Il n’y a pas de violences policières

L’État c’est l’autre

On reconnaît un mouvement révolutionnaire au degré de vérité que celui-ci impose sur son terrain. Et si le mouvement des gilets jaunes en a révélé un certain nombre, il en reste une qu’il lui faut encore admettre : il n’y a pas de violences policières, il n’y a que des violences d’État.

Des silhouettes sombres des renseignements généraux ressuscités pour l’occasion, à la brutalité sans bornes de la B.A.C, de la stupidité des préfets jusqu’au dernier coup de matraque, c’est l’ensemble d’une caste qui organise consciemment et structurellement sa défense contre un mouvement qui le menace.

Faire reculer la police, comme le premier samedi sur les Champs, comme les suivants à St-Augustin, c’est toujours faire reculer l’État. C’est-à-dire faire reculer l’entreprise de dépossession collective de la direction de nos existences, faire reculer « la partie qui se prend pour le tout », comme disait justement Bakounine. Les mutilations que l’État nous fait subir sont hautement éclairantes : les yeux et les membres perdus par sa faute ne sont que l’incarnation particulière de la mutilation qu’il suppose de nos vies en général, du pouvoir réel qu’il a sur nous.

On est en droit de se demander à présent si ceux qui croient encore que « l’État c’est nous », se rendent à l’évidence historique, informée de plus de cinq-cents ans de pensée politique, que l’État c’est l’autre, qu’il est l’aliénation même pour ceux qui le portent, avec sa « raison » suprême et ses pseudos-nécessités sacrificielles. Ce qui est vrai cependant, c’est que toutes ces mutilations et ce mépris, ce pouvoir est celui que nous cédons, et que nous finançons malgré nous dans un racket perpétuel de la domination.

La lumière jaune de l’histoire aura révélé aux yeux de tous que la police n’est qu’une milice et la justice sa caisse enregistreuse, que le droit n’existe pas, que l’État et l’économie sont intégralement fusionnés en une mafia et que les médias sonorisent la pourriture idéologique que toute cette déliquescence suppose. Ceux qui refusent de le voir sont acculés à une telle mauvaise foi, que l’on sent bien partout que ce refus n’est qu’une frayeur qui ne dissimule plus ses intérêts. Qu’un banquier ait été fait président, pour accéder à toutes les demandes des possédants est là un signal que ceux qui connaissent l’histoire ont pû lire comme suffisamment éclairant.

On peut aussi lire dans les reflets fluorescents que les syndicats ne servent à rien, si ce n’est à enterrer la lutte, et que le silence de la C.G.T est aussi parlant que la servilité de F.O et de la C.F.D.T : on voit par contraste au jaune de feu leur jaune terne, sans éclats, qui est celui des malades.

Le mouvement des Gilets Jaunes est, à ce jour, le seul mouvement qui esquisse un combat à la hauteur du desastre du capitalisme tardif, mais si sa force provient de sa généralité – qui est pour le moment dûe à sa confusion – il ne fait que l’esquisser, et peut très bien, si nous ne faisons rien, poser les fondations d’une victoire de la police parallèle de l’histoire qu’est l’extrême-droite. La seule synthèse possible, souhaitable, est la fusion entre la lutte sociale et environnementale, en une lutte révolutionnaire efficiente : la catastrophe écologique qu’est le capitalisme est le moteur inconscient de tout ce qui se met en branle, à nous de le porter à la conscience.

Dans cette synthèse, la question écologique perdra sa tiédeur et ses compromissions, et le mouvement « apolitique » se dotera de son contenu réel : la révolte de la vie contre la mort.
Il est plus que temps d’admettre que le sauvetage du monde ne se fera que par la force, et la guerre contre les cyniques qui veulent nous entraîner avec eux dans l’abîme pour préserver leur mesquines domination.

La nécessité vitale dans laquelle nous nous trouvons nous contraint à exiger clairement ce dont la vie devrait être faite : la réconciliation de l’homme et de la nature, dans une civilisation absolument démocratique et organique. C’est la vie elle-même qu’il s’agit de façonner. À nous de prendre nos responsabilités : tant que nous nous plaçons en deça de cet objectif, nous laissons le chemin aux forces conjointes de l’ennui et de la destruction.

 

— 2019.02.01

 

D'autres textes sont disponibles sur lisez-veloce.fr

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.