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Louis Albert SERRUT

Auteur, essayiste. Docteur en sciences de l'Art (Paris 1 Panthéon Sorbonne)

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Billet de blog 10 janvier 2026

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La répression syndicale est la mise en œuvre du projet d’extrême droite

La politique du gouvernement de Macron, associé au patronat, ne laisse pas de place au doute.

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Les choix sont d’austérité, de remise en cause des protections collectives, d’affaiblissement des contre-pouvoirs et de durcissement à l’égard du mouvement syndical. Il s’agit d’une offensive générale, déterminée et coordonnée qui vise à affaiblir durablement l’ensemble du mouvement social et en particulier le syndicalisme.

Dans les entreprises, les militants syndicaux constatent et subissent une augmentation des procédures disciplinaires, des sanctions, des mises à pied, voire des licenciements directement liés à l’exercice de leur mandat, pourtant protecteur au regard du code du Travail. Les discriminations syndicales prennent des formes multiples : entraves à l’activité syndicale, isolement des élus, harcèlement, pression sur les parcours professionnels…

Mais un nouveau cap est franchi à présent avec la judiciarisation de l’action syndicale. Des militants, des responsables syndicaux à tous niveaux, local, départemental ou national, sont poursuivis pour des prises de position publiques, des communiqués, des actions revendicatives. Le cas de Jean-Paul Delescaut, secrétaire général de l’Union départementale CGT du Nord, en est une illustration significative. La condamnation en première instance de ce responsable syndical pour « apologie du terrorisme », sur la base d’un communiqué syndical appelant à la paix, contextualisant les événements et s’inclinant devant toutes les victimes civiles, montre jusqu’où va aujourd’hui la dérive répressive. Elle se confirme jour après jour, lorsque des responsables nationaux de la Confédération paysanne sont violemment et brutalement interpellés sur la voie publique lors des manifestations d'agriculteurs. Ce qui est visé, c’est la parole syndicale elle-même, sa capacité à analyser, contextualiser, prendre position sur des enjeux locaux, nationaux ou internationaux et humains. 

Ce glissement vise à faire entrer l’expression syndicale dans le champ pénal. La mise en examen de la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, marque une nouvelle étape dans cette stratégie. Ces poursuites pénales sont des procédures-bâillon qui cherchent moins à obtenir une condamnation qu’à intimider, dissuader, et faire taire.

La liquidation judiciaire de Brandt, prononcée par le tribunal de Nanterre, illustre l’incapacité – ou le refus – du pouvoir politique, du patronat et des institutions à soutenir des alternatives portées par les salarié·es. Elle envoie un message clair : quand bien même les travailleuses et les travailleurs prennent leurs responsabilités, le système capitaliste préfère la casse sociale et industrielle. Et pose une question politique centrale : quelle place est accordée au travail et à la démocratie économique en France ?

Ces situations, mises bout à bout, dessinent une orientation claire : faire peser une pression permanente sur les militants, installer un climat de peur, et tenter de réduire l’espace d’expression du syndicalisme. Cette offensive répressive pose une question démocratique majeure. Mais bien davantage, elle acte la reprise par le pouvoir, Macron et ses ministres, des projets de l’extrême droite. Le RN prévoit de supprimer les syndicats et de renouer avec la Charte du travail de Pétain. Macron, tout comme ses soutiens, le patronat, la finance et le capital, choisissent de se soumettre et de gouverner selon les volontés des extrêmes droites. Déjà, ils mettent en œuvre le projet politique et social du RN. Cette période nous rappelle les périodes sombres de l’histoire et met en lumière la connivence ravivée du capital avec les idées réactionnaires, antidémocratiques et violentes des extrêmes droites.

Dans ce contexte, la question des droits syndicaux et de la protection des militants syndicaux prend une importance nouvelle. Chaque travailleuse, chaque travailleur, citoyenne et citoyen, doit se considérer pleinement partie prenante du combat contre les atteintes aux libertés syndicales, en veillant à ce qu’aucun militant ne reste isolé face à une attaque. La solidarité syndicale, et de classe, doit être concrète, organisée et visible.

Il faut réaffirmer avec force et détermination que la liberté d’expression syndicale est une liberté fondamentale, protégée par la Constitution et par les conventions internationales, elle permet de dénoncer le chantage à l’emploi, les pratiques patronales et les inégalités sociales, elle relève pleinement du mandat syndical. Et bien davantage, elle est garante de la démocratie.

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