L’enseignement des langues à l’école

La langue française est l’une des plus complexes au monde, dans sa grammaire et sa subtilité. Langue diplomatique par excellence du temps où l’on cherchait encore la subtilité dans les relations internationales. Cela ne dénigre en aucun cas les autres langues, nullement. Il est seulement nécessaire de prendre acte et conscience de cette différence. Différence qui se retrouve au niveau culturel, au niveau du système de pensée. La France, les Français et le français sont atypiques. Bien sur toutes les nations, tous les peuples, toutes les langues sont particulières, mais prenons l’objectif dans l’autre sens. Ne prenons pas du recul sur nous même pour mieux prendre conscience, mais au contraire focalisons-nous sur nous même. Mettons en exergue ces particularités afin de mieux les connaître.

 

Le français atypique, particulier, différent, autant dans sa culture que dans sa langue. Le français peu ouvert sur le monde, sur l’Europe, sur les autres. Le français qui a du mal à apprendre, à appréhender, une autre langue, une autre culture. Bien sur les autres aussi, mais restons avec notre objectif renversé.

 

Partons de ce constat, qui peut être contesté, mais essayons tout de même de raisonner à partir de ce postulat.

 

Comment pourrait-on faire évoluer cette situation, rendre le français plus ouvert aux autres cultures et aux autres langues ?

 

En ne le braquant pas, en le prenant avec douceur pour qu’il puisse mieux appréhender l’Autre.

 

L’anglais, dans la même simplification, est une langue facile. Facile par son vocabulaire, sa grammaire. Facile à parler, facile pour communiquer. Alors pourquoi tant de difficultés à l’apprendre pour les petits français, et les plus grands. Les profs, l’éducation nationale, les parents, les enfants, faisons-fi du bouc-émissaire et prenons le problème différemment.

 

La France a une histoire, la langue française aussi. Nous avons des cousins linguistiques, proches comme l’italien ou l’espagnol, un peu plus lointains comme l’allemand. Puis de très éloignés, comme le chinois, le russe ou l’arabe. Cousins issus de germains par la magie de nos lointains ancêtres communs de ci et de là.

 

Pourquoi nier cette histoire. Nous apprenons à lire et écrire avec des mots simples, puis des phrases simples et enfin des textes simples. Nous augmentons la complexité de ces contenus, nous découvrons les règles de grammaires et leur combinatoire subtile. Nous ne commençons pas à l’école primaire avec une analyse de la madeleine de Proust.

 

Alors imaginons un apprentissage des langues différent.

 

Partons du primaire. Il existe des écoles pilotes, ou des configurations locales particulières, qui font que certaines écoles primaires initient les enfants ici à l’anglais, ici à l’italien, là à l’espagnol. Très bien. Il n’est pas nécessaire de révolutionner le programme du primaire, les objectifs sont déjà bien assez forts : lire, écrire, compter et être initié au monde dans sa globalité. Prêts pour la suite en somme. Parfait, ne touchons rien.

 

Mais en début de Secondaire par contre, ce cycle ultra-long où nous apprenons tout et retenons rien…

 

Aujourd’hui, vous choisissez pour vos enfants, en fonction bien sur du choix offert par l’établissement, ou suite à une dérogation, la langue que votre enfant va étudier. Anglais pour la majorité, c’est la langue de la communication. Allemand pour les meilleures classes. Espagnol, Italiens pour les autres. Et vous remettez cela en quatrième pour une seconde langue, que deux ans plus tard encore vous pourrez abandonnez. Le tout pour obtenir un niveau global qui ne permet pas à la majorité de pourvoir demander son chemin à Londres, qui est à 2h de Paris en train…

 

Quel gâchis de moyens. Quel gâchis pour les enfants, futurs adultes. Quelle perte pour la société, la république, l’économie.

 

Alors imaginons qu’en sixième et cinquième, il y a déjà bien des choses à apprendre. N’ajoutons pas un fardeau comme une nouvelle langue. Une nouvelle façon de penser, une nouvelle histoire, une nouvelle géographie. Cela fait trop et dégoute trop rapidement.

 

Changeons donc l’apprentissage des langues.

 

Sixième et cinquième : découvertes des langues principalement, mais aussi des cultures, des histoires, des géographies, des systèmes de pensées. Nos cousins proches en sixième, les plus lointains en cinquième.

 

Quatrième et troisième : choix de cette fameuse langue et apprentissage comme avant.

 

Lycée : choix d’une seconde langue optionnelle.

 

Rentrons un peu plus dans le détail.

 

En sixième, le cours de langue serait un cours de langues. Toutes les langues autour de la France, par l’histoire, la géographie ou autre qui ont des racines communes, des points communs. Commençons par faire découvrir l’italien, l’espagnol, un peu d’allemand, de flamand, d’anglais. Découvrons les mots qui diffèrent légèrement, la grammaire quasiment identique, les histoires croisées. Jouons avec les mots en i, en o et en a à la fin de nos mots français. Jouons et découvrons en sixième pendant que les bases de la grammaire, de l’orthographe sont mises en place en cours de français. Ne perturbons pas nos enfants.

 

En cinquième, toujours cours de langues, mais les cousins éloignés. Le russe, l’arabe, le chinois, le finnois, le portugais et les autres. Découvrons alors des systèmes de pensés différentes, des histoires différentes, voyageons dans le temps et l’histoire. Et ce pendant que l’Histoire, la Géographie et le Français sont des connaissances qui s’affinent. Soyons curieux de découvrir le monde et ses langages. Et soyons prêts pour en choisir une.

 

En quatrième, nous avons été préparé, sensibilisé, nous avons grandi, appris des choses, nous maîtrisons mieux notre langue maternelle, nous sommes plus ouvert au monde. Nous sommes prêts à co-choisir avec nos parents. Conséquence immédiate une baisse mécanique de l’anglais au profit de toutes les autres. Le choix doit être souverain. Et de toute façon l’anglais, langue facile sera apprise en seconde langue si l’on désire.

 

En troisième, nous avancerons à pas de géants dans cette langue. Fort de notre ouverture, de notre préparation à la langue.

 

Seconde, première et terminale, vive les options et les points en plus. La mécanique du calcul des points pour le bac modulé par l’envie d’apprendre une langue. L’utile et l’agréable. Nous pourrions même envisager de passer la première langue en fin de première. Histoire de.

 

Résultats des enfants décoincés, des futurs citoyens ouverts, décomplexés face au monde mondialisé. Des français fiers de leur patrimoine culturel et envieux de découvrir les autres.

 

Et nos professeurs alors. Et bien grande opération de formation : choix d’une mise à niveau en vue d’un apprentissage au lycée, au vu du déplacement des volumes horaires de la sixième, cinquième au lycée, ou choix d’une formation sur les langues en sixième et cinquième, ou encore polyvalence sur les deux.

 

Voila l’idée. Ce n’est qu’une idée, mais comme toutes les idées, le concept importe, s’il paraît intéressant, cela vaut la peine de creuser, de le travailler, de l’imaginer dans son application concrète.

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