Tyr, un nomade guidé vers la sagesse

Rencontre d'un jeune en quête de spiritualité en Norvège. Portrait.

Tyr est un Norvégien de 25 ans. Il a choisi de vivre une vie décalée du système au plus près de la Nature, sa source de spiritualité. Il sait dessiner en ressentant au fond de lui les traits et les couleurs à associer. Pour dormir, il n’utilise pas de lit, il lui préfère l’utilisation d’une simple peau de mouton à même le sol. A table, il pense toujours à remercier la terre, la nature et le soleil de le nourrir. Il passe la plupart de ses journées à pratiquer la méditation, où l’art d’éveiller les ressources que l’on a en soi.

Chacun de ses dessins sont colorés et ont toujours une explication associée. © loréna Orbe Chacun de ses dessins sont colorés et ont toujours une explication associée. © loréna Orbe

Cette conception du monde lui est apparue comme une certitude lorsqu’il a rencontré son maître spirituel, à 18 ans. Il laisse alors tomber ses études de bon élève quelques mois avant l’obtention de son certificat d’études, pour suivre un apprentissage spécialisé du chamanisme et du yoga pendant six ans.

Aujourd’hui, nomade en quête de compréhension du monde qui l’entoure, il vit sans attaches matérielles ni affectives. Il rêve de construire une ferme avec ses cinq amis,  avec un potager en permaculture et pleins d’animaux. En attendant, il trace sa route sûr de lui, sûr de la force qui l’anime : celle de la Vie. La Vie avec un grand V, celle qui touche tous les êtres vivants, anime les arbres, fait avancer les humains, de l’énergie du vent à celle qui fait tourner la terre autour du soleil. C’est aussi celle qui l’anime lorsqu’il pratique son karaté, une sorte de danse fluide proche de la capoeira, mais assurée quand il mime les coups. « C’est comme un échange. À la fois j’exprime l’énergie à l’intérieur de moi et je reçois celle qui est présente aux alentours. » Il est d’ailleurs fasciné par la progression de son enseignant, Emmanuel, qui à force d’entraînement arrive à trancher à coup de pied des planches de bois tenues à la verticale.

« Le pouvoir de l’homme est immense, autant dans la destruction que dans l’amour, ma vocation c’est d’aider l’humanité à tendre vers la seconde possibilité. »

Je l’ai rencontré lors de mon expérience en Wwoofing en Norvège, dans une ferme perdue au milieu des lacs et de la forêt du sud-est du pays, à Halden, près de la frontière suédoise. J’ai été réellement impressionnée par la force de son mental et l’intelligence qui accompagne son discours. « Avec la méditation, j’ai appris à prendre confiance en moi et à découvrir ce que je voulais vraiment faire. En somme, je suis parti à la découverte de moi-même. »

Il a dû faire face à l’incompréhension des gens qu’il a rencontrés sur son chemin. Peu importe. Il a appris à surmonter la critique et à faire des compromis lorsque les habitudes de chacun diffèrent, sans perdre la face ni se laisser aller à son ego.

En Norvège, il a dû s’expliquer sur son statut de citoyen plutôt inhabituel. Des psychologues ont jugé qu’il était « déficient mental, incapable de s’intégrer dans la vie courante. » Il touche une maigre bourse tous les mois en conséquence. Je l’ai questionné sur la légitimité de celle-ci, et sa vision de l’indépendance financière lorsqu’on ne touche pas un salaire pour son travail. « Tu sais, je me suis posé la question aussi, et je considère cela comme un crédit pour le bienfait que je compte apporter à mon entourage et à la planète dans le futur. Je considère remplir mon devoir de citoyen en étant guide spirituel et amener les gens vers la médiation et le respect de soi, d’autrui, et de la nature. »

 © loréna Orbe © loréna Orbe

 

 

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