Pourquoi je quitte le Parti socialiste

Dans le cadre de la recomposition à l'oeuvre dans le monde politique, la réflexion sur la forme de mon engagement arrive à son terme. J'ai décidé de quitter le Parti socialiste, de ne rejoindre aucune autre formation politique et de recentrer mon engagement citoyen sur le monde associatif et syndical. Explications de cette décision.

L'émergence d'Emmanuel Macron et du mouvement En Marche! dans le paysage politique national a profondément modifié l'équilibre politique de la France. En réussissant, avec le soutien objectif et intéressé de nombre de cadres et de militants des formations politiques de gauche, et notamment du Parti socialiste, une OPA sur la droite républicaine et sur ses orientations politiques, le Président de la République a provoqué une onde de choc massive, dont l'effet a été démultiplié par la défiance croissante des français envers les formations politiques traditionnelles. Du Parti Communiste au Front National, en passant par EELV, le PS, l'UDI ou les Républicains, nul n'est épargné. Il est d'ailleurs fort probable que ce quinquennat voit également l'effondrement de la formation macroniste et de la France Insoumise, qui au delà des oripeaux de la communication, ne sont jamais que des partis comme les autres, des formations politiques de centre-droite et de gauche radicale, très comparables à ce qu'étaient l'UDF ou le PCF dans les années 1970.

Il n'en reste pas moins que devant ce séisme politique, chacun aujourd'hui doit se positionner et tirer les conclusions des secousses qui ont traversé son propre parti. Pour ce qui me concerne, la défiance envers le Parti socialiste est devenue massive et irréversible. Après les épisodes calamiteux de la déchéance de nationalité, les revirements majeurs dans la politique économique, la trahison des idéaux de la gauche et de ses électeurs, et pour finir la grande passivité devant la trahison de nombre de militants et de cadres ayant fait la campagne électorale d'Emmanuel Macron contre notre propre candidat, la coupe est pleine. Localement, le positionnement "pro-Macron" de Marisol Touraine et de ses proches n'est pas acceptable et ne passe pas. Or le Parti n'en n'a tiré aucune conséquence concrète. Résultat, si certains soutiens du Président issus de nos rangs ont, en toute cohérence, tiré les leçons de leur nouveau positionnement politique, beaucoup sont restés, contribuant à tuer toute possibilité de régénérescence de ce Parti. Les réunions de section, les conseils fédéraux, toutes les instances du Parti, sont aujourd'hui profondément divisées, et dans ces divisions je ne me retrouve plus. Je ne m'y sens plus à ma place. J'avais déjà tiré la sonnette d'alarme à l'occasion des élections législatives, en refusant de soutenir la candidate de notre parti, trop proche du nouveau pouvoir, et en soutenant une candidate écologiste, beaucoup plus proche de mes valeurs et de mes convictions. J'en ai tiré la conclusion que oui, décidément, la défense des idées doit demeurer plus importante que les soutiens individuels ou partisans.

J'ai donc décidé, pour ce qui me concerne, de quitter le Parti socialiste, sans attendre le congrès du Printemps comme je l'avais un temps envisagé. J'estime, à la lecture de la feuille de route rédigée cet été, que ce Congrès sera sous influence et que rien, décidément, ne changera au Parti socialiste. Cette décision prend effet immédiatement, et concerne tant ma fonction de secrétaire de section que ma participation au Conseil fédéral d'Indre-et-Loire et que ma situation de simple militant. Cette décision n'est assortie d'aucun nouveau ralliement partisan. Philosophiquement proche du Mouvement de Benoit Hamon, mais aussi attaché à ce que des gens comme Arnaud Montebourg ou Anne Hidalgo peuvent apporter à notre pays, c'est bien une liberté totale que je reprends aujourd'hui. La structure partisane, que ce soit au PS, à la France Insoumise, à En Marche, au Parti communiste ou à EELV, n'est plus adaptée aux attentes de nos concitoyens. Je ne crois plus, personnellement, en cette façon de faire de la politique. Le monde partisan est définitivement coupé de la société civile. Les liens entre les associations, les syndicats et les partis politiques sont rompus, la défiance est générale, et en tant que conseiller municipal, je le constate chaque jour. Une étiquette politique, quelle qu'elle soit, est devenue un repoussoir absolu, une garantie de discrédit dans le monde associatif et dans le monde syndical. Il faut bien entendu en tirer les conséquences, et à défaut de pouvoir renouer les liens qui appartiennent à ce que d'autres que moi appelleront "l'ancien monde", repenser en profondeur la forme de l'engagement collectif et individuel au service de la Cité.

La Politique est une activité noble, qui me passionne. Ma mise en retrait de toute structure partisane n'est donc pas un retrait de la vie politique. En tant que militant associatif et que conseiller municipal d'opposition, je reste dans la vie politique, et continuerai à y déployer mon énergie et mon envie d'engagement. Mais au service, d'abord, des idéaux et des valeurs qui sont les miens : l'environnement, l'écologie, la justice sociale, la qualité de vie, l'ouverture à l'autre, l'internationalisme, la liberté et l'égalité réelle des citoyens. Aucune formation politique, aujourd'hui, ne propose de réflexion satisfaisante sur l'ensemble de ces sujets. L'avenir est à l'engagement dans le monde associatif. C'est de lui que sortira le renouveau et les germes d'un grand mouvement progressiste, qui réponde pleinement aux valeurs et idéaux listés ci-dessus. C'est donc à travers lui, désormais, que se traduira mon engagement citoyen.

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