Brutale éviction de trois émissions à contre courant sur une radio grenobloise

Je relaie ici le communiqué de ces voix critiques réduites au silence. Un nouveau Conseil d'Administration, une nouvelle ligne éditoriale plus marketing, moins politique et atypique, et l'esprit d'une "radio libre" qui, comme d'autres ailleurs, s'évapore...

Putsch en cours à Radio Kaléidoscope

Qui aurait cru que Radio Kaléidoscope pouvait à ce point mépriser ses bénévoles, ses auditrices et auditeurs ? Des radios associatives cherchent le plus clair de leur temps à courir après des subventions et des partenariats; d''autres courent après la pub, ou ce qui serait à la mode, vendeur... Et ça revient peut-être au même ! Tout ça finit par leur coûter leur âme. La volonté d'indépendance et d'esprit critique des radios associatives disparaît petit à petit, et radio Kaléidoscope, avec son nouveau CA, ne fait pas exception. C'est en effet ce que nous sommes amené·e·s à penser quand Radio Kaléidoscope nous annonce le lundi 22 avril que trois des émissions de la grille des programmes sont supprimées ; et ce, sans discussion, sans ménagement, au détour d'un appel téléphonique concernant une émission qui aurait dû être diffusée le lendemain.

Comment cette décision a-t-elle été prise ? Dans quel cadre ? Par qui ? Avec quels objectifs pour le projet de la radio ? Nous n'avons pas reçu de véritable argument ou raison à cela sinon que ces trois émissions n'entreraient plus dans la "ligne politique" de la radio.

Et oui, "Ligne Politique" signifie aujourd'hui supprimer des émissions qui diffusent des critiques politiques, portées par des bénévoles qui n'avaient pas la possibilité de devenir adhérent-e-s. Cette décision tombe seulement deux mois après une réunion associative rassemblant les bénévoles et le salarié, réunion où tout le contraire avait été dit : "nous avons besoin de vous, blabla, les émissions bénévoles sur des sujets qui touchent et concernent les habitants, c'est l'âme des radios locales, blabla". Il avait même été décidé de faire des réunions mensuelles, une mailing-list des bénévoles, pour qu'ils/elles puissent être plus en lien les un·es avec les autres, et plus impliqués encore dans la dynamique de la radio.

Deux mois plus tard : "Vous ne pourrez plus émettre sur Kaléidoscope. Vous ne finissez pas la saison. On ne veut plus de vous. Pas la peine d'insister". "Vous n'êtes rien" exprime même le nouveau président de l'association à une bénévole plutôt émue et en colère face à cette brutale décision.

 

- DégenréEs, l'émission féministe pour déranger ! Actualité, analyses, témoignages, infos, débats, points de vue, musiques, etc. de femmes, de lesbiennes, de trans et autres monstres ! Les 2ème et 4ème mercredis du mois. Elle avait 15 ans d'existence à Kaléidoscope, 15 ans d'implication dans le projet. Elle avait su résister aux différentes crises traversées au sein de la radio...

 

- Parloirs libres, une émission lancée par des grenoblois·e·s en septembre 2015, pour briser l'isolement des personnes détenues, pour continuer à maintenir les liens et la solidarité entre l'intérieur et l'extérieur, pour contourner les murs toujours plus hauts et les prisons toujours plus sécurisées, pour créer d'autres moments de communication, entre les proches et les personnes détenues, que les parloirs octroyés au compte-goutte et au «bon vouloir» de l'administration pénitentiaire. C'était une émission d'appels et de messages pour les personnes prisonnières et pour leurs proches. Les messages pouvaient être passés en direct sur le téléphone de la radio ou bien laissés sur le facebook de l'émission et lus après à l'antenne. Les émissions avaient lieu tous les jeudis sur la radio locale Kaléidoscope et couvraient la Maison d'arrêt de Varces, ainsi que le centre de semi-liberté de Grenoble.

 

- Micro-ondes ; cette émission était diffusée tous les premiers dimanches du mois sur Radio Kaléidoscope. Née en 2015, elle avait pour objectif de "vous tenir à contre-courant" et tentait de relayer l'ensemble des luttes sur l'agglomération qui s'attaquent aux injustices sociales, aux frontières et au racisme. Elle souhaitait également donner la parole à celles et ceux qui subissent ces oppressions et à leurs soutiens. L'émission diffusait des reportages, réalisait des interviews et des plateaux débats, proposait des petites brèves d'actualité et un agenda militant sur l'agglomération.

Que cherche Kaléidoscope en supprimant ces émissions ? L'argument de la "ligne" des programmes est faible. Il ne dit rien, en effet, sur le projet radiophonique et associatif qui trinque au profit d'une autocensure : ne pas déranger les esprits, les élu·e·s, les politiques locales, départementales, nationales, avec les mots et les maux des premier.es concerné.es ? La parole libre est menacée par les "sujets" qui payent, "les sujets" qui ne dénoncent pas, ne dérangent pas, et qui relaient "la culture" que soi-disant tout le monde attend (mais qui inonde pourtant déjà la grande majorité des ondes). Nous vous laissons aller y jeter vos esgourdes si vous voulez vous rendre compte des sensibles changements de programmes, écoutes musicales et traitements des informations... c'est à notre sens déjà audible.

 

Nous avons décidé de ne pas nous taire. Nous voulons pouvoir diffuser sur la bande FM et nous ferons notre possible pour cela. Nous ne voulons pas rester dans la tristesse ou l'abattement et sommes résolu.es à réagir POUR DÉFENDRE DES RADIOS LIBRES, PARTICIPATIVES ET DÉRANGEANTES !!!

L'une des premières actions qui peut déjà être mise en place serait de laisser libre cours à vos interrogations, indignations, protestations... que vous n'avez pas manquées de commencer à nous adresser.

MERCI POUR TOUS CES SOUTIENS et VOS ONDES PRÉCIEUSES ! Alors oui, que ce soit au nom d'une association, d'une émission, d'une radio ou en votre nom propre, si vous avez vous aussi quelque chose à en dire, ou quelques questions à poser à Kaléidoscope, prenez vos plumes, vos claviers, vos combinés, pour raconter ce que ça vous fait à vous, pour leur dire ce que ces émissions vous ont apporté, ou tout simplement pour manifester votre étonnement de ne plus les avoir sur les ondes. Pour quelles raisons obscures ont-elles disparu ?

 

Voici les coordonnées de RKS :

redactionrks@yahoo.fr

BP 422

38018 Grenoble cedex 01

Tél : 04 76 40 63 62

Président:

Jean MOSCONE

 

Nous vous tiendrons bien sûr informé·e·s d'autres actions/réactions que nous déciderons selon la tournure des prochains événements.

Ondes de forces à tou·te·s !!!

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