Elle  est le contre coup de toute une violence pas si invisible que ça et très quotidienne, imposée entre autres par certains médias et journalistes (BFM, les chroniques «économiques» orientées, Dominique Seux, François Langlais, etc....) qui consiste à banaliser et rendre inéluctable et acceptable la violence sociale du marché « libre » sur les catégories populaires. Je me rappelle avoir entendue une journaliste (de mémoire Ottenheimer de Challenges) dans « c'est dans l'air » (ou plutôt dans « nous voulons que ce soit à jamais dans l'air ») déclarer « oui la plupart des grecs sont obligés d'avoir deux jobs ou plus pour vivre, mais ils n'en meurent pas ». L'embêtant c'est que si : Moult rapports sur l'état sanitaire de la Grèce au moment où elle parlait faisaient état d'un nombre ahurissant de suicides et d'un état de santé de la population catastrophique. C'est ce militantisme pas si voilée que ça pour l'indifférence à la violence sociale et physique  opérée sur les catégories sociales d'en bas (à quand une réelle reconnaissance de celle-ci en justice?) pour préserver les « premiers de cordé » pourtant déjà terriblement à l'abri, et violemment présent sur nos ondes (a-t-on vu une émission ou les économistes atterrés sont à trois contre un sur nos ondes, alors que l'inverse est le quotidien normal de tout média se prétendant « sérieux ») que les manifestations rendent, peut être sans le savoir (parce qu'on a pas besoin de verbaliser le sentiment d'injustice pour avoir envie de le rendre) dans les manifestations, et spécialement sur certains journalistes. Autre chose que les manifestants rendent dans cette « violence » de « sauvages » qui n'ont « aucune excuse sociologique ou autre » et sortie de nulle part par l'opération du saint esprit. Non content d'être des propagandistes à visage découvert de la violence capitaliste, les médias mains streams ont répandu et légitimer  au moins depuis 1995   la haine du gréviste actif occupant son lieu de travail et « paralysant » le pays. Avec la collaboration active de certains syndicats et de certains politiques (on se souvient de Sarkozy déclarant qu'il n'avait rien à faire des grèves), les médias ont poussé vers des grèves « touristiques » non dérangeantes et perdues d'avance (pas pendant les vacances, pas pendant les fêtes, pas pendant les examens, ne paralysant pas l'économie, devant être médiatiquement recevables, etc...) , sorte de défilés folkloriques désarmés avec perte de salaire assurée (et donc infaisables pour beaucoup de salariés enchaînés par les bas salaires et les crédits) et surtout n'ayant pas le mauvais goût d'afficher que la grève générale est la seule arme contre la montée de cette insupportable violence sociale (masquée sous une politesse ostentatoire de façade pour les « personnes »). Il est évident que ce qui se rend dans la (encore petite) violence de ces manifestations (comparé à la violence sociale que ces catégories ont déjà encaissé), c'est le fait comme le disent les gilets jaunes « d'être pris pour des cons ». Et qu'ils le veuillent ou non les forces de maintien de l'injustice sont au service de ce système quand elles évacuent les ronds points ou autres...Elles demandent à des victimes d'être consentantes à la violence exercée sur elles. 

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