Frais d'inscription des étudiants étrangers (II)

Dans un premier recul la ministre vient d'enlever les doctorants du champ d'application de la mesure. Cela est il suffisant? Le rapport montre l'amateurisme et les présupposés idéologiques qui ont qui a présidé à la mesure. C'est toute la mesure qui doit être annulée afin que des discussions sérieuses puissent s'ouvrir.

A propos des doctorants et des masters

Madame Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la recherche et de l'Innovation vient de préciser que les doctorants n'entreraient pas dans le champ d'application de la mesure d'augmentation des frais d'inscription des étudiants étrangers dans les Universités françaises (voir son interview dans le JDD du 23/02/2019 Interview de F. Vidal)

C'est un point positif, cependant on reste confondu par le fait qu'une universitaire, ancienne présidente de l'Université de Nice ait pu soutenir une telle mesure. Mais était elle convaincue d'une mesure proposée à la sauvette et dans une absence de réflexion patente, où cela lui a t'il été imposé? Le fait qu'il ait a fallu faire une mission de concertation après l'annonce de la mesure montre le degré de réflexion dans la préparation de celle ci. Il demeure que si le gouvernement recule sur un aspect, tellement il semblait grotesque, il y a bien des éléments qui restent à considérer.

L'idée d'imputer ces frais à l'ANR est évoquée dans le rapport comme une possibilité étudiée, encore une fois cela ne fait pas sérieux, et pourquoi pas ne pas les imputer au CIR en réduisant la portée de celui ci

Avec plus de recul  on   constate bien des masters qui alimentent le "vivier" de candidats pour les Ecoles doctorales s'appuient sur des coopérations internationales -parfois actées par des conventions, parfois non- . Dans la lettre à Cédric Villani, les auteurs se sont appuyés sur leur expérience concrète, amassée au cours des années dans la collaboration en mathématiques entre la France et le Vietnam, elle a concerné  près d'une trentaine d'Universités et Grandes Ecoles. Le recrutement de doctorants vietnamiens s'y appuie  prioritairement sur des masters "communs", au moins 2 qui fonctionnent suivant des modalités différentes (voir le site https://formath.math.cnrs.fr/) et dont on ne peut être sur qu'ils rentreront dans les canons de l'exonération de toutes les institutions concernées. 

Dès lors pourquoi ne pas exclure ces masters (ce type de masters car cela ne concerne pas que les mathématiques et le Vietnam)  du champ d'application pour sécuriser le recrutement des doctorants? Une autre raison à la concurrence particulièrement rude vient des USA qui offrent aux étudiants des "packages" incluant Master et PhD, mais où les étudiants (qui font de l'enseignement) sont payés. On pense ici à la situation du master de mathématiques appliquées Ho-Chi-Minh Ville-Orléans/Tours/Paris 13). Ce master dans lequel nous intervenons a été monté à la demande de la partie vietnamienne pour faire face à la fuite des étudiants vers les USA. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres (en et hors mathématiques), chacun ayant ses spécificités.

Présupposés idéologiques 

Des présupposés idéologiques sont le moteur principal de la mesure proposée : l'idée selon laquelle les étudiants viendraient plus volontiers car le fait que la formation soit payante en garantirait la qualité et l'idée selon laquelle l'imposition de droits d'inscription élevé pour les étudiants issus de familles fortunées  permettra une redistribution. Dans son interview au JDD la ministre défend la mesure comme  suit :

"Dans notre modèle universitaire français, aucun étudiant ne doit jamais être exclu des études supérieures pour des raisons de manque de moyens. C’est le principe de la politique redistributive que nous mettons en place." Aujourd’hui, la plupart des universités proposent déjà ce que l’on appelle des diplômes d’établissement (DE) aux étudiants étrangers, dont ils fixent librement les frais d’inscription et qui s’accompagnent de services particuliers destinés aux étudiants internationaux."

Cela a t'il amené plus d'étudiants étrangers d'origine sociale modeste dans ces formations? On attend de voir les données que la ministre ne donne pas ...  Quels sont ces services particuliers? (*) . 

"Le sens de la stratégie que nous mettons en place, c’est d’ouvrir ces services et cette qualité d’accompagnement à plus d’étudiants, grâce à une véritable redistribution. Quand certains étudiants internationaux sont en mesure de financer leurs études, cela nous permet de faire bénéficier d’autres de bourses et d’exonérations."

 à ce point est de citons le rapport:

"La vocation redistributive du plan ne convainc guère les acteurs auditionnés par la mission. Les difficultés juridiques et pratiques de la prise en compte de la situation sociale individuelle des étudiants étrangers ont été relevées. En outre, des études ont montré que le pouvoir redistributif d’un système fondé sur des frais élevés couplés à des bourses était inférieur à celui d’un système fondé sur l’impôt.D’autres sous-jacents de la réforme sont mis en doute. L’idée d’un signal-prix adressé à des candidats qui estimeraient de meilleure qualité une formation coûteuse n’apparaît pas pertinente.À tout le moins, il a semblé plus logique à celles des personnes interrogées qui n’avaient pas d’opposition de principe à la mesure que l’augmentation de la qualité perçue du système d’enseignement supérieur français précède la mise en œuvre de droits différenciés. Au demeurant, aucune des parties prenantes interrogées n’a considéré que le système français d’enseignement supérieur était aujourd’hui défavorisé par un signal-prix défavorable.Un autre argument parfois invoqué pour justifier la mesure, l’argument d’équité fiscale, n’est pas davantage partagé : en effet, les candidats étrangers n’ayant pas été financés par la collectivité française pour leurs études secondaires et contribuant à l’activité de recherche française lorsqu’ils sont en doctorat, l’impact net de leur présence en France n’est pas nécessairement défavorable aux finances publiques, même avec le niveau de droits actuel."

