Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République

Ce que révèle la pandémie du COVID 19 : l'abandon du service publique

Monsieur le Président de la République,

 

Dans votre adresse au Français du 16 mars 2020, vous avez dit et répété : « nous sommes en guerre pour nous protéger et contenir la propagation du virus ». Or cette guerre c’est vous et vos prédécesseurs qui l’ont déclarée au service publique dans son ensemble. Vous avez, pas à pas, et de façon systémique et implacable, démembré l’hôpital et l’ensemble de la fonction publique hospitalière. Les soignants vous ont, depuis de longs mois, interpellé avec lucidité et constance sur les risques d’une gestion de l’hôpital à flux tendus et sur l’administration des hôpitaux dans une logique marchande et inhumaine, qui épuise les professionnels, médecins, infirmiers, aides-soignants... Vous avez, avec vos prédécesseurs, détruit la psychiatrie en France qui avait été, au temps de la sectorisation, un modèle du genre où de nombreux psychiatres étrangers venaient se former. La psychiatrie adulte et la pédopsychiatrie sont aujourd’hui moribondes et il ne fait pas bon traverser une période de souffrance psychique.

 

Vous avez démembré la fonction publique territoriale, laissant sur le carreau les enfants en danger et leurs parents en difficultés. Les professionnels de l’Aide Sociale à l’Enfance, de la Protection Maternelle et Infantile vous ont alerté sur l’abandon de plus de 300 000 enfants pris en charge. Le rapport de l’IGAS de septembre 2019 intitulé « Délais d’exécution des décisions de justice en matière de protection de l’enfance » fait un état accablant des conséquences de votre politique. « Les conséquences dommageables sur le parcours des enfants » les plus vulnérables y sont détaillées avec précision et rigueur. Mais là encore rien n’est fait concrètement et les professionnels de la protection de l’enfance quittent le navire les uns après les autres ou bien s’effondrent, psychiquement confrontés, eux aussi, à une charge de travail insupportable face à des moyens terriblement insuffisants.

Les magistrats croulent sous les dossiers, les greffiers sont en nombre insuffisant, les acteurs de la justice souffrent et les justiciables avec eux.

 

Monsieur le Président vous avez déclaré la guerre à la France des Solidarités avec un caractère implacable qui forcerait l’admiration s’il n’était pas guidé par le mépris et la méconnaissance des hommes et des femmes qui, jour après jour, tentent de faire tenir debout et de donner de la verticalité à la société. Vous vous êtes employé à démolir ce qui structure et fonde une société humaine. Le ton martial de votre discours du 16 mars 2020 ne peut faire illusion. Il n’est que le pathétique cache-misère de la violence de vos décisions et de votre politique.

 

Faire tenir debout un pays, c’est donner à chacun la possibilité d’une certaine fierté, c’est lutter contre ce sentiment ravageur de se sentir remplaçable, en somme de n’être rien.

 

Si le COVID 19 est dangereux, la politique que vous menez est mortelle. Ce qui va tuer le plus de Français durant cette épidémie en France, ce n’est, in fine, pas le virus, mais l’impossibilité pour notre pays de porter assistance aux personnes malades faute de lits et de soignants.

 

Abandonner l’humain comme vous le faites, c’est abandonner ce qui donne à une société sa valeur et son sens. Guidé par des fantasmes de transparence, de contrôle et de maîtrise, vous avez oublié, Monsieur le Président, que le service public n’a pas vocation à être rentable, mais a pour objet premier d’être une digue, un rempart protecteur pour tous et, notamment les plus fragiles d’entre nous. Notre service public était une fierté et un symbole de civilisation. Il est aujourd’hui abandonné et sacrifié.

 

Il est urgent, si ce n’est trop tard, de prendre acte des terribles conséquences de vos décisions et de faire apprentissage de cette expérience.

 

Écoutez, marchez, regardez, sentez et ressentez enfin, pour comprendre ce qui construit de l’humain là où vous montrez un mépris si profond des Français, là où vous commettez un attentat contre la démocratie.

 

 

Lionel BAUCHOT

Psychologue clinicien /Psychanalyste
Praticien Chercheur en Protection de l'Enfance
Membre du Conseil National des Avis Déontologiques et Éthiques (CNADE)
Expert près la Cour d'Appel de Grenoble

lionelbauchot-psychologue.com

 

 

 

 

 

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