Tsunami financier mondial en 2020 : analyse d'un article d'U&R sur la prochaine crise

J'ai fait une analyse de l'article suivant : https://usbeketrica.com/article/tsunami-financier-mondial-2020 Je vous conseille de le lire avant l'analyse, mais comme j'en reprends certaines phrases, ce n'est pas obligé de le lire pour comprendre mon propos.

C'est un article à la tonalité un peu anxiogène mais c’est la ligne éditoriale du magazine (https://fr.wikipedia.org/wiki/Usbek_%26_Rica). C’est aussi de la prospection, on ne peut pas prédire les dates des crises. Ceci dit c’est bien documenté et argumenté. Et c’est en accord avec l’avis d’autres analystes, une crise financière arrivera dans les prochaines années.

L’article est intéressant mais avec un point de vu très droitier du CAC40 je trouve. Il passe complètement à côté de la plus grande menace que représente la dette privée par rapport à la dette publique. Aussi il préfère réguler les aides sociales (centaine de million à économiser) plutôt que de supprimer les niches fiscales et combattre l’optimisation+fraude fiscale (centaine de milliard à économiser).

Je cite : « Parmi les solutions avancées, la suppression des niches fiscales qui « n’ont pas de sens » et « le conditionnement des avantages sociaux » qui, contrairement à ce que suggère l’appellation, pourrait être une mesure d’équité sociale. »

Et quand ils parlent d’augmenter encore les impôts des sociétés (ce qui paraît aberrant), il ne précisent pas desquelles. De ceux qui croulent déjà sous les impôts ou des entreprises du CAC40 qui en payent bcp moins, voir pas du tout (cf.  le rapport Carrez sur le site de l’assemblée nationale qui pointe que certaines multinationales réussissent à ne pas payer d’impôt ou très peu).

La dette publique est un problème mais la dette privée n’est pas à oublier car elle est supérieure à la dette publique et peut créer l’étincelle car une entreprise peut faire défaut contrairement à un état. C’est un risque majeur en chine par exemple (env. 200% du PIB). Sachant qu’au cours de la prochaine crise cette dette privée sera transformée en dette publique (par le phénomène de l’état éponge qu’on commence à bien connaître).

Dette privée et dette publique dans le monde : https://tinyurl.com/y5l35ywe (sur Rexecode.fr)

En France c’est environ 100% du PIB pour la dette publique et 150% du PIB pour la dette privée (http://www.leparisien.fr/economie/dette-publique-a-bientot-100-de-pib-faut-il-s-inquieter-21-12-2018-7974639.php).

La notion de « Triangle des Bermudes » pour le sort de l'argent injecté par la BCE est bien trouvée, on le verra plus loin. Aussi beaucoup ont l’impression qu’on a créé un géant aux pieds d’argiles avec la construction de l’Europe autour de l’euro. Les Echos : https://tinyurl.com/yyqofxfx, La Croix : https://tinyurl.com/y2lfy64w

Une monnaie commune c’est bien mais une monnaie unique c’est une plus grande fragilité en cas de crise car l’effet domino est accru (propagation plus rapide et plus vaste). D’où l’importance des monnaies locales en complément, qui sont plus résilientes.

D’autres évoquent aussi la possibilité d’un système bi-monétaire par pays pour respecter les différences sociales, industrielles, économiques des différents pays et permettre une gestion de la création monétaire souveraine et localisée (euro + monnaie nationale : euro-franc, euro-mark,..) : https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/passer-de-la-monnaie-unique-a-la-monnaie-commune-462789.html

La hausse des taux d’intérêts par la BCE a été évoquée récemment mais rapidement repoussée car, comme le dit l’article, cela mettrait le feu à tous les crédits en cours (cf. taille des dettes privée mentionnée ci-dessus) et futurs, donc ça impacterait la croissance (déjà faible) directement. Source, le Figaro : https://tinyurl.com/y66zbbtw

Les problèmes récurrents de banques trop grosses, sans séparation d’activité de spéculation et de prêt, de manque de régulation sont toujours là en effet. Trop peu a été fait depuis 2008. Et les conflits d’intérêts de certains régulateurs passés par les banques sont aussi toujours présents. L’article site quelques exemples parmi tant d’autres. Et les USA semblent partis pour répéter les erreurs du passé. Source La Tribune : https://tinyurl.com/y54foslg

Le quantitative easing n’a pas bien fonctionné en effet ni aux USA, ni en Europe, ni au Japon (stagnation du chômage et croissance faible), alors qu’on a imprimé une quantité astronomique d’euros et que les banques ont été sauvées et ré-affichent des bénéfices..

Exemple par les chiffres, en 2012 la BCE à injecter 1000 milliards d’euros, soit environ 3500 euros par habitant de la zone européennes (300 millions d’habitant environ), ce qui fait 300 euros par mois par habitants (quelque soit leur âge, nouveaux nés inclus !). Entre 2012 et 2017 la BCE à injecter plus de 4000 milliards d’euros via les banques privées et même Challenges avoue que cette somme s’est en partie perdue en cours de route (https://www.challenges.fr/finance-et-marche/ou-sont-passes-les-4-000-milliards-d-euros-injectes-dans-l-economie-par-la-bce_520551) -> c’est bien le triangle des Bermudes :)

On peut dire que la très faible croissance de la zone euro depuis 2008 a été créé artificiellement par la BCE. Et surtout que si cet argent avait été donné directement aux citoyens européens, cela ferait un revenu universel inconditionnel garant d’une consommation et d’un niveau de vie pérenne.

Certains économistes (dont le fameux M. Friedman) avaient proposé à l’époque de passer à du quantitative easing pour le peuple (https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9licopt%C3%A8re_mon%C3%A9taire). Mario Draghi trouve l’idée intéressante, ses anciens collègues de chez Goldman Sachs sont surement moins enthousiastes ;)

Le procédé est simple, quitte à créer de la monnaie, autant la distribuer équitablement et directement aux citoyens, ce qui permettrait une relance de la consommation et garantie de qualité de vie pour tous. De plus, moins d’inégalités, c’est bon pour la croissance. C’est le FMI et l’OCDE que le disent. Source Libération : https://tinyurl.com/yyut3sz4 et OCDE : http://www.oecd.org/fr/presse/les-inegalites-pesent-sur-la-croissance-economique.htm

Les seuls perdants seraient les intermédiaires qui ne pourraient plus prendre leur part. Mais avons-nous besoin d’autant d’acteurs financiers pour qu’une économie existe ?

L’article se termine par une question intéressante sur la nécessité de la croissance, qui repose de nos jours sur l’emprunt et la consommation d’énergie. La décroissance est un sujet qu’il faut débattre, mais je ne pense pas que l’on soit prêt à en parler en Europe ni aux USA. Il faudrait commencer par parler d’a-croissance. En gros, notre niveau de vie est bon, notre PIB aussi, alors visons à sa stabilité et à une meilleure répartition.. Comme pour notre bilan carbone qui devrait tendre vers zéro, notre croissance pourrait tendre vers zéro. Ecologie et économie sont intimement liées (notre économie reposant majoritairement sur la consommation de pétrole). Voir les nombreuses conférences Youtube de Jancovici sur le sujet (Polytechnicien spécialiste et bon orateur).

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