UNe fiscalité positive c'est possible?

Pourquoi aimons-nous tant la punition?

Lu sur le "Parisien" le 22 Janvier : "Un demi milliard d'Euros, la facture salée de radars vandalisés".

http://www.leparisien.fr/societe/un-demi-milliard-d-euros-la-facture-salee-des-radars-vandalises-22-01-2019-7994556.php

J'ai bien aimé ce titre : il dit beaucoup de nos présupposés et de la morale qui sous-tend notre société.

Un demi milliard cela fait sérieux, 500 millions par comparaison c'est bullshit, à peine une subvention, tout juste une ligne budgétaire pour les banieues à probèmes...

La sémantique fait beaucoup pour le discrédit des médias.

Mais l'idée n'est pas là.

En lisant cet article qui décrit le manque à gagner pour l'Etat des dégradations de ces sentinelles de notre sécurité, et le surcoût qui va peser sur nous autres contribuables, on lit qu'un des problèmes posés par cette situation est qu'on attendait que le passage aux 80 km/h procure une hausse de la rentabilité de ces petits bijoux de technologie. On nous avait assuré pourtant à longueur d'antenne que là n'était en aucun cas la question et qu'il n'y avait que la sécurité routière qui importait, mais on ne va pas chipoter là-dessus.

80 km/h, pour ma part je ne suis ni pour ni contre, pour être franc cela m'indiffére un peu : j'ai réglé le contrôle de vitesse de ma voiture dessus et j'ai oublié la question.

Mais là n'est donc pas non plus la question.

Par contre cela m'a rappelé les débats organisés autour de la collecte des ordures dans ma commune il y a deux ou trois ans, quand il a été question de taxer les habitants au poids des déchets collectés. Il s'agissait à l'époque, promis juré, de responsabiliser les gens au Grenelle de l'environnement, d'entrer dans une démarche citoyenne et de permettre des économies. Les intétrêts du prestataire, Bouygues ou Vinci je ne sais plus n'avaient rien à voir dans la question.

Un grand débat citoyen (un peu sur le modèle d'un autre dont je ne ma rappelle plus le sujet) avait été organisé dans chaque commune. Il n'était naturellement pas question de changer quoi que ce soit à la décision prise en amont mais pour le reste on pouvait discuter tout à loisir, et même agonir d'injure la malheureuse jeune femme, une stagiaire sans aucun doute, qui avait été envoyée au casse pipes par son cabinet de communication pour servir de punshing ball aux ruraux mécontents de perdre le service de collecte à domicile quand on les exposait à une surtaxe en cas de dépassement du nombre de kilos d'ordures chichement compté en haut lieux.

J'ai eu de la peine pour elle, malheureuse jeune urbaine jetée en pâture à une colère rurale qu'elle n'avait aucun moyen de comprendre. J'espère seulement qu'elle n'en n'a pas retiré une haine trop durable de la "France périphérique".

Mais cela me ramène à une idée que j'avais évoquée dans l"indifférence générale durant ce moment de pure expression démocratique.

Pourquoi ne concevons-nous notre fiscalité que de manière négative? Quels vieux restes de culture judéo chrétienne stagne dans cette idée, jamais explicitée mais toujours présente, qu'il faudrait souffrir (comprenons aujourd'hui : payer) pour progresser vers le bien (comprenons ici le bien de la planète tel que défini par nos technocrates) et au fond le salut de nos âmes.

Beaucoup d'amis écolos sincères sont si fermement ancrés dans cette posture qu'ils ont de la peine à simplement la percevoir : l'idée qu'il faut quand même que les autres paient pour finir par comprendre l'importance de l'enjeu est solidement ancrée. Ceux-là ont applaudi à la taxe diesel sans s'interroger une seconde sur son caractère aberrant, même s'ils n'osent plus trop l'avouer en public aujourd'hui. Au fond, il traine là-dedans un remugle d'Elus (moi) et de Pêcheurs (les autres), un relent de purgatoire qui me peine...

Alors pourquoi ne pas inverser les données du problème?

Si VRAIMENT nos taxes et notre fiscalité dédiée ont un but pédagogique, pourquoi ne les rendons-nous pas simplement incitatives?

Cela ne serait pas difficile!

Il suffirait au lieu de surtaxer les kilos d'ordures en trop , de donner une prime aux kilos d'ordures en moins. D'accorder des points aux gens qui apportent leurs rebuts en déchetterie, au poids, et de leur permettre de convertir par exemple ces points en services gratuits ou ristourne sur leurs taxes d'assainissement.

Et que ne pourrait-on faire avec les radars routiers si l'on accordait des points du même genre aux automobilistes qui les franchissent en-dessous de la vitesse imposée?

Il se brûlerait moins d'automates et je suis prêt à parier que cela ferait un effet boule de neige et qu'au bistrot chacun se valoriserait du nombre de ses points au lieu de débattre de ceux qu'il lui reste sur son permis. L'économie serait immédiate.

Nos systèmes informatiques sont parfaitement à même de gérer ce genre de calcul, la question n'est pas technique, et si nos taxes ont REELLEMENT le but que l'on dit, la collectivité y gagnerait énormément en efficacité. Le coût des défibrilateurs supplémentaires à installer à Bercy serait vite amorti.

Il serait plus que temps de sortir des logiques de punition pour entrer dans des logiques de valorisation. sortir de cette idée venue du pire XIXème siècle bourgeois qui veut que les pauvres ne comprennent que la contrainte pour s'engager sur le sentier de la vertu.

A moins bien bien sûr que tous nos beaux discours officiels sur la sécurité et le changement climatique ne soient que de la poudre aux yeux, ce qui n'est naturellement pas possible.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.