Hasankeyf, Turquie: la disparition programmée d'un site historique (Lola)

   Voici Hasankeyf, un site archéologique de plus de 6 000 ans d’histoire situé sur les rives du Tigre.

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Voici Hasankeyf, un site archéologique de plus de 6 000 ans d’histoire situé sur les rives du Tigre. Ce petit bout de terre est condamné à disparaître sous les eaux depuis l’annonce du premier ministre R. Tayip Erdogan de construire un barrage en lieu et place du site. Lancé en août 2006, le barrage d’Ilisu deviendra la quatrième centrale hydroélectrique de Turquie et devrait couvrir

 

jusqu’à 3 % des besoins énergétiques du pays.

Déjà présenté comme un sésame pour le développement d’une des régions turques les plus déshéritées, R. Tayip Erdogan affirme que la création du barrage entraînera la création de 20 000 emplois et l'irrigation de milliers d’hectares de terre. Oui, mais à quel prix?

La réalisation de ce projet va engloutir sur 500 m de hauteur un patrimoine historique majeur où se côtoient des vestiges assyriens, byzantins, ayyoubides et ottomans.

Hasankeyf n’est pas le seul trésor archéologique appelé à disparaître. Le barrage d’Ilisu menace également quelques 200 autres sites répertoriés dans la région affectée (Ziyaret tepe, Gre Dimse, à la frontière syrienne..). L’intérêt scientifique de ces sites encore inexplorés ne semble pas émouvoir Ankara, clairement décidé à mener à bien ses objectifs économiques dans cette région qu’on appelait jadis la Mésopotamie, le berceau de la civilisation.

 

Aux conséquences culturelles dramatiques engendrées par la réalisation du barrage, s’ajoute une impact social capital : le déplacement de 50 000 personnes, essentiellement kurdes et le risque de voir disparaître leur culture et savoir traditionnels (pour le tissage des tapis par exemple ou le travail du cuivre propre à Hasankeyf).

Le gouvernement a prévu d’ériger une nouvelle ville pour y reloger les expropriés d’Hasankeyf et promet des indemnités. Les collectifs d’associations craignent eux, que les populations déplacées ne s’entassent dans les bidonvilles des villes voisines : Diyarbakir et Batman.

 

En passant à Hasankeyf il y a deux mois, je n’ai pas constaté de sentiment d’urgence, bien que la zone doit être inondée dans un délai d’un an.

Quant aux fouilles, un rapport du Conseil de l’Europe de 2001 précisait qu’elles avaient jusqu’ici concerné moins de 5 % du site.

 

Lola

 

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