Jeu de mots, jeu de vilains ?

Les Européens méritent mieux. La tromperie des banquiers et de leurs communicants doit être mise à jour pour qu'un vrai débat démocratique et non technocratique voie le jour au sein de l'Union Européenne.

Il est des sites Internet qu'on ne se lasse pas d'explorer tels des couchers de soleil qui offrent inlassablement une nouvelle lumière. La page web d'Alber & Geiger éclaire toujours son visiteur sur les couloirs de Bruxelles, le côté obscur de la politique européenne.

Ce cabinet d'avocats offre des services de lobbying. Il loue des mercenaires de l'influence, des hommes et des femmes cultivés et intelligents qui ont le mot pour arme et les dirigeants européens pour cible.

Mais il n'y a point de palabres négatives en vitrine du magasin de l'influence. Sur le site s'affichent objectifs nobles et procédés éclairés. On nous apprend notamment qu'Alber & Geiger a évité une nouvelle crise financière en Grèce.

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Le cabinet d'avocats ne ment pas. Il évoque une partie de la réalité, la seule réalité qui convient au chiffre d'affaires et aux actionnaires de son client. Comme l'indique Alain Deneault, le lobbying « s'emploie à mettre sous pression tous les citoyens, en pesant sur la réalité elle-même ».

Dans le cas de la Grèce, Alber et Geiger a travaillé pour une banque grecque qui recevait de l' « aide » financière européenne. Cette banque allait être soumise à une longue enquête de la Banque Centrale Européenne. Cette dernière voulait plus d'informations sur les bénéficiaires de tant d'Euros durement obtenus par les Européens qui paient leur impôts.

Or, la banque grecque ne voulait pas en dévoiler autant. Elle a donc fait appel à Alber et Geiger afin qu'aucun mot négatif ne vienne entâcher la réputation de la banque. Le cabinet d'avocats est spécialiste pour redorer le blason et laver la réputation des entreprises et des gouvernements.

Alger et Geiger sont de fins experts en jeu de mots. Une argumentation habile qui pose le regard et le débat sur un discours poli et joli.

Le coup de maitre fut concluant. Pour la banque grecque, la stratégie discursive fut très simple : une enquête publique sur une banque grecque diminuerait la confiance des investisseurs qui elle-même entrainerait une nouvelle crise financière en Grèce.

On parlait de contrôle sur les destinataires de l'argent public européen. Après six mois, la Banque Centrale Européenne change de discours.

Dans ce jeu de mots bien orchestré, cette dernière ne peut pas poursuivre sa longue enquête car le débat est biaisé : si vous enquêtez, vous serez responsable d'une nouvelle crise en Grèce.

Ce discours bien ficelé est efficace pour la banque grecque. Néanmoins, il occulte une toute autre réalité : la mauvaise gestion des fonds européens par les banques grecques, le malheur des Grecs à qui on réduit les retraites, la qualité de leur santé et éducation, leurs salaires. Il trompe également les Européens qui croient sauver le peuple grec alors qu'ils remplissent les poches de banquiers grecs peu scrupuleux.

Les Européens méritent mieux. La tromperie des banquiers et de leurs communicants doit être mise à jour pour qu'un vrai débat démocratique et non technocratique voie le jour au sein de l'Union Européenne.

La page web d'Alber et Geiger n'est finalement pas comparable à un coucher de soleil. Elle devrait être associée à un lever de rideaux. L'examiner peut lever le voile du discours pré-fabriqué et orienté pour demander une véritable scène démocratique où les acteurs sont nombreux et le scénario s'écrit au fil des arguments et des intérêts de tous.

Á nous de jouer....

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