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Billet de blog 5 nov. 2011

L'éconocratie

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OUVRONS LA BOÎTE DE PANDORE

L'annonce grecque d'un referendum et surtout les réactions qui ont immédiatement suivi éclairent d'un projecteur puissant la conception qu'ont certains dirigeants de la démocratie.

Rappelons-nous pour le cas français le referendum de 2005 sur le Traité Constitutionnel Européen. Toute la farce politique française y était : parti majoritaire UMP et principal parti d'opposition PS acceptant sans rechigner de bafouer la décision du « peuple souverain » deux ans plus tard.

Un épisode fâcheux dans l'histoire de l'Europe, mais rare, n'est-ce pas ? Que nenni ! Les autres pays de l'UE (sauf les Pays-Bas) se gardèrent bien de consulter leurs populations respectives craignant une réponse cinglante. Quelques années auparavant l'Irlande avait osé dire non à l'Europe de Maastricht ; on l'obligea à revoter jusqu'à ce qu'elle dise oui. Idem pour le Danemark (qui bénéficia de quelques ajustements mineurs). L'Europe passe au-delà des avis négatifs donnés par la population, systématiquement, et quel que soit le pays.

La démocratie au niveau européen est devenu exclusivement un paravent brandi bien haut pour masquer les arrangements et décisions prises par quelques-uns, soi-disant au nom de tous. Mais dès qu'on l'utilise pour se donner une légitimité ( car on espère que les braves gens vont voter sur votre bonne tête et votre boniment ), les gens s'emparent de la question, réfléchissent, réagissent et, quelle outrecuidance, répondent en leur âme et conscience. Quels cuistres ! Nos gouvernants oeuvrent pour notre bonheur et nous ne nous en rendons pas compte. Nous osons donner des avis divergents.

Aussi sur la « crise de la dette », il ne faut surtout pas un referendum. Pourquoi ont-ils crié haro sur le baudet quand Papandreou ( au-delà de ses magouilles internes ) nnonce la consultation du peuple grec ? Car les discussions, les arguments pour ou contre seront pesés, balancés, contrés. Et l'option TINA ( There Is No Alternative ) privilégiée par les grands media, gouvernants, par les puissances financières et leurs chevaliers servants sera confrontée douloureusement à d'autres possibilités, d'habitude à peine évoquées et surtout moquées et caricaturées.

Et la réponse du referendum ne fait aucun doute pour qui que ce soit. D'où le cri unanime et cri de rage tripal: « pas de referendum ! » ce qui se traduit par « laissez-nous faire sans donner aucun avis, vous êtes trop con pour comprendre » ou par « on sait bien qu'on vous fait des crasses et que c'est vous qui allez payer les pots cassés ; aussi n'ouvrons pas la boîte de Pandore ! »

Démocratie, reste enfermée dans ta boîte ! Si on l'ouvrait, qui sait ce qui pourrait en sortir !

Papandreou s'est empressé de cacher son referendum sous le tapis, victoire en deux jours ! Ouf, la démocratie n'aura pas lieu ! C'est dangereux à manipuler ces choses-là !

Le cirque du G20 fut magistral : « convoquer » et faire la leçon à cet inconscient de Papandreou, le mettre au coin au fond de la classe ( avec tous les relents xénophobes sur les Grecs dispendieux et flemmards) , accuser l'Italie d'être un bien médiocre élève et donc « surveillé » par le maton-chef FMI ; et pour couronner le tout, rodomontades et mouvements de menton pour la télé dans des déclarations pleines de vent.

On touche du doigt la vérité sur la crise actuelle. Ce n'est pas une crise de la dette, créée par une crise financière trois ans auparavant. C'est une crise de la démocratie occidentale, dévorée par la puissance de feu des puissances financières qui jouent avec nos vies comme on joue au loto du dimanche, avec insouciance.

Le « printemps-été-automne arabe nous propose plusieurs scénarios des événements à venir. Pour l'instant les Indignados et les 99% sont sur les places Tahrir à manifester exaspération, désespoir et espérance. Cela va-t-il finir par abdication, fuite des actuels maîtres et renouvellement de dirigeants, comme en Tunisie ? Par des rébellions violentes -mais victorieuses- comme en Lybie ? Par écrasement des forces vives de la société au profit de quelques-uns comme en Syrie, au Yémen, au Bahreïn ? Par un faux changement comme en Egypte (Moubarak parti mais c'est la même équipe de militaires au pouvoir ) ?

On s'oriente en France et en Italie à un scénario à l'égyptienne avec les présidentielles (grosses frustrations en vue ) ; en Grèce cela évoluera probablement vers une version syrienne plutôt que lybienne. Les Islandais, dont les media se gardent bien de donner des nouvelles, ont choisi la voie tunisienne.

L' ECONOCRATIE simple OU la VOIE complexe

Une chose est sûre néanmoins : une vision autre de l'économie demande une autre pratique de la démocratie. Et une autre démocratie appelle à un changement de mentalité. Edgar Morin, apôtre de la pensée complexe, a publié récemment « la Voie » (sous-titre : pour l'avenir de l'humanité ) - que je recommande- et insiste constamment que les réformes menées isolément et indépendamment les unes des autres sont vouées à l'échec. Ecoutons-le :

« Il ne suffit pas de dénoncer. Il nous faut désormais énoncer. Il ne suffit pas de rappeler l'urgence. Il faut savoir commencer et commencer par définir les voies susceptibles de conduire à la Voie. (…) Pour les élaborer, il faut nous dégager des alternatives : mondialisation/démondialisation, croissance/décroissance, développement/enveloppement, conservation/transformation. Il faut à la fois mondialiser et démondialiser, croître et décroître, développer et envelopper, conserver et transformer. (…)

Les réformes politiques seules, les réformes économiques seules, les réformes éducatives seules, les réformes de vie seules ont été, sont et seront condamnées à l'insuffisance et à l'échec. Chaque réforme ne peut progresser que si progressent les autres. Les voies réformatrices sont corrélatives, interactives, interdépendantes.

Pas de réforme politique sans réforme de la pensée politique, laquelle suppose une réforme de la pensée elle-même, qui suppose une réforme de l'éducation, laquelle suppose une réforme politique. Pas de réforme économique et sociale sans réforme politique, qui suppose une réforme de la pensée. Pas de réforme de vie ni de réforme éthique sans réforme des conditions économiques et sociales du vivre, et pas de réforme sociale et économique sans réforme de vie e réforme éthique.

Plus profondément encore, la conscience de la nécessité vitale de changer de voie est inséparable de la conscience que le grand problème de l'humanité n'a cessé d'être celui de l'état souvent misérable et monstrueux des relations entre individus, groupes, peuples. La question très ancienne de l'amélioration des relations entre humains, qui a suscité tant d'aspirations révolutionnaires, tant de projets politiques, économiques, sociaux, éthiques, est désormais indissolublement liée à la question vitale du XXIème siècle, qui est celui de la Voie nouvelle et de la Métamorphose. »

Eh bien, on a du boulot ! Bon courage à tous !

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