C’est la faute à Blanquer - Exigeons le Bac et le Brevet pour tout·e·s cette année !

Les personnels de l'éducation, après de longs mois de lutte acharnée et inventive, ont décidé à appeler à la grève des examens de fin d'année (CAP, BEP, Brevet, Bac). Ils expliquent ici les raisons de cette décision prise à contre coeur, et en appellent, parallèlement, à ce que le Bac et le Brevet soient donnés à tout.e.s cette année.

 C’est une décision historique que nous, personnels de l’éducation en lutte contre les réformes Blanquer depuis plus de 6 mois, venons de prendre : nous appelons, avec de très nombreuses organisations (onze syndicats enseignants, deux syndicats lycéens, trois mouvements et des associations disciplinaires) à la grève de tous les examens de fin d’année, notamment à partir du 17 juin, et ce sous toutes ses formes (grève des surveillances, grève des corrections, ...).


Et que l’on ne nous joue pas la partition des élèves pris en otage par des profs irresponsables. Cette décision, prise le cœur lourd, nous y avons été savamment amené.e.s par un gouvernement sourd et aveugle à 6 mois d’une contestation intense, rassemblant dans toute la France des dizaines de milliers d’enseignant.e.s, de CPE (conseiller.ère.s principaux.ales d’éducation), d’assistant.e.s sociaux-ales, d’AESH (accompagnant.e.s des élèves en situation de handicap), de Psy-EN (notamment chargé.e.s de l’orientation des élèves), d’AED (assistant.e.s d’éducation), d’infirmier.ère.s et édecins scolaires, d’agent.e.s techniques... depuis les écoles maternelles et élémentaires, jusqu’aux collèges et aux lycées. Des personnels de l’éducation rapidement rejoints par des milliers de parents d’élèves de plus en plus conscient.e.s de la gravité de la situation, mais
également par des étudiant.e.s et enseignant.e.s-chercheur.se.s déjà mobilisé.e.s contre l’injustice de Parcoursup et enfin par les autres agent.e.s et usager.ère.s de la fonction publique qui comme nous, subissent la casse de notre modèle social, celui d’un pays dans lequel les services publics
étaient jusqu’alors garants d’une certaine égalité républicaine.


La semaine passée, ce sont les lycéens et lycéennes qui ont écrit « à leurs profs » pour indiquer leur soutien sans faille à ce mouvement historique qu’ils et elles ont eux-mêmes et elles-mêmes contribué à lancer en décembre dernier. Nous n’avons pas oublié avec quelle violence ces élèves ont
été traité.e.s par le gouvernement, ni les élèves de Mantes-la Jolie humilié.e.s et insulté.e.s. Nous n’oublierons pas avec quel mépris la ministre de l’Enseignement supérieur répond à la détresse de jeunes maltraité.e.s par le système Parcoursup : « Même si ces jeunes le vivent comme “j’ai eu
quelque chose, et on me l’a enlevé”, la vérité c’est qu’ils n’auraient jamais dû l’avoir ».

Alors nous vous le répétons Monsieur le Ministre, ne jouez pas à essayer de monter les élèves contre leurs enseignant.e.s, la ficelle serait trop grosse. 

Cette situation, c’est le gouvernement lui-même qui l’a créée et entretenue.


Le ministère a décidé depuis le départ de passer en force. Dès décembre 2018, le Conseil Supérieur de l’Education (composé de représentant.e.s des élèves, des parents d’élèves, des syndicats enseignants de toutes tendances, et des collectivités territoriales) a rejeté presque unanimement (49 voix contre 4) les nouveaux programmes de lycée : le ministère n’en a eu que faire.


