Mélenchon comme premier bulletin de vote

Étudiant de 20 ans en licence d’histoire dans le Tarn, j’ai vécu avec les jeunes de mon âge une période troublée. Dans ce contexte, ma soif d’engagement a été décuplée. La crise sanitaire a accru en moi ce besoin d’implication dans la vie politique de mon pays. C’est d’autant plus enthousiasmant que je vais pouvoir voter pour la première fois à l’élection présidentielle.

Meeting à Aubin, 16 mai 2021 © Stéphane Burlot Meeting à Aubin, 16 mai 2021 © Stéphane Burlot
Issu d’une famille peu politisée, j’ai dû me forger une opinion politique propre, nonobstant la crétinisation du débat avec l’invasion de polémiques détestables, tantôt sur la taille des jupes, tantôt sur les plats sans viande dans les cantines. Le sensationnalisme dont sont avides les grands médias rendent ces moyens d’informations imbuvables, et très nombreux sont les gens de mon âge qui s’en détournent pour former leur esprit critique.

  Désormais, nous sommes à quelques mois de la grande échéance électorale française, et pour ma part, j’ai deux certitudes.

  La première, c’est qu’Emmanuel Macron n’ouvre plus un chemin d’espérance. 5 ans supplémentaires de macronisme ne seront pas une bouffée d’oxygène pour le pays. Entre mensonges répétés, scandales d’État, mesures injustes ou mépris du Parlement, Macron avait promis un nouveau monde politique, mais n’a repris que les pires méthodes de l’ancien, tant sur la forme que sur le fond. Il n’y a aucune rupture ni avec le socialisme ni le sarkozysme. Cette même absence de vision à long terme, ces discours creux, ces promesses non-tenues et ces violences continuent de creuser le divorce entre politiques et citoyens. Et pour Macron, sa volonté de plaire à tout le monde n’a fini par ne plaire à personne.

  Ma deuxième certitude, c’est que dans ce paysage politique fade et crispé, Jean-Luc Mélenchon a ouvert une voie intéressante. Il a su tenir un discours intelligent. Il ne s’est pas vautré dans les diversions. J’ai apprécié sa persistance à parler de lutte sociale et de planification écologique. Les thématiques comme l’immigration, la sécurité ou le terrorisme ne doivent pas être négligées, mais elles alimentent aujourd’hui trop de fantasmes et de délires éloignés de la raison, qui saturent le débat public.

  Alors oui, Mélenchon a bien sûr des défauts. Mais il a aussi ses qualités. Je pense que l’intensité des attaques qu’il subit est d’abord due à ce rassemblement inédit dont il fut l’artisan en 2017. Personne ne l’a vu venir, tout le monde a constaté sa force, et certains ont pris peur. Depuis cette ascension, le voilà repeint en diable : « Mélenchon le communiste millionnaire », « Mélenchon l’islamiste », « Mélenchon le tueur de la gauche ». Quel CV ! Sa personnalité déchaîne les passions, y compris chez une certaine gauche molle et anti-populaire, dont la frustration est palpable à chaque fois que le nom de Mélenchon est évoqué.

  Tous ces gens m’ont donné envie de m’intéresser à lui. J’ai suivi ses interventions, écouté ses discours, lu quelques uns de ses livres. Et j’ai découvert un monsieur dont le profil me rassure.

  Face à Manuel Valls, l’homme qui avait juré sur l’honneur soutenir Benoît Hamon après la primaire PS, face à Olivier Faure qui a voté la Loi Macron, face à Gerald Darmanin qui affirmait que Macron était un « bobopopuliste », face à Marine Le Pen qui se met subitement à défendre l’euro après avoir expliqué que c’était la cause de tous nos malheurs, lui a le mérite de la clarté sur les longues années de son engagement.

  Et puis, il faut le reconnaître : il a souvent été en avance. Sur le discours du Bourget ? Il avait compris le mensonge. Sur la dette publique ? Il a eu 15 ans d’avance. Sur l’écologie ? Il avait saisi l’enjeu bien avant le reste de la gauche. Sur l’Union européenne brutale et austéritaire ? Il avait raison en 2005. Sur la crise démocratique et le renouvellement des institutions ? Son analyse s’est avérée juste. Sur la folie de l’austérité budgétaire dans l’hôpital public ? Il avait prévenu bien avant la crise du Covid-19.

  On peut au moins lui reconnaître d’avoir eu raison assez tôt sur bon nombre de sujets. Il paye sa lucidité, et tous les arguments sont bons pour le descendre : il a de l’âge, il a parlé un peu trop fort à une perquisition, il prend trop de place, il a de l’égo… Les attaques ne volent jamais bien haut, et pour ma part, elles me passent au-dessus, parce qu’à 20 ans, avec un pays à relever, un climat à préserver, des acquis sociaux à défendre, ce sont des considérations inintéressantes.

  Au fond, Jean-Luc Mélenchon, ce n’est même pas le sujet. J’ai du respect pour le chemin qu’il a ouvert, parce qu’il est vrai qu’aujourd’hui il est l’un des rares à dresser le juste constat des crises de notre époque, à avoir le mérite de poser les bonnes questions, d’offrir une réponse argumentée, à tenir bon dans les moments difficiles, et à s’adresser aux jeunes et aux oubliés de la politique, sans les prendre de haut, et sans faire de la morale aux gens.

  Mais je refuse de m’engager pour un homme. Je veux m’engager pour mes idées. Je sais qu’on ne pourra pas tenir éternellement le pays en distribuant des miettes, en faisant les poches aux classes populaires, en donnant l’illusion d’un grand changement avec des discours fumeux, creux et mensongers. Et je sais aussi que le programme l’Avenir en Commun bouge les consciences et fait réfléchir, et j’aime ça. Je crois en une dynamique populaire autour de ce projet. Il m’enthousiasme tout à fait, et il peut mobiliser parce qu’il y a une réelle aspiration à tout changer.

  J’ai donc pris ma décision cet été : quels que soient les autres candidats, je voterai Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle. Ou plutôt, vous l’aurez compris, pour son programme.

  La VIe République est une évidence absolue pour revitaliser la démocratie, fédérer le peuple pour une nouvelle constitution et prendre les problèmes à la racine.

  La sortie des traités européens également, ces murs de fer qui nous condamnent à une perspective d’avenir à laquelle nous ne consentons pas.

  Le retour d’un État qui ne se résigne pas devant le chômage de masse, qui ne démissionne pas face à la finance, qui défend son industrie, ses ouvriers, ses salariés, l’emploi pérenne, qui lutte avec courage contre le démantèlement des entreprises et le chantage des actionnaires.

  La planification écologique avec un service public dédié à la préservation des biens communs naturels.

  Sans développer tout le long programme, en voilà quelques grandes lignes.

  Et avec l’humilité d’un jeune homme, je pense pouvoir le dire : Mélenchon pose sur la table les bonnes solutions. Ce sont pour elles que je voterai en 2022.

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