Extrait du livre de Gaël Giraud "Illusion financière" (Les Éditions de l'Atelier)
La Grèce, une affaire « rentable » ?
Autre exemple d'utilisation pernicieuse des CDS* : la Grèce. Pour pouvoir entrer dans la zone euro, en 2001, Athènes devait satisfaire aux critères du pacte de stabilité : un déficit public annuel inférieur à 3 % du PIB, une dette publique inférieure à 60 %. La réalité est qu'à cette date elle n'y satisfaisait pas mais qu'elle a maquillé ses comptes publics pour donner le change grâce à des « experts » Goldman Sachs, venus de New York l'aider à déguiser un prêt de long terme en un swap trafiqué, dans la grande tradition dans la grande tradition des astuces d'Enron. Eurostat, l'office statistique de l'Union européenne (UE), avait été averti du subterfuge mais rien n'y a fait : Bruxelles a béni l'adoption de la monnaie unique par Athènes ; la Grèce est même le seul pays dont la France ait soutenu l'entrée dans la zone euro. La Commission européenne a-t-elle été dupée ? Il suffisait pourtant d'examiner les adjudications bihebdomadaires athéniennes pour découvrir le pot aux roses. Peut-être certains fonctionnaires à Bruxelles ont-ils fermé les yeux, estimant que l'essentiel était qu'Athènes entrât dans la zone euro ? N'allait-elle pas s'inscrire dans un cercle vertueux, bénéficier des fonds structurels européens, ouvrir son marché aux produits nord-européens ?
Il est vrai que Siemens, par exemple, a tiré des bénéfices substantiels des prêts européens accordés par les banques nord-européennes à la Grèce. La multinationale allemande et ses associés internationaux ont vendu à Athènes la digitalisation des centres téléphonique de l'OTE, organisme grec des télécommunications, le système de sécurité C4I acheté à l'occasion des Jeux olympiques de 2004 et qui n'a jamais fonctionné, le matériel des chemins de fer grecs (SEK), du système de télécommunications Hermès pour l'armée, de coûteux équipements pour les hôpitaux, etc. De même ThyssenKrupp a-t-elle vendu à Athènes pour 5 milliards d'euros de sous-marins. La Grèce, cette immense superpuissance européenne, a été l'un des cinq plus gros importateurs d'armes en Europe entre 2005 et 2009. L'achat d'avions de combat (dont 26 Mirage 2000 à la France) représente à lui seul 38 % du volume de ses importations. Les dépenses militaires grecques représentaient 4 % du PIB en 2009 contre 2,4 % pour la France, 2,7 % pour la Grande-Bretagne et 1,4 % pour l'Allemagne. Au sein de l'OTAN, seuls les États-Unis dépensaient proportionnellement plus d'argent qu'Athènes pour leur défense militaire (4,7 % du PIB).
Les « affaires » entre le Nord européen et la Grèce n'ont pas cessé avec le déclenchement de la crise de la dette publique. En 2010, la Grèce a acheté à la France six frégates de guerre (2,5 milliards d'euros) et des hélicoptères de combat (400 millions d'euros). Ces lucratives transactions commerciales auraient-elles pu avoir lieu sans l'appartenance de la Grèce à la zone euro ? Probablement pas : le volume des prêts des banques étrangères à la Grèce a été multiplié par 4 entre 2000 et 2007. Ce soudain engouement des prêteurs pour la Grèce n'a qu'une explication : l'assurance que, en cas de problème, les contribuables européens seraient mis à contribution pour rembourser les dettes grecques. C'est exactement ce qui risque d'arriver aujourd'hui.
Gaël Giraud
© Les Éditions de l'Atelier
*CDS : Credit default swap
http://fr.wikipedia.org/wiki/Credit_default_swap