François Ruffin, porte-parole des jeunes face au gouvernement

Depuis des mois, le député François Ruffin monte au créneau pour défendre la jeunesse, encore il y a peu avec la proposition de loi pour un RSA jeunes. Un engagement nécessaire qui fait du bien.

« Notre jeunesse doit être la priorité de la relance ». C'est Emmanuel Macron qui prononçait ces mots en juillet 2020. Le chef de l'Etat semblait avoir compris que l'une des premières victimes de cette crise sanitaire allait être la jeunesse. C’était un constat plutôt juste. Mais ce souci pour l'avenir de la jeune génération a été de courte durée. Il a fallu tristement attendre la fin du 2eme confinement et un hashtag sur twitter pour que la macronie commence à se poser des questions sur le présent. Avec l’action numérique #EtudiantsFantomes, des étudiants ont témoigné massivement leur incompréhension : le gouvernement réencourageait les entreprises à reprendre le présentiel, en octroyant un peu de répit à certains, mais jamais aux étudiants. La journée, nous restions en 100 % distanciel, et le soir, on se confinait à cause du couvre-feu. Cet effort s’ajoutait aux longs mois de rupture brutale avec la vie normale, de mise entre parenthèses des perspectives d’avenir, à court, à moyen, à long terme, d’enfermement, d’impossibilité de partager un moment entre amis, pour certains de rencontrer l’amour, pour d’autres de s’évader quand le contexte familial était trop dur... Le mouvement suscité par cet élan d’expression publique a permis de faire entendre au pouvoir que les jeunes pâtissaient aussi depuis des mois de cette situation, mais dans l'indifférence. Stupeur et tremblement en macronie : même si l’on vote peu, si l’on proteste peu, si l’on rapporte peu, on existe, nous les jeunes. Il faut dire que c’est un heureux retournement de situation, alors qu’on nous tenait responsables de la 2nd vague épidémique dans le pays. Les commentateurs s’en donnaient à cœur joie : les soirées étudiantes étaient la cause de la saturation des hôpitaux de novembre 2020. C’était le seul moment où les jeunes faisaient les titres dans les informations. Qu’importe le malaise qu’on vivait, il fallait trouver un bouc-émissaire, et c’était nous.

Ainsi, à l’automne 2020, les médias alimentaient un conflit générationnel absurde, qui s’ajoutait à la tristesse des longues semaines de confinement qui arrivaient. Pour fêter la nouvelle année : un déconfinement sans les étudiants. Et bien sûr, toujours pas de petits boulots, toujours pas de retrouvailles en réel. Que de l’écran, de la télévision, et de la solitude.

Dans ce contexte, il fallait s’agripper à ce qu’on pouvait pour garder un peu d’espoir. J'ai eu la chance à l’été 2020 d’assister à une conférence à Valence avec François Ruffin. Je n’avais déjà aucun doute sur la qualité du bonhomme, mais il a confirmé ce que je pensais de lui quand il a pris la parole pour parler des jeunes. Lorsqu’il parlait des difficultés d'avant crise pour payer un loyer, conjuguer un travail précaire avec les études, couvrir tous les frais... qui s'exacerbaient avec le confinement. Il a abordé de lui-même ce sujet-là. Ça faisait tellement de bien à entendre. A ses côtés, l’eurodéputée Aurore Lalucq ajoutait que la jeunesse méritait d’être au centre des préoccupations davantage que des polémiques. Pour moi, ce discours ouvrait une espérance. Le soir, j’ai eu le plaisir de manger avec monsieur le député, et j'en ai profité pour lui poser une question : comment réveiller les consciences politiques chez une jeunesse qui se sent méprisée et abandonnée par le pouvoir ? C'est plaisant, à 19 ans, d'échanger avec un homme politique. C'est surtout très inhabituel. Je lui disais qu’il fallait que les élus s’adressent à nous. Certainement par des moyens moins traditionnels, pour nous toucher davantage, mais qu’ils se soucient de nous. L'urgence, lui ai-je dit, c'était la réciprocité : que les jeunes soient réceptifs aux discours politiques, c'était un défi. Mais encore fallait-il que les élus soient à l'écoute de la jeunesse.

Dans les semaines qui ont suivi, j’ai vu que François Ruffin s’était rendu à Metz, à Tours ou même à Lyon, pour rencontrer des jeunes en foyer, des étudiants du Crous, pour discuter avec eux, puis pour relayer leurs voix jusqu’à Paris. Il a enchaîné les rencontres en circonscription avec les jeunes des quartiers. Au début de l’année, il a ouvert une discussion sur son compte instagram pour demander aux étudiants en détresse de témoigner de leurs attentes. Il ne passait plus un média sans dire "jeunes" ou "jeunesse" plusieurs fois. Dans la foulée, il prononçait un discours du haut de la tribune de l’Assemblée Nationale pour demander l'organisation du retour en présentiel dans les amphis. Succès immédiat : la vidéo est vue plus de 600.000 fois en 15 jours sur instagram, et une avalanche de commentaires positifs : “enfin un mec qui parle de nous”, “merci monsieur”. J'ai envoyé cette vidéo à quelques-uns de mes amis, très peu politisés, et les réactions avaient la même tonalité. Et à la mi-avril 2021, c’est lui qui dépose un projet de loi pour l’instauration d’un RSA jeunes, ce « minimum du minimum » comme il dit, qui permettrait aux jeunes en difficulté de subvenir à leurs besoins d'émancipation au moins en temps de crise. 

J'écris cette note, non pour dire que François Ruffin fait figure d’exception, car d’autres élus se sont sincèrement emparés de la question. Mais pour que l’on retienne cela : François Ruffin a été l’un des trop rares à mettre en lumière le problème, et à prendre la question au sérieux avec autant d'avance. Dès l'été 2020, il disait que ce n'était pas normal qu'un pays ne se préoccupe plus de la génération montante. Que cette dernière subisse en silence, qu'elle fasse des concessions sur tout, et qu'elle s'apprête à endurer encore la suite. Nonobstant les provocations ou les moqueries, il n’a pas arrêté d’alerter ses collègues de la majorité, et de secouer une ministre de l’Enseignement supérieur ectoplasmique et jamais à la hauteur.

Rien que pour cela, je crois qu'on peut dire merci à François Ruffin. Sa parole fait du bien, elle bouscule, elle est utile, elle est sincère, et son engagement est profondément nécessaire. Aujourd'hui, c'est le jeune homme de 19 ans que je suis qui se permet de l'écrire : merci monsieur Ruffin.

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