Pécresse face à Mélenchon : derrière la nullité du débat, les violences des banlieues

Face aux violences des banlieues, la représentante du camp Fillon chante les vertus des caméras de surveillance à disposition des forces de l'ordre, tandis que le représentant de la nomenklatura du Mammouth fait des envolées lyriques en faveur des créations de postes d'enseignants. Bataille de perroquets côté scène, mais dans les coulisses les protagonistes sont parfaitement complices

Si vous avez deux heures à perdre, le débat du 23 février 2017 c'est ici .

Pas évident de trouver la séquence qui met face à face Valérie Pécresse et Jean-Luc Mélenchon, mais de toute façon, ce qu'ils nous disent là est déjà parfaitement connu : c'est le discours de perroquets des deux camps politiques. Face aux violences des banlieues, la représentante du camp Fillon chante l'efficacité des caméras de surveillance à disposition des forces de l'ordre, tandis que le représentant de la nomenklatura du Mammouth fait des envolées lyriques en faveur des créations de postes d'enseignants

A - Dans les coulisses, les deux protagonistes sont en réalité complices

C'est ainsi que, fin 2010, Valérie Pécresse elle-même a réalisé un exploit en matière de remplissage de tonneau sans fond, en mettant en place un enseignement de l'orthographe dans les universités.

Jean-Luc Mélenchon aurait au moins dû lui en manifester quelque reconnaissance. En réalité, le but de l'opération, au beau milieu de grèves à répétition sur les retraites, c'était de développer une animosité populaire ou populiste contre les enseignants en particulier et contre les fonctionnaires en général

B - François Fillon, l'actuel chef de file de Valérie Pécresse, avait déjà réalisé un exploit dans ce même art de diviser les français au printemps 2003, déjà à l'occasion de manifestations de fonctionnaires pour la défense de leurs retraites.

Les médias avaient alors salué la fermeté de Fillon. Ils ne risquaient pas de faire le lien avec les méthodes expéditives constatées sur le terrain : une contre-manifestation de PME-artisans-travailleurs indépendants, qui n'ont pas manqué de traiter les fonctionnaires de fainéants et de nantis, comme cela est rapporté dans le tract intitulé : « Marchands d'orthographe, fabricants de haine »

L'actuel candidat de la droite pour les élections présidentielles a donc déjà démontré que, dans son incapacité totale de penser que les fonctionnaires puissent faire un travail utile, il n'en était pas moins génial pour diviser les français afin de régner sur la France.

Dans le récent retour de manivelle où les médias ont révélé le scandale du Pénélopegate, ils ont oublié de noter cet autre exploit dont le même Fillon est capable: amener les français à s'opposer dans la rue dans le cadre d'une véritable bataille rangée rappelant ce qu'on a pu voir en mai 68

C - Les accusations contre les policiers s'ajoutent aux accusations contre les enseignants, : même double jeu des faux adversaires Valérie Pécresse et Jean-Luc Mélenchon

Concernant les violences des banlieues, qui font partie du contexte du débat et pour lesquelles Valérie Pécresse et Jean-Luc Mélenchon nous sortent les discours de perroquets des deux camps politiques, noter d'abord que ni l'un, ni l'autre, ni les organisateurs de l'émission, ne risquent d'évoquer le contenu de l'article des blogs de Mediapart qui montre justement la responsabilité de tous ceux qui se trouvent être là en même temps sur le plateau de l'émission. Il est intitulé : « Violences des banlieues c'est la faute aux médias »

« En nous rapportant les violences actuelles, les médias nous font une fois de plus le coup de la guéguerre entre politiciens de droite et politiciens de gauche qui se rejettent réciproquement la responsabilité de la situation. En réalité, dans le développement de ces violences, leurs propres responsabilités conjointes sont écrasantes à cause de l'étouffement des alertes, dont ils sont les champions »

Si Valérie Pécresse n'était pas secrètement complice de Jean-Luc Mélenchon, elle lui aurait fait remarquer que la culture antiflic a été développée par la révolution pédagogique des années 1960, dans le cadre du rejet de toutes les formes d'autorité, avec l'objectif de préparer des troupes pour la Révolution du Grand Soir

L'attentat contre Charlie Hebdo a changé provisoirement la donne, comme l'a montré l'apparition du slogan : « Je suis flic, je suis Charlie Hebdo », et comme il est dit dans l'article intitulé : « Un miracle au moment de la grand messe à la mémoire de Charlie Hebdo : la réconciliation entre les intellectuels et les forces de l'ordre »

Pour le résumé de cet article sur une demi-page, cliquer ici .

Mais cette réconciliation n'a pas duré longtemps.

Les bavures inacceptables des forces de l'ordre dans l'affaire Théo et la révolte passionnée qu'elles provoquent dans les zones sensibles sont au contraire la preuve d'une nouvelle escalade dans la déliquescence de la société, et cette nouvelle dégradation ne peut s'expliquer que par une responsabilité supplémentaire conjointe de la droite et de la gauche, cette fois au niveau du recrutement et de la formation des agents.

Le fait d'acheter la paix des truands en leur donnant des responsabilités pourrait bien réserver parfois de fâcheuses surprises

 

Ortograf-FR (Louis Rougnon Glasson) doc g256-h02 février 2017

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