Une deuxième lettre de Daniel Bouton

Une deuxième lettre de Daniel Bouton a été mystérieusement retrouvée pour la partager avec générosité et pour le plus grand plaisir du comité de rédaction de ce blog

La Commission d’Instruction de la Cour de Révisions et de réexamen des condamnations pénales sursoit à statuer ce lundi 21 mars 2016 et considère donc avec sérieux, circonspection et attention la demande de mon ancien opérateur de marché, Jérôme Kerviel.

 Je suis bien embarrassé alors je viens vous dire, moi, ex-patron de la Société Générale, tristement et tragiquement, au nom de la liberté d'expression, que je jette l’éponge.

 J'avoue.

 J'avoue que la Société Générale n'a pas perdu les 6,3 milliards d'euros allégués sur les ventes colossales du débouclage des 21, 22 et 23 janvier 2008, mais ceux-ci avaient disparu fortuitement de toute façon bien avant.

 J'affirme personnellement que la Société Générale a perdu en réalité 12 milliards d'euros (3 x 2²) sur les subprimes que nous avions achetés par l'intermédiaire des banques américaines via nos diverses filiales et en particulier, la SGAIME laquelle avait égaré des milliards évidemment et sûrement bien planqués aux Bahamas ou dans une île paradisiaque engloutie au Luxembourg, si vous voyez ce que je veux dire.

 J'avoue avoir contacté personnellement le Président de la République et lui avoir demandé de faire quelque chose pour la Société Générale.

 Je crois ne jamais vous avoir dit que je suis un ami personnel de l'ancien ministre du budget, ce qui a facilité le règlement de mes problèmes de grande banque systémique, laquelle, de ce fait, n'a jamais rien eu à débourser naturellement même au cas d'erreur ou de faute lourde. Celui-ci a donné des ordres à ses services et j'ai obtenu gain de cause facilement avec l'aide de mon ami de trente ans le Ministre du Budget qui est un homme très sympathique et fort compréhensif ; Et une déduction fiscale spectaculaire des pertes de débouclage que nous avons attribuées à Jérôme Kerviel. Grâce à la dédiée, dévouée et fidèle ministre de l’Économie de l'époque, la Société Générale a pu ainsi recevoir deux petits milliards d'euros supplémentaires en défiscalisation, il nous fallait bien cela pour faire moins peur aux marchés et aux investisseurs et ne pas nous trouver à terre.

 Car il est vrai, j'avoue aussi que cette crise fut un véritable tsunami financier sur toute la planète et je savais qu'il faudrait des années pour que les États qui subventionnent les banques s'en remettent, et dans notre cas particulier, l’État français.

 Imaginez que sans vous, les citoyens, nous finissions torpillés comme Lehman Brothers qui s'est fait découper comme un poulet dodu mal rôti, qui s'est fait déchiqueter et lacérer par les charognards du VIX, du BX4 et des CDS ; Alors deux petits milliards pour un pauvre banquier comme moi, ça faisait plaisir la solidarité.

 Comprenez bien là, que je suis solidaire des Français et des Françaises, et je vous remercie pour votre aide, vraiment.

 Pour me faire pardonner, je vais instaurer une fondation pour l'aide aux victimes de la justice, pour les grands brûlés du trading et aux pauvres étranglés sauvagement par les  banques. Cette fondation s'appellera la fondation Kerviel.

 Pour me faire pardonner, je vous assure que je veillerai personnellement également à contacter rapidement les services de justice compétents pour mettre de l'ordre dans cette affaire, et faire cesser toute poursuite à l'endroit de Jérôme Kerviel, qui a été un bon soldat dans le fond, à bien y réfléchir. Sincèrement. Et tout compte fait. Bien sûr.

 



 

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