Nous avons épuisé tous les recours en notre possession pour manifester notre opposition radicale à ces réformes. Nous avons multiplié les journées de grève (27 novembre, 11 décembre, 17 janvier, 5 février, 19 mars, 4 avril, 9 mai...) malgré les pertes de salaire, refusé des évaluations en primaire et en seconde, démissionné des fonctions de professeurs principaux, boycotté des conseils de classe, refusé de transmettre des fiches d’orientation, attribué des 20/20 de moyenne trimestrielle pour bloquer ce système visant au tri social de nos élèves. Nous avons alerté nos inspecteur.rice.s et boycotté les formations sur les nouveaux programmes de lycée. Nous avons occupé nos établissements de jour comme de nuit. Enfin, des parents ont pris le relai en bloquant les bureaux de direction, en organisant des opérations « école morte » ou « école déserte ».... La réponse du gouvernement ne s’est pas faite attendre, toujours la même : mépris et répression !

Le ministère a en effet déployé toutes ses ressources pour tenter de nous faire taire. Il a saturé l’espace médiatique, en refusant tout débat contradictoire, et accusant une prétendue « minorité » de diffuser des « bobards ». Puis, comme la mobilisation ne faiblissait pas sur le terrain, il a multiplié les courriers de menaces, les visites d’inspection et les pressions hiérarchiques. Il a ensuite fait pleuvoir les sanctions tout azimut, au Havre, dans l’Hérault, à Dijon, à Nîmes ou encore à Bobigny. Puis, la répression politique, les violences policières et judiciaires, déjà en marche contre les Gilets jaunes, se sont abattues sur des enseignant.e.s interpelé.e.s à Paris, à Toulouse ou à Nice. Enfin, il s’est attaqué aux parents d’élèves mobilisé.e.s comme à Vaux-en-Velin, à Pantin ou Montreuil en empêchant la tenue de réunions ou la communication via les carnets des élèves au mépris-même de la loi.


C’est pourquoi, loin d’abandonner nos élèves face aux conséquences d’un baccalauréat perturbé, nous mettons le ministre face à ses  responsabilités. Nous exigeons que, cette année, tou.te.s nos élèves puissent obtenir les examens de fin d’année (BEP, CAP, Bac Pro, Bac techno et
général, Brevet), et nous exhortons nos collègues à y veiller, pour envoyer un message clair : il est plus que temps de remettre ce système à plat et de lancer des réformes sociales pour lutter contre les inégalités scolaires intolérables, documentées à tous les niveaux, que subissent quotidiennement les élèves des classes populaires depuis l’école primaire jusqu’à l’université où Parcoursup achève le tri social. Cette mesure a déjà montré son intérêt et sa force en 1968.

Il est plus que temps de redonner du sens à l’égalité républicaine que vous souhaitez afficher à la rentrée dans nos salles de classe mais que par ailleurs vos réformes piétinent allègrement. Monsieur le ministre Blanquer, Monsieur le président Macron, vous ne passerez pas en force.
Comme d’autres secteurs de la société mobilisés (fonctionnaires hospitalier.ère.s, cheminot.e.s, étudiant.e.s et tant d’autres depuis deux ans), comme les Gilets jaunes, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher la mise en place de ce système inique qui va à l’encontre de tout ce pour quoi, en tant que personnels de l’éducation, nous nous sommes engagé.e.s. Nous n’accepterons pas que vous sabotiez tout ce en quoi nous croyons profondément, que vous continuiez à mépriser notre travail et nos élèves.

Nous poursuivrons notre mobilisation sans relâche, y compris dès la rentrée 2019 s’il le faut, jusqu’à satisfaction des exigences qui font aujourd’hui la quasi-unanimité :
• le retrait de la réforme du lycée général et professionnel, du projet de loi pour une école de la
confiance, de la réforme de la fonction publique, de Parcoursup et de la loi ORE
• la revalorisation statutaire et salariale des personnels de l’éducation et l’établissement d’une réelle
confiance de l’institution dans les équipes éducatives.
• l’arrêt des sanctions et des poursuites contre les enseignants et enseignantes mobilisé·e.s et la fin
de la répression politique contre tous les mouvements sociaux.


Nous vous appellerons alors, dans un contexte apaisé, à ouvrir le dialogue avec les personnels de l’éducation, leurs organisations, et l’ensemble de la société afin de reconstruire enfin, dans le cadre d’Etats généraux de l’éducation, une Ecole pour toutes et tous.

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