Oui, le système judiciaire peut être cynique

Non, la justice ne permet pas d’étalonner la responsabilité des hommes, Oui, les voix d’Adèle Haenel et d’Augustin Trapenard ce matin sont justes et nécessaires. 

De multiples dysfonctionnements inhérents au système institutionnel ainsi qu’à la sociologie des intervenants de justice font que les dés sont parfois pipés d’avance et qu’il faut sans doute être naïf pour se remettre complètement dans les mains de celle-ci.

A chaque stade de la chaîne judiciaire, le parquet peut intervenir pour mettre un frein à la recherche ou à la poursuite des infractions si tel est son dessein.

Vanessa Springora dans Le consentement décrit que la relation abusive subie avait fait l’objet de nombreuses plaintes.

Or, d'après le récit, aucune enquête sérieuse n’a pourtant permis d’établir et in fine de faire cesser ces agissements.

On dit de Roman Polanski que les faits éventuellement commis par lui seraient prescrits car les plaintes des victimes auraient été trop tardives.

On dit alors que les règles de la prescription ont été faites pour permettre la restauration de la paix sociale et qu’il est nécessaire de les respecter car il faut respecter la loi.

Personne n’a cependant mis ici en avant le fait que le parquet aurait pu dans cette affaire se saisir de faits qui étaient de notoriété publique et engager des poursuites ou initier une enquête.

Le parquet ne s’en est sans doute pas saisi car telle était peut-être la politique pénale dont la priorité n’était pas la défense des victimes d’abus sexuels.

Il me semble donc hypocrite de se retrancher derrière le constat de l’absence de condamnation par la justice et de la prescription de faits pour interdire la dénonciation de certains comportements.

Oui, la justice peut être défaillante et lorsqu’elle l’a été, il est utile que des voix s’élèvent pour porter le récit de faits qui n’ont pas pu être jugés.

La justice n’est pas seulement parfois défaillante elle est aussi parfois inique.

C’est la raison pour laquelle d’aucuns s’élèvent à raison contre cette injustice.

Les féministes sont vilipendées pour leur protestation à l’encontre de la nomination de Gérald Darmanin.

On pousse des cris d’orfraie car il s’agirait d’une atteinte à la présomption d’innocence.

Tout cela est vrai mais il est ici encore parfaitement hypocrite de s’en émouvoir car l’atteinte à la présomption d’innocence fait partie intégrante de l’arsenal juridique.

En effet, la détention provisoire, qui concerne des milliers de personnes en France, est une atteinte autrement plus grande que le tribunal médiatique ou populaire à la présomption d’innocence.

Personne ne s’émeut cependant de ce qu’un pédophile ou un violeur présumé croupisse en prison plusieurs années avant d’être jugé.

Personne ne s’en émeut car celui-ci est la plupart du temps : noir, maghrébin ou illettré.

Aussi, dans cette matinée automnale, entendre la tribune d’Augustin Trapenard qui défend la liberté de s’ériger contre les puissants envers et contre toute leur verve et celle d’Adèle Haenel qui porte le combat des sans-droits et ose la convergence des luttes me semble être hautement porteur d’espoir.

 

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