Interview paru dans Le Parisien - Lundi 20 juillet 2015
« Aidons la Grèce à sortir la tête de l’eau ! »
Frédéric Boccara, membre du cercle des Economistes atterrés, favorable à d’autres politiques économiques
ÉCONOMISTE et maître de conférences à Paris-XIII, Frédéric Boccara* fustige le dernier plan de sauvetage imposé à la Grèce.
Vous êtes très critique vis-à-vis du dernier plan de sauvetage, pourquoi ?
Frédéric Boccara. On demande à la Grèce de se serrer la ceinture, et dans le même temps, on réduit ses ressources : les privatisations vont réduire les recettes de l’Etat notamment. Tout cela sera très violent et se traduira par une spirale austérité-récession. En échange de quoi, sur le papier, il y a l’argent versé à la Grèce (NDLR : 85 Mds€). Mais sera-t-elle libre de dépenser ces sommes ? Si, comme on le suppute, elles sont en grande partie aspirées par le remboursement de la dette, le pays restera plombé. Il faut au contraire lui permettre d’investir pour aller de l’avant !
On en demande trop à la Grèce ?
C’est trop et mal orienté! Il faut que la Grèce puisse développer ses propres forces. Même le Fonds monétaire international (FMI), la semaine dernière, a publiquement demandé un allègement de la dette grecque! Si on allégeait les intérêts de cette dette par exemple, la Grèce pourrait commencer à sortir la tête de l’eau. Et cela nous aiderait aussi, car rien de ce qui plombe la Grèce n’est bon pour l’Europe.
La Grèce avait renoué avec la croissance avant l'arrivée au pouvoir de Syriza en janvier...
Après avoir perdu 26,3% de son PIB depuis 2008, la Grèce a renoué avec la croissance... et cela a continue avec les débuts de Syriza! Mais ensuite, la Banque centrale européenne (BCE) a resserré l'étau autour du pays, abaissant le plafond des liquidités pour les banques grecques et à un coût plus élevé. C’est comme la circulation sanguine : si on met un garrot sur les liquidités, le sang de l’activité économique afflue moins. Entre 2010 et 2014, la dette a baissé de 330 Mds€ à 317 Mds€. Mais comme le PIB a baissé lui aussi, le poids relatif de la dette a augmenté.
Les Grecs ont-ils suffisamment réformé, sur le plan fiscal notamment, pour s’en sortir ?
En matière de fiscalité, ils ont commencé des choses, qu’on peut certes juger timides, mais les prévisions de rentrées fiscales sont meilleures. Sur ce terrain-là, l’Europe aussi est responsible : C’est parce qu’elle n’est pas parvenue à homogénéiser les taux de fiscalité entre ses Etats membres que les oligarches, armateurs et autres riches grecs, qui ne veulent pas payer d’irnpôts, peuvent s’exiler au Luxembourg.
Propos recueillis par Q.L
© Le Parisien - Lundi 20 juillet 2015
* Coauteur d’« Une autre Europe, contre l’austérité » avec D. Durand et Y. Dimicoli, Ed. le Temps des cerises, 2014, 133 pages, 10€.