En Italie, «Tirer sur la Croix Rouge» n'est plus juste une métaphore

«Tirer sur la Croix Rouge» est une expression italienne utilisée pour condamner un geste par sa lâcheté. Parce que tirer sur des sauveteurs est un acte totalement lâche. Et c’est précisément ce qui est arrivé hier à Ferrare quand le président d’une association d’aide sociale a été victime d’une lourde intimidation.

«Tirer sur la Croix Rouge» est une expression italienne utilisée pour condamner un geste par sa lâcheté. Parce que tirer sur des sauveteurs est un acte totalement lâche. Et c’est précisément ce qui est arrivé hier à Ferrare quand le président d’une association d’aide sociale a été victime d’une lourde intimidation.

Ferrare est une petite ville italienne d’environ cent trente mille habitants dans le delta du Pô, dans le Nord-Est. Depuis 1992, dans sa banlieue ouest, connue sous le nom de « Krasnodar » du nom de son boulevard (« viale ») principal, il y a une petite association, « Viale K ».

Viale K mène des activités au soutien des personnes en détresse. A l’origine, Viale K accueillait les jeunes du quartier. Puis, petit à petit, elle a élargi son domaine d’activité pour aider toutes les personnes marginalisées : migrants primo arrivant, ex détenus, personnes placées sous main de justice, sans-abri...

En 26 ans d’activité, Viale K a accueilli et accompagné plus de 8000 personnes : elle les a nourries et logées, soutenues et accompagnées.

Son président, Raffaele Rinaldi, y a consacré sa vie : il y travaille depuis presque vingt ans et depuis 2012 la dirige. Très engagé à tous les niveaux de l'accompagnement social, Monsieur Rinaldi a par ailleurs fondé l’antenne locale d’Avvocato di strada (« Avocat de rue »), une association qui offre un soutien et un accompagnement juridique gratuit à des personnes en difficulté et sans ressources.

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Hier matin, dimanche 21 octobre, vers 7 heures du matin, Raffaele Rinaldi a entendu un coup à la fenêtre de sa maison. Une petite balle, peut-être tirée à la fronde ou peut-être au pistolet à air comprimé, a percé le verre dans la fenêtre de chez lui, chez sa famille.

Raffaele Rinaldi a immédiatement alerté le 113, la police. Il a porté plainte contre X.

Il ne faut rien exclure. « J'espère intimement que ça soit une grosse bêtise isolée de gamins. Autrement, ça voudrait dire qu’on a reculé de 80 ans. Je confie dans les résultats de l’enquête de la Police》 a confié M. Rinaldi au lendemain de l'événement, lundi soir, en attendant une nouvelle visite des enquêteurs.

A Ferrare, Raffaele Rinaldi est le symbole de ce qui veut dire accueil, humanité, fraternité, solidarité, au travers d'un quotidien animé par une passion civique et citoyenne profondément enracinée dans sa communauté.

Intimidation ou bêtise d’adolescents ? Le geste dont M. Rinaldi et sa famille ont été victimes reste en tout cas le fruit d’un climat d’haine et d’intolérance de plus en plus diffusé dans la société civile et dans la vie politique italienne.

Solidarité à M. Rinaldi et à sa famille. Durant toutes ces années, c’est lui qui a donné à sa communauté. Le moment est venu de lui rendre la pareille en le soutenant et en ne reculant pas devant ces gestes aux inquiétants reflets noirs.

 

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