Pourquoi je soutiens Le Médiatv

Après tout juste un mois d'existence, Le Mediatv se trouve pris dans une tourmente d'une grande violence que je crois en grande partie injustifiée. Je vais essayer de dire ce que je comprends de cette crise et pourquoi il me semble nécessaire de l'aider à la dépasser.

Je suis ce qu'on appelle au Mediatv une « socio », c'est-à dire que je donne un peu d'argent tous les mois pour que vive ce projet d'une chaîne de télévision alternative sur internet. Pour que ses salariés journalistes et techniciens soient rémunérés, pour payer les frais d'équipement et autres charges. Comme je le fais pour Médiapart, Arrêt sur Images, Là bas si j'y suis et pour la presse écrite Le Monde Diplomatique et Alternatives économiques. Je continuerai tant que Macron m'en laissera les moyens.

Je le fais parce que je crois que dans une société démocratique il est indispensable d'avoir accès à une information différente de celle que dispensent les grands médias aux mains de nos oligarques. Bien sûr, il n'y a pas que de l'altruisme dans ma motivation puisque j'en retire pour moi-même la satisfaction de nourrir ma compréhension du monde. On pourrait m'objecter que mes sources d'information sont biaisées à cause de ces choix politiquement orientés. Que l'on se rassure, lorsque j'allume la radio le matin, je suis largement tenue au courant d'autres points de vue sur l'actualité politique, sociale, économique et internationale. Merci Dominique Seux.

Venons-en à la crise qui secoue Le Médiatv. Je n'en connais que ce qui a été dit et écrit publiquement par les différents acteurs, ce qui me conduit à formuler, comme tout le monde, des hypothèses. Je le fais à partir de mon expérience assez riche de la vie des collectifs de travail, particulièrement de ceux qui se sont réunis dans un projet émancipateur. Dans tous les groupes de travail émergent des désaccords, qu'ils soient de fond sur les idées à défendre, sur les priorités, ou sur le fonctionnement de l'organisation ou encore des incompatibilités de caractère entre les uns et les autres. Souvent, heureusement, on arrive à surmonter ces difficultés sans trop de mal, d'autres fois non. Dans ce dernier cas, surviennent alors des soufrances chez certains acteurs, d'autant plus vives que la foi et l'investissement affectif dans le projet ont été intenses et coûteux en don de soi. C'est ainsi que je comprends, de l'extérieur mais avec empathie, ce qui est arrivé à Aude Rossigneux, pour l'avoir vécu moi-même dans un autre contexte. Il est probable que, comme elle le dit dans son papier, l'intensité du travail et la mise à l'épreuve nerveuse des uns et des autres n'a pas aidé à trouver une solution pacifique . Son départ est un échec qui n'efface pas cependant sa contribution à la construction et au démarrage du projet.

Second volet de l'emballement critique autour du Mediatv : son traitement des événements de Syrie. Tout est parti de l'intervention de Claude El Khal au journal du 26 février. Elle dure cinq minutes. Le mieux est sans doute de juger sur pièce :

https://www.youtube.com/watch?v=XzUohwku8wc

Pour ma part, j'approuve ce qu'il dit de la guerre en Syrie et de son traitement par les médias, qu'ils soient occidentaux, russes ou pro-Assad. Que les guerres, les bombardements, font des milliers de victimes civiles, que les images atroces qui en sont faites sont des armes utilisées par tous les camps . Que l'immense majorité des médias occidentaux participent à cette guerre des images lorsqu'ils choisissent de diffuser des informations sur certaines victimes et de taire celles qui en concernent d'autres. Par exemple, quels médias français nous ont informés par des images ou sur le nombre des victimes de nos bombardements en Libye ? Quels médias occidentaux nous ont informés sur les victimes civiles (nombre, images) des reprises des villes syriennes et irakiennes par les forces de la coalition occidentale ? Claude El Khal a-t-il tort lorsqu'il s'étonne que pour l'immense majorité de nos médias les victimes des armes occidentales sont toujours des terroristes et/ou des islamistes (pas des civils) et les victimes des bombes russes ou syriennes sont toujours des civils et/ou des rebelles. Poser ces questions relève à mon avis de la simple honnêteté et la question de savoir si les images sont certifiées ou non me paraît secondaire. Je ne dis pas inutile, je dis secondaire. Si on veut abréger le martyre de la Syrie, rien ne sert de s'envoyer à la figure des photos. Il faut comprendre les enjeux et les acteurs, et essayer de trouver une sortie à la guerre en imaginant l' « après ». Les expériences catastrophiques en Libye et en Irak nous ont montré les limites de la « pensée-BHL »  selon laquelle il suffit de faire tomber un dictateur pour aider un peuple et avancer vers la paix et la démocratie.

Voilà pourquoi je pense que le Mediatv était tout à fait dans son rôle de média alternatif en permettant que ces questions soient posées. Que l'on soit d'accord ou pas, on doit au moins s'en réjouir au nom du pluralisme, tout simplement.

Que sur les réseaux sociaux Claude El Khal soit traité de complotiste et d'antisémite n'est pas surprenant puisque ce sont les moyens fréquemment utilisés dans notre pays pour faire taire toute parole non conforme. Edgard Morin, Daniel Mermet et Charles Enderlin par exemple en savent quelque chose. Même si au final ils ont été blanchis par la justice, la crainte de poursuites judiciaires suffit à faire taire une partie de ceux qui pourraient avoir des choses à dire.

Dans le champ médiatique français, le projet du Médiatv est précieux : il propose une information quotidienne différente. Il suffit de regarder quelques émissions du journal diffusées depuis le 15 janvier pour en comprendre l'enjeu : la hiérarchie et l'angle des sujets traités (luttes sociales en France et ailleurs, les migrants, la politique nationale ou européenne), les choix des invités, syndicalistes, politiques, associatifs et le temps qui leur est accordé pour expliquer leur position par exemple.

Enfin, il n'y a pas de compétition entre le Médiatv et d'autres organismes de presse alternative. Ils sont complémentaires et peuvent se renforcer mutuellement.

Que l'on me pardonne le ton très personnel de ce billet mais je n'ai ni le temps ni l'envie de le réécrire pour lui donner un tour moins subjectif.

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