Les abeilles françaises sont en danger

Les apiculteurs français voient leurs colonies décimées, les pesticides et l’hiver ont anéanti les abeilles et divisé par deux la production de miel.

 

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© Louise Leclerc

Si les abeilles venaient à disparaître, l’espèce humaine n’aurait plus que quatre années à vivre “. Cette phrase d’Albert Einstein prend toute son importance aujourd’hui. L’année 2012-2013 a été particulièrement difficile pour les apiculteurs. Nombreux sont ceux qui ont perdu la moitié de leurs ruches. Un hiver qui se prolonge, un printemps qui se fait attendre ont suffi à retarder la sortie des abeilles et donc leur approvisionnement en nectar.

Ce sont des milliers «  d’apis mellifera  » qui ont disparu à la sortie de l’hiver. Jean-Claude Sénécal, apiculteur à Saint-Martin Osmonville, a vu la moitié de ses ruches être anéanties. Passionné d’apiculture depuis 1996, il a constaté l’évolution de ce métier ainsi que l’augmentation de la mortalité des abeilles. «  Elles sont perdues, désorientées et elles ont du mal à récupérer  », constate Jean-Claude Sénécal. «  On ne peut pas prouver la cause, mais on la connaît. Pour une déclaration valable auprès du ministère de l’Agriculture, il faut qu’elles meurent toutes en même temps. Or j’ai perdu mes ruches sur plusieurs jours  ».

La menace des pesticides

La récolte de printemps a été faible, seulement cinq kilos par ruche en moyenne. Tous les espoirs sont maintenant placés dans la récolte d’été. Le beau temps de ces derniers jours a permis aux abeilles de faire quelques réserves mais leur avenir reste incertain. Depuis quelques années les apiculteurs font face à un nouveau problème  : les pesticides. La toxicité de ces produits utilisés dans le traitement des champs de colza, maïs et féveroles est tel, qu’il détruit le moindre insecte mais également la biodiversité.

Les abeilles, naturellement attirées par les fleurs mellifères comme l’acacia ou le pommier, se rendent dans ces cultures. Certaines ne retrouvent pas leurs chemins et meurent, d’autres contaminent la ruche et la condamnent. Michel Gosse, apiculteur à Catenay, a perdu ainsi 60  % de sa production.

«  Nous connaissons la cause de leur mort  »

Ces pesticides appelés également «  cruzer  » et «  néonicotinoïdes  » affectent le système nerveux des insectes et les paralysent. «  Ces intoxications sont difficiles à prouver  » dévoile Patrick Périmony, président du SAHN ( le Syndicat Apicole de Haute-Normandie). « Nous connaissons la cause de leur mort, mais nous ne pouvons accuser personne». Trois pesticides de Bayer ont été interdit pour deux ans à partir de décembre : la clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxame utilisés pour le traitement des semences. Mais ce géant de l'agrochimie est plein de ressources. Entre temps il a étudié un moyen de polliniser les plantes sans utiliser les abeilles, aucun résultat n'a été publié pour le moment.


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 © Louise Leclerc

Les bienfaits du miel

Sans la pollinisation par les abeilles, les arbres fruitiers seraient anéantis, ainsi que la biodiversité. Leur importance ne s’arrête pas là. L’apithérapie, utilisée par nos ancêtres permet de soigner les plaies et maux de gorge. «  Je consomme du miel depuis deux ans  », explique Marie, habitante de Neufchâtel. «  Je ne suis toujours pas tombée malade  ». Les vertus antiseptiques du miel, du pollen, de la cire et de la propolis une résine fabriquée pour consolider la ruche, permettent de protéger le système immunitaire.

La mauvaise production de cette année, va permettre au marché chinois, producteur intensif, d’exporter des quantités plus importantes de miel. En 2010, la consommation des Français était de 40  000 tonnes par an, or nous produisons 18  000 tonnes, voir 16 000 pour cette année. Des miels sont mélangés et vendus sous l'apéllation "AB". Il est donc grand temps de protéger ces pollinisatrices, essentielles à notre survie.

 

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 © Louise Leclerc

 

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