Voter Macron, tout simplement.

Un leader politique vaut ce que vaut son courage. Refuser de dévoiler son propre choix dans ces circonstances, cela porte un nom...

 

 

Jamais, jusqu’ici, je n’aurai pris part à une élection où mes votes, aux deux tours, se seront déroulés sans que je puisse y exprimer mes vraies préférences : vote « utile », quand tu nous tiens !

 

Au premier tour, je souhaitais voter Hamon. Il m’était sympathique, non seulement par le contenu de ses propositions, mais surtout par la manière dont il usait pour les faire partager : du souffle, de la fraîcheur, de l’espoir et surtout, la modestie de celui qui n’avance pas de solutions toutes faites, mais qui nous convie, au contraire à les construire avec lui. Comme l’a dit l’un de mes amis : « Hamon a tout simplement quinze ans d’avance ! ». Et j’ajouterais : sans compter la trahison de ses amis socialistes. Mais là, où est l’étonnement ?

 

Et puis, le danger du FN m’a convaincu, dans un premier temps, de voter Macron, dans l’espoir d’éviter un 2ème tour Fillon/FN. Mais, la campagne avançant, il m’est apparu que Macron, décidément, n’aurait pas besoin de ma voix, non seulement pour figurer au 2ème tour, mais même pour virer en tête, à l’issue du 1er tour.

Et, un bonheur n’arrivant pas seul, voilà que surgit Mélenchon, que personne n’attendait à ce niveau. Du coup, fol espoir : et si Mélenchon passait, non seulement devant Fillon, mais, mieux, devant le FN, pour ainsi figurer au 2ème tour ?!

Du coup, j’ai voté Mélenchon. Vote « utile », je le rappelle, ce dernier n’étant pas mon premier choix.

 

Echec de Mélenchon. Nous voilà au 2ème tour. Stupéfaction : Mélenchon n’appelle pas à voter Macron, mais seulement « ne pas voter FN ». Je peux comprendre le raisonnement consistant à ne pas donner un blanc-seing à Macron. Mais je ne le partage pas, quels que soient mes doutes quant à la poursuite de l’expérience libérale dont Macron se fait fort de la faire réussir. Je crois celui-ci de bonne foi, mais je pense qu’il se trompe de combat, que l’heure de la social-démocratie à la scandinave ou l’allemande, dont il se fait le chantre, est passée. C’est plus tôt que la France aurait pu s’y essayer, mais plus maintenant, c’est trop tard : la cupidité sans bornes, la délinquance devenue intrinsèque des élites du capitalisme, incapables de retenir les leçons de Ford, de Keynes, ont pourri le système.

 

Mais là n’est pas la question. Ne confondons pas 2ème et 3ème tour (c’est-à-dire, les législatives à venir). Une fois de plus, il s’agit de vote « utile ». Et là, désolé, il n’y a pas photo. pas ici de choix à faire ou ne pas faire entre peste et choléra. Et je dis qu’il n’y a pas lieu à jouer le sort de la France à la roulette. Même si Macron est aujourd’hui gratifié de 20 points d’avance par les sondages, la probabilité existe, fût-elle faible, qu’il échoue au port. Rappelons-nous seulement Trump et Hilary Clinton.

 

Il se trouve que nous avons partagé hier notre repas avec cinq migrants, rescapés de Stalingrad et autres lieux tout aussi hospitaliers. Je rends grâce au ciel qu’ils aient su encore trop peu de français pour avoir pu assister au duel télévisé Macron-Le Pen. La haine de l’autre, exprimée à l’état brut par cette dernière, était terrifiante. Plusieurs de ces réfugiés, après avoir survécu aux guerres et aux tortionnaires dévastant leur pays, aux geôles libyennes, aux pirates, aux tempêtes de la Méditerranée, avaient posé, pour un court répit, leur personne parmi nous, mettant leur sort à la merci d’un statut ultra-précaire et d’une Administration par nature forcément déshumanisée. Leur faire entendre ne serait-ce que le ton acerbe, contempler la mimique ricanante, de l’héroïne du FN, sentir passer si fort sur tout leur être la violence de ses éructations, de son rejet, de ses menaces, aurait-ce été imaginable ?

 

La morale, le courage, en politique, ça existe. C’est leur absence qui fait le lit du FN. On n’exprime pas le dégoût du FN en refusant de rendre public son propre choix. Pour un leader politique, cela ne s’appelle pas « respecter la liberté de choix de ses électeurs », cela porte un nom, au choix : calcul ou lâcheté. Macron serait crédité de 99% des voix, cela ne m’empêcherait pas aujourd’hui de voter pour lui et surtout, de le proclamer.

 

Alors, les personnes à l’odorat trop sensible pour approcher Macron, les vierges effarouchées qui y vont de leurs pincettes, très peu pour moi.

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