L'étalage des marchandises

L’élection présidentielle n’est pas, comme le prétendent certains dirigeants de gauche, un moment de « politisation de la vie publique ». C’est au contraire une opération régulière de désarmement de toute constitution politique réelle.

L’élection présidentielle n’est pas, comme le prétendent certains dirigeants de gauche, un moment de « politisation de la vie publique ». C’est au contraire une opération régulière de désarmement de toute constitution politique réelle. Le remplacement occasionnel d’une tête par une autre, dans un système qui n’admet plus aucune réforme et continue sa marche forcée au-delà de la sphère politique, ne donne à changer que les nuances du même esclavage.

Il est devenu banal de dire que la sphère politique ne nous représente pas. Peu se hasardent pourtant à dire qui elle représente effectivement. Les hommes et les femmes d’état, fonctionnaires et administrateurs, qui promettent tous d’agir sur le capitalisme, sont tous réduits à être l’expression et l’outil de ses besoins du moment.

Si, aux quatre coins du monde, on ne croit plus à la politique, ce n’est pas parce que ceux qui la font seraient devenus plus mauvais : c’est que le décalage entre la forme d’exploitation de tous et un cadre institutionnel démodé est trop fort. Comme toute domination, l’économie a besoin de ses mises à jour, et tout change régulièrement, pour que rien ne change.

Désormais n’importe quel bouffon télévisuel, faux milliardaire, ancien agent secret ou employé modèle subitement exposé aux médias fait l’affaire. L’uniformisation politique d’aujourd’hui n’est que la conséquence de l’uniformisation du monde sous un seul modèle économique, partout géré de la même façon. Une version parc d’attraction pour les nations dites riches, une version camp de travail pour les pays plus pauvres. On a aujourd’hui autant de droits effectifs en France que dans certaines régions de Chine, et le temps de travail aux U.S.A et en Erythrée tend à l’égalité.

L’élection ne changera rien, comme les précédentes n’ont rien changé. Pourtant les marchandises vedettes des partis politiques coloreront les progrès de l’aliénation, et indiquent chacun à leur manière une direction de la raison marchande. Les voici analysés par nos soins :

FRANÇOIS FILLON

Chien empaillé

L’ex-premier ministre n’est pas le candidat de la réaction, c’est celui du servage. Lui-même vassal des milliardaires, il compte bien asservir tout le monde, et de la façon la plus traditionnelle qui soit. La moindre de ses prises de paroles est une purge destinée aux pauvres, dont il semblerait que sa caste tolère l’existence physiologique tant qu’elle a du profit à en tirer.
Croisement malheureux de Droopy et d’Adolphe Thiers, catholique convaincu, M. Fillon représente le pouvoir de classe dans sa forme fossilisée la plus dure : obscénité puritaine publique et débauches privées, paternalisme à poil long qui remue la queue devant l’église. Fin de race de l’aristo-bourgeoisie française qui jadis imposait à tous l’idée mortelle de Dieu pour s’en approprier tous les bénéfices, eux, bien terrestres. Fusion du flic, du corbeau et du patron, saupoudrée de mafia pour « faire avec son temps ».

MARINE LE PEN

Poupée russe

Épouvantail pour « démocrate » sous influence directe du FSB, Marine n’est que la redite parodique de son père, en plus virile. Dernier lifting du fascisme médiatico-compatible, elle est montée en épingle par les mêmes puissances d’argent qu’elle prétend combattre. Thermomètre poujadiste de l’angoisse du capital, elle joue le rôle suranné de la division de classe pour maintenir l’ordre social.
Candidate du « peuple », mais pas de la population, elle compte dans son parti le plus d’aristocrates vermoulus et instaure un racket de ses élus locaux : l’absurde kafkaïen de ses injonctions, par exemple, de faire publier 25000 exemplaires d’un tract sur la police municipale dans une commune qui en est dépourvue, pour justifier de faux frais de fonctionnement – montre bien ce que serait le pays si elle devait étendre nationalement ses pratiques mafieuses. Elle parvient tout de même à faire fructifier son entreprise d’abrutissement subventionné par la flatterie des petits-bourgeois déclassés qui se disent moraux, et d’entre eux les flics, qui relaient quotidiennement la désinformation dont le parti les intoxique.

