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Billet de blog 7 mars 2017

La tentation Macron : Hold-up du vote écologiste et déshonneur des élites

Cette semaine Jean Paul Besset, un grand homme de l'écologie, un humaniste de tous les combats, a fait une annonce pour le moins déroutante : il rejoint Emmanuel Macron dans l'aventure présidentielle. Curieusement Jean-Paul Besset est le 2ème ''grand ami '' de Nicolas Hulot à céder au chant des sirènes du candidat d' En Marche (quelques jours à peine après Mathieu Orphelin) .

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Pendant ce temps, sans se livrer à la moindre analyse ou opinion sur ces ralliements inattendus, Nicolas Hulot multiplie les déclarations depuis le siège de sa fondation, pour marquer sa neutralité : « Je ne soutiendrai aucun candidat » affirme t-il.

 La Fondation pour la Nature et l’Homme compte pas moins de 400 000 sympathisants, le risque est grand d'une confusion dans l'esprit des gens, de voir un ''choix'' implicite de Nicolas Hulot à travers ce pas en avant de ses plus proches amis. De ce silence on peut tout au moins considérer que Nicolas Hulot ne condamne ni n'approuve ce choix. Ceux qui le connaissent savent qu'il a credo en matière de conversion écologique : Construire des ponts entre les gens. L'ex-eurodéputé appliquerai donc la méthode. Mais n'est-ce pas là, la passerelle de trop ? 

Voir de telles figures de l’Écologie rejoindre le représentant des multinationales c'est une désolation.

 Macron, l'homme qui a réduit le coût du travail par ses lois en préconisant le coût le plus bas, ne peut être crédible sur une quelconque démarche en faveur de l'écologie. 

C'est tout simplement antinomique !                                                                                                      

L'exemple le plus flagrant c'est son modèle d'efficacité économique: Uber, que l'ex banquier considère tout à fait adapté pour sauver les banlieues « du trafic et du RSA. Au moins (dit-il) ils s'habilleront et mettrons uncostume »* En clair, Macron propose aux jeunes de Banlieue de se racheter une dignité. Mais la réalité est tout autre, l'ex ministre de l'économie leur réserve un sort de sous salariés car croit-il, ces jeunes dans leur situation ne peuvent raisonnablement espérer autre chose : « certes (poursuit Macron ) ils travailleront 60/70H pour gagner à peine un smic »*, il le reconnaît volontiers « mais au moins ils se formeront et apprendront un métier »*. Voilà une armée de jeune réquisitionnée et condamnée à rouler trois fois plus que les Taxis traditionnels pour payer leurs charges et gagner une misère.

 J'aimerais bien qu'on me dise ce qu'il y a d'écologique là dedans ? J'ai connu des écologistes pour qui l'humanisme et le progrès social étaient des valeurs avec lesquelles on ne transigeait pas.Face à ces ralliements sans conditions et sans exigences aucune , Yannick Jadot au moins a fait mine de négocier avec Benoit Hamon : 200 000euros et quelques circonscriptions ! On connaît maintenant le prix de l'écologie sur le marché électoral. Sauf que pour le PS de Cambadélis c'est encore trop cher, puisqu'il suspend unilatéralement cet accord.                                             

Tant d'allégeances pour si peu de sincérité, quel triste sort pour le combat écologiste.Pour commenter ces événements en série, j'aimerai emprunter une expression désormais célèbre de Dominique Voynet : "Allons, ce n'est pas la catastrophe du siècle" C'est la formule qui convient pour consacrer un non événement, mais ce n'est pas pour leur sens 1er que je fais le choix de ces mots, c'est bien au contraire pour rappeler que ce qui nous semble à première vue anodin peut s’avérer parfois tristement prophétique : Ces mots, ''ce n'est pas la catastrophe du siècle'' Dominique Voynet les a prononcés un peu vite 20 ans plus tôt en 1999 quand, alors ministre de l'écologie, on vient lui annoncer qu'un pétrolier s'est échoué sur les côtes Bretonnes : la catastrophe de l'Erika !

Tout le monde connaît le parcours du député européen Jean-Paul Besset, ancien rédacteur en chef du journal le Monde, ancien conseiller à Matignon et ancien porte parole de Nicolas Hulot, alors candidat à la primaire écologique, pour l'élection présidentielle de 2012.         Comment ne pas voire dans ce choix plus pragmatique qu'idéologique de rouler pour le candidat d' En Marche, une forme de renoncement à démasquer les impostures politiques ? lui qui a tant de fois milité pour qu'en politique « les convictions l'emportent sur les ambitions personnelles» Ce sont ses mots.

Avant de souhaiter bon vent à celui qui a trouvé opportun d'offrir ses services au candidat des banques, voici une courte rétrospective du grand moustachu à lunettes qui savait trouver les mots pour réveiller les consciences...                                                                                                  

Au cours de l'aventure écologique à laquelle j'ai participé en 2011, ce qui m'inspira le plus chez ce volcan d'Auvergne, c'était l’indignation qui le submergea brutalement tant elle fut trop longtemps contenue.Ce n'est pas simplement une métaphore, c'est une juste mise en perspective de l'homme qui fut l'ami de Jean-Marie Tjibaou, qui dénonça avec sa plume le pouvoir patriarcal écrasant et le sort du peuple Kanak.

Quelques mois donc avant la primaire de l’écologie en 2011 et contre toute attente, Jean Paul Besset jeta l'éponge de siéger dans l'appareil du parti. On le pressentait pourtant pour présider la première assemblée fédérale d'Europe Écologie dont il est, faut-il le rappeler, l'un des fondateurs. Sa décision d'arrêter et sa déclaration publique, se voulait être un cri d'alarme pour alerter les militants. Il espérait encore donner une chance au mouvement et mettre fin aux dérives, voici ses mots à l'époque : « Que les masques tombent ! Que les couteaux sortent s'ils doivent sortir ou que les convictions l'emportent enfin sur les ambitions, mais qu'il se passe quelque chose. Qu’Europe Écologie échappe à ce climat délétère, de guerre froide et de paix armée ! C'est humainement insoutenable (...) Je n’assumerai pas plus longtemps la fiction et l’imposture d’un rôle revenant à concilier l’inconciliable. »

Cécile Duflot voulait faire de Jean Paul Besset, une caution morale pour la gestion du parti. Jean-Paul Besset a refusé en 2011 ce qui lui semblait être une Fiction et une Imposture . En rejoignant Macron cinq ans plus tard, les conséquences pourraient être désastreuses sur la crédibilité du personnage et avec lui, du combat écologique.

* Vidéo de médiapartlive de novembre2016 intitulée "Question cash, réponse cash" en lien sur le site du candidat Macron

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