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Billet de blog 25 oct. 2010

Analyse à chaud d'une interview d'un politique

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Je suis en train d'écouter l'interview de Mélenchon (du Parti de Gauche, PG) sur France Inter, passé dimanche soir 24/10. Attention, peu importe que ce soit lui ou un autre, ce qui m'intéresse est la forme, comment se déroule l'entretien. Les notes seront prises sur le vif, au fur et à mesure :

Cliquer ici pour écouter

Oh ! Bravo ! Incroyable ! Le journaliste vient de lui asséner, un peu agacé : « puis-je poser une question ? » alors qu'il freine Mélenchon au moment où il expose comment résoudre le problème de financement des retraites. Vite, vite, c'est dangereux ce qu'il dit. Obligeons-le à passer à autre chose. Pourtant, j'aurais bien voulu qu'il développe car c'est bien le noeud de l'affaire, non ?

2ème merveille: quand il annonce qu'il est favorable à une forme de protectionnisme, les journalistes se gardent bien de lui demander des précisions alors que ses propos sont particulièrement vagues et généraux : il est favorable à un « protectionnisme social et écologique et la relocalisation d'une partie des activités ». Hop hop hop ! Danger, tabou en vue ! Qu'il n'aille pas plus loin.

On parle maintenant de la dette due aux financiers du monde entier. Aïe, là aussi c'est un sujet périlleux. Vite, revenons à la France, à Sarko et à son beau G20 où il compte prendre une position de Sarko-4M. A chaque fois que Mélenchon livre des idées fortes, en tous cas des idées qu'on n'entend pas régulièrement sur cette radio, tout de suite l'un des trois journalistes passe à un autre sujet.

C'est impressionnant comme les journalistes lui coupent la parole et l'empêchent de développer ses arguments, l'empêchent d'organiser les idées. L'auditeur que nje suis ne peut par conséquent garder le fil de sa pensée. Le zapping permanent donne le tournis.

Je suis stupéfait comme tout est décousu: on rebondit d'un sujet à l'autre. Tout est un drôle de patchwork où il est difficile de suivre le lien.

Il est admirable comme Mélenchon arrive à dire ce qu'il a décidé de dire mais tout est émietté. Les sujets abordés: la grève, l'influence des media, le protectionnisme, la dette, le rôle des partis et syndicats... sont nombreux, les positions intéressantes; il n'en reste pas moins qu'on ne retiendra certainement presque rien : le rythme ultra-speed -on lui laisse tellement peu de temps qu'il doit parler très vite- et l'ambiance stressante créée par les journalistes nous empêche de prendre le temps d' imprimer.

Encore une perle ! Quand il arrive à répondre que la vraie raison des « réformes » est de pousser à un système de fonds de pension, aussitôt au bout de 20 secondes, on entend les journalistes réagir et vite tenter de reprendre la parole -qu'ils ont eu l'imprudence de lui prêter- pour lui poser une question qui, bien entendu, n'a rien à voir avec la précédente.

Le feu d'artifice de la fin de l'émission ! « Venons au fond, dit le journaliste, il nous reste cinq minutes. » !! C'est beau comme l'antique. J'oublie de signaler que le fond est la différence entre PS et PG et la guéguerre ou l'alliance entre eux deux.

Voilà, l'entretien est terminé. Quel goût reste-t-il dans la bouche après ça ? Le discours est décousu; tout est dilué dans un galamatias déconstruit consciencieusement par les trois journalistes. Il faut toute l'expérience de Merlu pour réussir à caser quelques idées (40 ans de métier !) et on imagine aisément qu'un débutant se fera démonter.

On comprend mieux pourquoi Bourdieu ne voulait pas causer dans le poste. Sachant que son discours n'était pas rabaché, il estimait qu'il lui fallait au moins trois heures d'antenne sans qu'on l'interrompe un instant. Eh oui ! Penser demande d'écouter !

Autre remarque: est-ce que Mélenchon en est agacé ? Pas sûr car cela lui a permis de ne pas aller au fond des sujets et rien ne dit qu'il en aurait été capable.

Le cas présenté n'est pas unique. Toute personne hors UMP (PS, PG, PC, NPA, FN, syndicats) est physiquement empêchée de parler plus de 30 secondes sans coupure. En revanche, les UMP peuvent dérouler leur discours, leurs grossièretés, leurs énormités, sans qu'on les reprenne. Je me souviens de Frédéric Lefebvre à qui l'animateur laissait dire des insanités avec bienveillance. Autant les premiers subissent en permanence un tir de roquettes (les orgues de Staline, ah ah !), autant les seconds ont droit à des attitudes mielleuses et des propos sucrés.

Ce n'est pas nouveau mais cela reste stupéfiant à chaque fois !

« Résister est un verbe qui se conjugue au présent. » Lucie Aubrac

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