Silence: génocide en cours

Entre les montagnes noires du Tibet et les sommets blancs de Mongolie, s’épanouissent les Ouïghours. À la croisée des chemins, au cœur du monde, ils vivent au gré du silence. Ils sont le crépuscule d’une civilisation, leurs terres renferment le secret de la sagesse. Quand je tente d’imaginer leur quiétude, leurs étendues, je n’y parviens pas. J’entends des cris, des pleurs. J’entends un génocide.

Alors que le globe affronte une pandémie inouïe, un nouveau silence s'est emparé de la province de Xinjiang. Celui de la mort. À votre tour, tendez l'oreille. Entendez-vous le silence du monde ? Depuis quelques années, notre monde est plongé dans un sommeil sans pareil. Il a fait de l'indifférence et de l'ignorance sa complaisance. Mesdames, Messieurs, chaque jour avec aisance et insolence, la Chine efface un peuple dans le plus grand des silences. De toute cette violence, elle tire une infâme jouissance. Nous, citoyens du monde préoccupés par ce virus, avons oublié ces opprimés.

Ces dernières années, des attentats terroristes ont paralysé la Chine. Leurs auteurs sont des musulmans extrémistes ayant vécu parmi les Ouïghours. Pour la Chine, l'amalgame sera rapide et facile. Seront soupçonnés de terrorisme tous les Ouïghours. Dans sa folie, le président chinois, Xin Jinping, déclarera : « Nous devons être aussi durs qu'eux » - « l'Islam est une maladie idéologique, nous devons l'éradiquer" et "nous n'aurons aucune pitié ».

2017 : Silence, un génocide débute.

Les Ouïghours sont chinois et musulmans. Ils lisent le Coran, ne mangent pas de porc. Certaines femmes portent le voile, d’autres envoient leurs vœux pour l’Aïd. Cela suffira pour programmer un crime contre l’humanité. En l’espace de trois ans, près de 260 camps sortent de terre. La Chine y enferme 1,8 million de Ouïghours. Et puisque le monde reste silencieux, alors ces mots seront un vacarme.

En Chine, femmes, hommes, vieillards sont conduits de force dans des camps de concentration et d’internement. Ils sont entassés dans des trains et voyagent vers l’horreur, vers la torture. Cela ne vous rappelle-t-il rien ? L’histoire se répète, nous n’avons pas le droit de rester impassibles.

Leur camp ne s’appelle pas Auschwitz mais Dabancheng. Là-bas, les Ouïghours sont rasés, menottés et enfermés. Ils sont souvent 20 dans leur cellule. Ils ne voient pas la lumière. Dans un coin, un seau leur sert de latrines, il n’est changé qu’une fois par semaine. Leur repas : pain et soupe. Leur routine quotidienne : mémoriser des chants de propagande chinois à la gloire du parti communiste, manger du porc, répéter inlassablement cette sanglante phrase : « Je suis chinois ». « Je suis chinoise ».

Depuis les cellules, on entend les cris qui proviennent, de ce qu’ils appellent, « la pièce noire ». Dans cette cave, les Ouïghours sont torturés. Leurs geôliers arrachent leurs ongles, les battent, les sanglent sur une chaise pour les électrocuter avec un casque. Chaque jour, les bourreaux les violent avec une matraque électrique.

Pourquoi ? Pour qu’ils renient leur culture. Voici la réalité.

Tous les matins, les Ouïghours ingurgitent massivement des médicaments. Officiellement, c’est pour prévenir des maladies. Officieusement, la Chine pratique des expériences médicales, tels des rats de laboratoires.

Dans les camps pour femmes, régulièrement, quatre ou cinq « cadres » viennent chercher une prisonnière dans sa cellule et la violent. Parfois même en public. Dès leur arrivée au camp, au mieux ils leur implantent un stérilet, au pire ils les stérilisent par injection. En 3 ans, le taux de natalité du peuple des Ouïghours a chuté de 84%. C’est ce que l’article 2, alinéa D de la convention sur le génocide de 1948 qualifie de génocide.

En plus de subir tortures et acculturation, les Ouïghours sont devenus les esclaves du XXIe siècle. Ils travaillent pour l’usine du monde. Nike, Apple, Samsung, Adidas et bien d’autres encore exploitent leurs mains. Ce sont 83 marques mondialement connues qui profitent de cet internement de masse. En achetant notre dernier smartphone, en paradant avec nos sneakers, nous nous rendons complices d’un crime contre l’humanité.

Face à cette tragédie, seul persiste le silence. Le silence de la Chine, le silence de nos médias et de nos institutions. Ce silence offre à la Chine la totale impunité d’effacer une culture, une histoire, des femmes et des hommes. Chaque jour, le gouvernement chinois supprime des individus pour ce qu’ils sont, des musulmans. Ils s’appellent Qelbinur Sidik Beg, Abduweli Ayup, Gulbahar Jelilova ou Omerbek Ali. Face au silence, je veux crier leur nom.

Que font nos dirigeants ? Où est l’ONU ? Où sont les révoltés, les résistants ? Où est passée notre humanité ?

La Chine est-elle au-dessus des lois ?

A-t-elle un semblant de conscience humaine ?

Je refuse de vivre dans ce monde immonde, où l’économie prime l’humanité. Je refuse de me soumettre et d’accepter. Je m’appelle Lou, j’ai 17 ans et je n’ai pas à écrire ses mots, leurs maux. Cette crise épidémique n'efface rien. Entendez leurs cris, ils sont un appel au secours.

Je vous poserai une seule question :

Dans 20 ans, quand vos enfants, vos petits-enfants vous demanderont : « et toi, durant le génocide des Ouïghours, qu’est-ce que tu as fait ? ». Que répondrez-vous ?

 

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