Week-end avec les Roms

Il y a une semaine, les Roms qui squattaient dans mon quartier à Villeurbanne sont partis, sans attendre que la police vienne les expulser. Ils s'étaient installés là cet hiver et lors de leur arrivée, j'avais été comme d'autres sensibilisée à leur situation et avais fait leur connaissance en allant apporter une aide alimentaire en couvertures etc. Je n'étais pas une militante, j'étais une voisine compatissante.

Il y a une semaine, les Roms qui squattaient dans mon quartier à Villeurbanne sont partis, sans attendre que la police vienne les expulser. Ils s'étaient installés là cet hiver et lors de leur arrivée, j'avais été comme d'autres sensibilisée à leur situation et avais fait leur connaissance en allant apporter une aide alimentaire en couvertures etc. Je n'étais pas une militante, j'étais une voisine compatissante.

C'est donc tout naturellement que je me suis inquétée de ce qu'ils étaient devenus. J'ai appris ainsi que certains avaient trouvé d'autres solutions (nouveaux squats..) mais que beaucoup restaient sans solution, avec des bébés et jeunes enfants. Il me semblait bien pourtant avoir entendu lors de la campagne électorale, que les lois seraient appliquées en ce qui concerne les démantelement des squats, mais qu'il y aurait toujours une recherche de solutions alternatives.  J'ai donc pensé qu'avec l'arrivée de la gauche au pouvoir, la situation serait au moins traitée avec humanité.

Depuis hier, j'ai passé un certain nombre d'heures avec Marie (depuis plusieurs années Marie essaie d'aider les Roms ) dans le parc de la Feyssine avec 14 Roms, dont 5 fillettes de 2 à 11 ans. Ils sont en errance, se cachent dans les sous-bois, pour éviter les policiers qui ont l'ordre de ne pas les laisser s'installer.(il faut d'ailleurs constater que certains policiers font preuve d'humanité, mais bon ils font leur travail).

A 5 ans, Alexandra commence à parler le français : "dégagez ! police". Puis elle nous demande une maison.

Cette famille se cache, cache les caddies et poussettes contenant les quelques vêtements et couvertures qu'ils ont pu emmener avec eux. Le matin des hommes et quelques femmes partent essayer de trouver un nouveau lieu pour dormir et un peu de subsistance. Marie et mois rejoignons les femmes qui restent avec les enfants et sont inquiètes du départ des hommes.

Nous leur amenons un peu de nourriture, de l'eau !! Les conditions sont difficiles ; c'est bien il ne pleut pas ! Tous les jours nous appelons le 115 réponse : nous sommes saturés.

Un argument pour démanteler les squats, c'est entre autres le danger que courent les enfants d'une manière générale et sur le plan sanitaire ! C'est sans doute bien mieux de vivre cachés dans les sous bois d'un parc urbain avec des parents épuisés, dans la crainte perpétuelle d'être chassés. Prétendra-t-on que les conditsions d'hygiène y sont meilleures ? Même si  nous sommes impressionnées de voir que dans une telle situation, avec un peu d'eau et une petite cuvette, les fillettes sont lavées ainsi que quelques vêtements.  Les adultes s'inquiètent cependant  de voir les enfants se couvrir de piqûres d'insecte..

Personne ne prétendra qu'un squat c'est l'idéal, mais c'est au moins un lieu repéré par les personnes qui peuvent apporter leur aide.

Le squat abandonné dans mon quartier est maintenant bien surveillé, au moins 3 vigiles se relaient jour et nuit, le terrain est dissimulé à l'abri des regards, mais on voit qu'il n'a toujours pas été nettoyé, malgre le risque sanitaire local que certains dénonçaient.

Marie mobilise tout son réseau et se sent bien désemparée : pas de solution, et beaucoup de personnes ressources absentes en août.

Nous sommes là toutes les deux  passant le plus de temps possible dans les bois avec cette famille, ces enfants qui veulent partager avec nous le peu qu'ils ont et qui nous retiennent pour ne pas se sentir abandonnés.

Quand on parle des Roms, (je ne parle pas des clichés négatifs.. c'est trop long) on hoche la tête d'un air grave : quel problème complexe ! c'est un problème européen, c'est à l'Etat de s'en occuper disent les communes débordées. L'Etat dit, nous allons travailler avec nos homologues des pays d'origine.

Soit, tout cela est vrai, une réflexion à une plus grande échelle s'impose sans doute pour accompagner ces populations stigmatisées et rejetées.

Mais en attendant  !! il semble qu'il y a des réponses immédiates à donner. Que peut-on faire pour cette famille et d'autres qui errent pourchassées, sommées de dégager. Mais où doivent-elles dégager et où seront elles certaines de trouver de quoi nourrir et loger leurs enfants ?

Aujourd'hui pour moi les 14 Roms ont des visages connus, des prénoms, Sorina, Alina... un sourire et je ne peux plus simplement hocher la tête avec compassion et continuer mon chemin : alors je me suis arrêtée.

 

 

 

 

 

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