 à la question :

"Le rapport évoque aussi la possibilité d’exonérer les étudiants provenant des pays les plus pauvres. Est-ce envisageable?"

la question répond en commençant par évoquer le Québec qui ne rentre pas dans le cadre des pays les plus pauvres. Par la même elle écarte la possibilité de faire ce que fait par exemple la Belgique.

"Cela peut passer à la marge par des accords entre gouvernements, comme il en existe par exemple avec le Québec : les étudiants français qui étudient au Québec payent, pour le second cycle, les mêmes droits que les étudiants canadiens qui résident au Québec. En contrepartie, ces étudiants payent les mêmes droits d’inscriptions en France que les étudiants français.

puis elle agite de vagues promesses, sans réelles "visions", concernant l'Afrique francophonie qui ne l'engagent certainement pas :

Toutefois, ce que nous privilégions, ce sont les partenariats entre universités. Aujourd’hui, nous travaillons à doubler le nombre de coopérations avec les établissements de certains pays d’Afrique francophone. On va par exemple ouvrir des universités franco-tunisienne et franco-sénégalaise à la rentrée 2019. Ces pays souhaitent développer les filières nécessaires à leur développement. Autour de l’agriculture au Sénégal. De la gestion de l’eau, du tourisme ou du numérique en Tunisie…" (**)

Un 

 

Modèle anglo-saxon  et modèle français

 Un autre point discuté dans le rapport est la comparaison avec le modèle (payant) anglo-saxon. Cette comparaison ne ne fait pas sens. Reprenons en les arguments et complétons.

1. Il n'y a pas 1 modèle anglo-saxonmais au moins 2 modèles, celui des USA avec des étudiants venant surtout en master et PhD (4% des étudiants); celui purement mercantile, de l'Angleterre et de l'Australie concernant tous les cycles (20% des étudiants).

2.  La situation de la France, du fait de l'espace francophone, ne peut être comparée.  Doit on chercher à s'aligner sur des modèles qui ne correspondent pas à la situation du pays? Surtout que l'on constate que l'espace francophone (l'Afrique sub-sahélienne en particulier) nous envoie en Licence (entre autres) d'excellents étudiants. La mesure laisse un doute profond sur la volonté du gouvernement de protéger nos relations universitaires cet espace. Les mesurettes de la ministre semblent bien étriquées à cet égard.

3. La France reçoit plus de 340 000 étudiants étrangers, ce nombre est en augmentation constante depuis des années. Elle se classe en 4-ème position à ce propos derrière USA, Angleterre, Australie. Les premiers effectifs viennent (dans l'ordre) du Maroc, d'Algérie, de Chine. Cela fait 10% des effectifs. Le nombre d'étudiants africains est en augmentation constante. Dans ce contexte l'objectif annoncé de monter de monter à 500 000 étudiants indique le chemin préféré : celui de l'Angleterre et de l'Australie.

 

L'accueil des étudiants

Il y a consensus sur la nécessité d'améliorer les conditions d'accueil de tous les étudiants, en particulier des étudiants étrangers. Deux points méritent d'enfoncer le clou : les formalités administratives, le logement.

D'abord l'obtention du visa et des cartes de séjour. Ceci dépend des autorités administratives et non des universités. En particulier pour ce qui est de la carte de séjour cela dépende des préfectures. Donc de deux choses, les instructions gouvernementales, le personnel dont dispose les préfectures pour gérer les demandes. Cela ne passe pas par une augmentation des frais d'inscription mais si il faut par le recrutement de fonctionnaires dans les services concernés.

Pour ce qui concerne le logement, ayant fréquenté et travaillé dans le Bureau de des Relations Internationales (BRI) de l'Université  Paris 13 pendant plus de 20 ans et ayant été en contact avec des collègues ayant les mêmes fonctions je peux témoigner de l'importance du chemin accompli même si il reste beaucoup à faire, le (les) BRI font  beaucoup même si c'est insuffisant. Il peut aider les étudiants à trouver des logements, (parfois cela a été transféré à un autre service de l'université).Si le service c'est amélioré c'est pour deux raisons. L'offre de logement étudiant a fortement augmenté, même si le coût est souvent beaucoup trop élevé, les effectifs en personnel du (des)BRI ont augmenté, même si ce ne fut pas toujours facile d'obtenir cela des présidents d'Université.

La création de guichets uniques pour l'accueil des étudiants étrangers pour une large part est déjà largement faite, elle le serait si des accords avec les préfectures étaient passées pour alléger la procédure d'obtention de la carte de séjour. La promesse d'affecter 10M€ dans ce contexte paraît  étriquée ou inutile.

 

 

 

 

 

(*) Il y a en particulier les cours de "français langue étrangère" : FLE.

(**) Plusieurs projets de ce type ont déjà été envisagés et/ou montés dans le passé (en particulier l'USTH à Hanoi). Il convient de dire que cela n'a pas été des accords d'Université à Université. Côté français il a fallu impliquer un consortium d'Universités, tout cela pour un résultat modeste, la "rentabilité" de la démarche pose question.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.