Pour la séparation de la Finance et de l'Etat

Introduction d'une série d'articles sur le thème de la séparation de la finance et de l'état. En espérant pouvoir publier régulièrement et y avoir des échanges constructifs.

Chaque été je me rends en vacances dans un minuscule village perdu dans le centre de la France, comme il en existe de nombreux partout sur le territoire. Ce village est mort depuis plusieurs décennies. Ce fut d’abord le quincailler qui ferma, puis le boulanger, le boucher, la poste, l’école primaire,... jusqu’au dernier bar qui sonna la fin officielle de la vie de cette petite bourgade.
Tous ces endroits ont été convertis en logements plus ou moins habités en fonction des saisons. Un seul endroit continue à vivoter, le dimanche matin, à Noël et via ses sonneries répétitives. Il domine la place principale du village, et est visible depuis toute la localité : l’église.
N’étant pas pratiquant, ni même croyant de quelconque religion, j’avoue être à chaque fois surpris de la sensation que j’éprouve quand on ouvre la vieille porte de cet endroit.

Déjà il faut attendre le bon moment pour avoir une chance de croiser la personne qui pourra nous dire où se trouve la clef de la porte principale de l’église. Et aussi se trouver dans une période propice à son ouverture, Noël, qui justifie que même des païens puissent y rentrer pour se rassembler, chanter ou juste discuter.

Ensuite il faut aller chercher la clef, vieux trousseau rouillé datant d’une autre époque que les quelques habitants à l’année du village se transmettent de génération en génération.

Il est enfin possible d’ouvrir cette vieille porte en bois qui grince pour rentrer dans ce bâtiment d’une autre époque qui sent l’humidité, couvert de crottes de pigeons et à la luminosité précaire. C’est un saut dans le temps, aussi bien sensoriel que visuel et olfactif.

J’imagine que l’église fut un endroit de rassemblement, de fêtes, de joie lors des mariages, de peine pour les enterrements, bref : de vie !

Dans ma vie de tous les jours j’ai plutôt eu l’habitude, dans les villes de moyennes tailles de voir deux bâtiments sur la place principale : une banque et la mairie. Comme si cet assortiment de l’état et de la finance avait remplacé, symboliquement, la présence religieuse au centre de nos vies en société.

Ce n’est que plus tard, lorsque j’ai eu l'occasion de vivre et visiter de plus grandes villes, comme Lyon, Paris, Londres, Los Angeles, Tokyo, Hong Kong, Shanghai ... que j’ai remarqué que la tour qui domine le centre ville, est systématiquement celle d’une banque. La mairie est souvent fondue dans cette jungle urbaine, peu visible car beaucoup plus petite, insignifiante dans sa place et sa fonction au sein des métropoles.

C’est à partir de ce moment-là que la comparaison se révéla frappante. Les nouvelles cathédrales sont les tours de la city, architectures des plus fantasques, hauteurs vertigineuses, éclairages et décorations baroques, dominant les capitales du monde.

Les nouvelles églises sont les agences bancaires, dans lesquelles on se croise quotidiennement pour retirer ou déposer de l’argent, elles sont au coeur de notre économie et de nos villes. Nous nous y confessons à nos conseillers bancaires pour absoudre nos péchés de crédits non remboursés et demander le pardon via des AJO plus ou moins consenties.

La nouvelle religion est la finance ! Et l’état ne peut que tolérer sa présence, impuissante devant la mainmise des banques sur les politiques budgétaires, économiques dictées par les marchés boursiers. Tout comme l’église pouvait dicter la morale, l’éducation, et la vérité scientifique dans un passé pas si lointain.

Il me semble que les deux problèmes majeurs que nous avons à faire face aujourd’hui sont ceux des inégalités croissantes et de la crise écologique.

Les inégalités se creusent, à une vitesse folle, via une confiscation des profits des entreprises qui sont versés aux actionnaires sous forme de dividende. La France est la recordman du monde en la matière (47 milliards en 2017, 50 milliards en 2018..). Cette énorme masse d’argent pourrait être reversée sous forme de salaire, pour augmenter le revenu minimum ou réinjecter directement dans l’entreprise pour garantir des conditions de travail décentes et/ou une activité de R&D allant dans le sens de l’innovation écologique.

Au lieu de cela, cet outil financier que sont les dividendes, prive l'économie réelle à la faveur des actionnaires et vient gonfler des marchés financiers totalement déconnectés de la vie économique de nos pays. Ils alimentent les bulles financières qui profitent à une minorité et déstabilisent toute l’économie mondiale suite aux crises financières.

La cerise sur le gâteau étant l’intervention des états lorsqu’une bulle financière éclate : c’est l’exemple même de la privatisation des profits et de mutualisation des pertes qui est à l'oeuvre. Sans parler des conséquences désastreuses sur l’économie, l'écologie et les impacts sociétaux lourd : chômage, précarité, budgets de la santé, de  l’éducation, les services publics en pâtissent systématiquement devant la dette publique laissée par le sauvetage d’institutions financières privées.

Cela rend très difficile, voir impossible, toute transition écologique, car les moyens manquent quand toutes les liquidités se dirigent vers un profit immédiat et ne misent pas sur un avenir souhaitable. Lorsque nous courons vers une croissance infinie en exploitant les ressources finies de notre planète via de vieilles recettes qui ne devraient plus être à l’ordre du jour. Le forage toujours plus agressif des énergies fossiles, l’agriculture de masse, les réseaux de grande distribution qui pressent les agriculteurs, les moyens de transport humains et de marchandises toujours autant polluants,... Aucune transition ne semble possible dans le cadre actuel d’un système à bout de souffle, en fin de course folle vers un profit qui n’est même pas partagé équitablement. C’est doublement inacceptable !

Alors que faudrait-il faire pour apprendre du passé et agir pour un futur meilleur ?

Il m’est venu l’idée d’analyser les conditions et termes de la séparation de l’église et de l’état pour en dégager les modalités d’une séparation entre la finance et nos gouvernements. Je vous propose de nous replonger dans notre histoire et d’en tirer des outils, des données, des conclusions pragmatiques pour argumenter de la faisabilité et de la nécessité d’une telle scission.

Je publierai ici l'avancement de mon enquête sous différents articles de blog. Bonne lecture !

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