Portugal, bienvenue au paradis... fiscal

Le Portugal, nouvel eldorado des classes aisées de l'Europe, profite nous dit-on d'une belle reprise économique qui fait pâlir d'envie tous les économistes. Derrière les chiffres trompeurs, la réalité quotidienne est bien triste : les Français sont haïs par les Portugais. Bienvenue dans la réalité de la (des)union Euroéenne.

Le Portugal profite dit-on d'une reprise économique admirable. Le salaire minimum a été augmenté, la croissance est au rendez-vous, le gouvernement socialiste fait une politique pragmatique efficace qui contreviendrait aux diktats de l'Union Européenne pour le plus grand bonheur des administrés et des évadés fiscaux.

Les français fortunés pouvant se payer une résidence supplémentaire au Portugal peuvent bénéficier d'un statu enviable au regard de l'impôt qu'ils ne payent ni en France, ni au Portugal ! Il leur suffit de se déclarer résident non habituel (RNH), vous admirerez la novlangue habituelle des gouvernements, statut qui leur permet de ne résider que 183 jours par an au Portugal et n'y point payer d'impôts tout en échappant au fisc français puisque ces gens sont considérés résidents au Portugal. J'imagine qu'il s'agit là d'une méthode efficace pour protéger les revenus des capitalistes européens...

Sur la base de la croissance portugaise, un ami me dit que le Portugal a fait le bon choix. A l'inverse, les Portugais semblent de plus en plus exaspérés de la présence française au Portugal. Qui a raison ?

De mon point de vu, ni mon ami ni les Portugais.

Mon ami ne voit pas que la croissance du PIB portugais est largement spéculative. Qu'arrivera-t-il dans dix ans (plus que 5 ou 6 maintenant) quand nos chers évadés fiscaux rentrerons en France ? Ils vont chercher à profiter de la montée des prix de l'immobilier qu'ils auront eux-même créée en revendant cette deuxième résidence principale. L'arrivée soudaine de vendeurs entrainera sans doute (toutes choses étant égales par ailleurs) une chute de l'immobilier au Portugal et peut-être un retournement de la croissance articiellement tirée vers le haut par ce statut de RNH et ces nouveaux venus qui en profitent...

Les Portugais sont aveugles également, si leur colère est légitime car beaucoup de Français arrivent ici en pays conquis, elle est évidemment mauvaise conseillère parce que la présence des français dans leur pays n'est que la conséquence de politiques européennes. Politiques de l'Union européenne dont le but est d'assurer la paix en Europe et l'amitié entre ses ressortissants (ironie).

Mon ami et les Portugais sont également aveugles quant aux dégâts environnementaux que ce statut engendre. En effet, le boom immobilier de construction et de rénovation se fait évidemment au prix d'une quantité énorme d'énergie grise... et puis nos chers évadés aiment bien rendre visite fréquemment à leur amis et à leur famille... le mieux étant d'avoir un mix transport aux émissions de chaleur et de CO2 élevé, comme l'avion et les grosses cylindrées !

Ensuite, les ressources en eau du Portugal ne sont pas très élevées puisqu'elles dépendent largement de la pluviométrie sur la péninsule Ibérique, pluviométrie en baisse... et toutes ces jolies résidences se doivent bien sûr d'avoir a minima du gazon (en zone semi-désertique c'est quand même plus chic non ?) et a maxima une grande piscine (il fait chaud au Portugal et la mer est si loin) sans compter les salle de bain, une par chambre c'est plus commode pour la famille.

Parlons de ce qui fâche également, le boom économique certes fait baisser le chômage mais globalement les prix ont augmentés de 20% sans que les salaires ne suivent, la plupart des ouvriers et des emplois même s'ils sont qualifiés sont au salaire minimum. Le salaire minimum est de 534 euros net et une prime de panier de l'ordre de 100 euros. Soit 640 euros pour un mois avec des loyers qui sont souvent au dessus de 400€ mensuels dans les zones à forte activité (Porto, Lisbonne, Algarve) s'il n'y avait pas les solidarités familiales et le travail au noir, je ne vois pas comment les gens peuvent s'en sortir... il devrait y avoir des gilets jaunes ici.

Grâce à ce salaire très modeste, nous chers évadés peuvent ainsi rénover/construire leur résidence au "meilleur" prix pour accumuler du capital. bref, l'Union européenne fonction comme un empire colonial qui ne dit pas son nom et les Portugais, au lieu de haïr les riches français qui viennent profiter d'une politique économique de l'Union Européenne ferait mieux de s'intéresser aux institutions qui permettent à une minorité de s'enrichir et qui fait souffrir une majorité d'Européens car mêm nos chers évadés ne sont pas "heureux", accumuler du capital ne fait le bonheur que des psychopathes et autres sociopathes comme notre cher Emmanuel.

J'aime la France, j'aime le Portugal, j'aime et les Portugais et les Français, je regrette que la trahison de nos chers élus et autres hauts fonctionnaires nationaux et européens fasse le lit de la haine et de la discorde. Sans que l'Union européenne n'apporte de mieux être à la population européenne en général. Croyez-vous que les jeunes portugais soient heureux et enchantés de devoir quitter famille et amis pour aller travailler dans un pays qu'ils ne connaissent pas dont ils trouvent la population froide et distante ? En quoi, la Grèce et le Portugal profitent ils de l'émigration de leur jeunes diplômés ?

Car rappelons le, les services universitaires publics financent les études des jeunes portugais qui vont partir faire leur vie professionnelle ailleurs, quel est le profit à long terme de voir sa population baisser chaque année et vieillir de surcroit (-10% d'ici 2050, de 10 à 9 millions d'habitants, perte qui inclus l'arrivée de nos chers évadés fiscaux) ? Les campagnes qui se désertifient au propre comme au figuré sont-elles une bonne façon de lutter, au hasard, contre les incendies de forêts, contre l'achat d'immenses propriétés par des grands groupes industriels qui artificialisent les terres et surexploitent la ressource en eau et qui fileront ailleurs quand le désert sera là pour de bon, contre la spéculation immobilière, contre l'acculturation et l'exode rural, d'éviter la croissance de mégapoles ?

La baisse des impôts donne-t-elle les moyens à l'Etat portugais de lutter contre les incendies de forêts, de maintenir un bon niveau de santé publique, de maintenir une continuité territoriale ?

Il ne faut pas blâmer les hommes mais les institutions dont profitent les hommes et surtout les changer. Sortons des traités européens qui sont une farce démocratique, abolissons le système électoral qui donne une prime au plus riche et/ou au plus menteur. Exigeons une Démocratie directe, faisons de la monnaie un commun non privatisable c'est à dire que nous devons retirer le pouvoir de création monétaire aux banques et le contrôler nous-même, contrôlons les flux de capitaux et de marchandises afin de choisir où vont les investissements privés et quelles marchandises nous acceptons, mais laissons les frontières ouvertes aux êtres humains car ce ne sont pas les hommes qui fuient la misère ou la guerre qui sont à blâmer mais ceux qui les exploitent à leur profit. Chaque portugais connait un proche qui fuit ou qui fuyais la misère... nous n'avons pas le droit moral de refuser à un homme de chercher un lieu où il puisse vivre en sécurité physique et alimentaire.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.