EMMANUEL MACRON

Super-Cadre

L’ancien banquier et actuel actionnaire de Rothschild est le candidat de la révolution sociale du capitalisme. Il est l’avatar de la fusion économico-étatique assumée, celui de la privatisation de tous les profits et de la socialisation de toutes les pertes, celui du « capitalisme sans frictions » de la silicon valley. Alors que son programme – avoué ou non – est le plus radical, les médias font de lui le moins « idéologue », bien qu’il soit la continuité même du capitalisme actuel, sa conclusion logique, on fait de lui « la rupture ».
Seulement, si les électeurs-amnésiques ne croient pas à son rôle social, lui le connait très bien : celui d’accélérer la cybernétisation du capitalisme, ce qu’elle compterait de domination transversale publique et privée, de contrôle, d’évaluation et de surveillance permanente. La fusion de l’intégralité des services administratifs de l’état en une seule plateforme, mesure centrale et pourtant absolument indiscutée de son programme, ne représente pas autre chose.

BENOÎT HAMON

Faux jeton

Ancien playboy devenu faire-valoir mitterandien, se plaint constamment d’être absent médiatiquement, alors que son absence n’est due qu’à son inexistence politique. La gauche de gouvernement n’existe que lorsque le conflit social réel nécessite son intervention de pacification et de distribution des cacahuètes. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Plein de fausses promesses et de trahisons profondes, Benoît Hamon cherche à se désolidariser du quinquennat le plus fasciste du socialisme français depuis le vote des pleins pouvoirs à Pétain. Le parti s’est d’ailleurs depuis principalement désolidarisé de lui. Ses promesses ne sont pas faites pour durer, puisqu’il vient lui-même d’y être converti à des pures fins politiciennes, et qu’elles servent d’étendard pour l’identification des petits-bourgeois déçus, qui exigent que l’on change le packaging de leurs espoirs d’il y a cinq ans. Ils pourront toujours se mobiliser en masse pour ce vote de bonne conscience à peu de frais, qui n’humanisera même pas le totalitarisme réel de leurs conditions de vie.

JEAN-LUC MÉLENCHON

Putschiste new-wave

Robespierriste éclairé par une lanterne magique 2.0, il s’élève lui-même au rang d’être suprême. Combine habilement la morgue de Salengro et les effets spéciaux de la guerre des étoiles. La vérité de Mélenchon n’est pourtant pas son hologramme, image médiatique sans substance, mais son autoritarisme : défense des manifestations de policiers masqués, nationalisme à peine voilé et cohorte de fidèles endoctrinés – qu’il a lui même baptisé « insoumis ». Mélenchon admire sans honte le dirigisme étatique le plus cru, de Chavez à Poutine en passant à pied par la Chine de Mao et Deng Xiaoping. Il livrait sa conception politique dans une émission télévisée récente, où il expliquait que le « Front national » avait pour lui « la cohérence : un chef, un parti », et que la gauche restait dans « la pagaille ». Bientôt canonisé saint patron du « consentement à l’autorité », il réussit le tour de force de se faire savoir écologiste à partir d’un programme de bétonnage des côtes françaises.

PHILIPPE POUTOU

Un trotskiste au XXIe siècle

Ouvrier réel et candidat par intérim, il est la sympathique tête de gondole de l’avant-garde léniniste disponible en supermarché. Devenu plus bonhommique quand il avait renié son parti, il a finalement réintégré la nouvelle entreprise de récupération dont il n’y a rien à récupérer. Le personnage peut être sincère, le parti l’est beaucoup moins. Avec les années, la stratégie d’infiltration trotskiste est devenue une stratégie de la girouette, qui cache mal son projet bureaucratique et autoritaire. Quelqu’un expliquera-t-il à ces imbéciles que l’interdiction des licenciements équivaut au salariat généralisé, qu’il soit « coopératif » ou non ? Mystère !

NICOLAS DUPONT-AIGNAN

Bébé gaulliste

Souverainiste à tétines, fait régulièrement des caprices sur les plateaux de télévision. Ramasse-miettes pour réactionnaires.

JACQUES CHEMINADE

Scientologue

Porte-parole offciel de la secte larouchiste en France, frange radicale. Croit aux extra-terrestres.

FRANÇOIS ASSELINEAU

Starlette des réseaux sociaux

Ancien dirigeant pasquaiste devenu gourou pour aliénés cybernétiques. Entreprise de captation de subventions publiques spéculant sur le désarroi idéologique actuel.

NATHALIE ARTHAUD

Mamie Nova

Institutrice psychorigide à la tête d’un parti léniniste. Mangeurs de merguez sauce orthodoxe et partisans de la lutte armée.

JEAN LASSALLE

Reflets de France

A, pour notre malheur, manqué sa grève de la faim.

— 17.04.2017

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