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Billet de blog 3 déc. 2021

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Crise sanitaire, douter est bon pour la santé.

Croire (ou ne pas croire) "en" la science peut-il conduire au moindre résultat positif en matière de santé publique ? Et si pas, alors quoi ?

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Illustration 1

Depuis le début de ce qui a vite été baptisé du nom de pandémie, je suis frappée par la quasi-absence de ce qu'il est convenu d'appeler la gauche dans le débat sur les mesures sanitaires. Ou plutôt, la non-dénonciation par la gauche de l'absence d'un débat digne de ce nom. Peut-être ai-je (un peu mieux) compris (enfin) pourquoi, hier.

Peut-être l'avez-vous noté, et peut-être même avec agacement, la plupart des informations scientifiques dissonantes valables (c'est-à-dire : sourcées, étayées, vérifiables) sont publiées par des sites ou des journaux allant de douteux à malsains voire nauséabonds. Entre les personnes qui les reprennent de bonne foi (ces infos sont sourcées, étayées, vérifiables) sans se rendre compte (prises par l'indignation) qu'elles les partagent depuis des sites d'extrême-droite, et les personnes qui disqualifient ces informations (pourtant sourcées, étayées, vérifiables) au prétexte que seuls des sites nauséabonds les colportent, sans remonter à la source, pas de dialogue possible. d'un côté, indigné, vous voyez bien que ce sont des faits vérifiables, vous êtes aveugles ou quoi. de l'autre, ricanant, ça ne peut être que faux puisque c'est machin qui le dit, vous êtes aveugles ou quoi. Ces mêmes informations (je ne parle pas de la bouillie plus ou moins malsaine avec lesquelles elles voisinent), si elles étaient publiées par des médias liés à ce qu'il est convenu d'appeler la gauche, seraient infiniment précieuses pour éclairer le débat (ou plutôt son absence). Ça fait un moment que je me demande : pourquoi elles n'y sont pas ? 

Hier, voulant faire le point sur l'état des projets de loi voulant imposer la vaccination contre la Covid-19, je suis tombée sur une proposition de loi des parlementaires socialistes[1]. Et après quelques lignes sur ceci « Nous croyons en la science, en la recherche, et au progrès médical et social, qui bénéficient à toutes et tous. »

Croire en la science ?

Définition du CNRTL [Le compl. est précédé de en] Croire + en + subst. Apporter une adhésion totale mais personnelle, en y attachant une valeur éthique qui porte l'individu à se comporter en conséquence avec confiance et amour.

"Croire en la science", n'est-ce pas l'ériger en Dieu, avec le risque d'être dogmatique et aveuglé ?

Je ne peux pas pour ma part pas oublier que cette croyance aveugle en la science et le progrès a largement contribué (et contribue encore) au réchauffement climatique, avec à l'horizon de sérieuses menaces pour nos descendant•es. Mon propre père, qui vogue vers ses 90 ans, et qui a enfin renoncé au Round Up après m'avoir objecté pendant des années que ce n'est pas trois gouttes de Round Up dans son jardin qui allaient mener le monde à la faillite (papa, il y a des millions d'autres personnes qui en même temps que toi versent 3 gouttes de Round Up, ça fait des milliards de gouttes), était scientifique et chercheur. Il a cru toute sa vie à la science et au progrès. Il croyait sincèrement qu'il allait sauver le monde de la famine en engraissant le plus rapidement possible des veaux en batterie. Et toute sa vie (sauf depuis le confinement) il a levé les yeux au ciel devant toute information qui ne venait pas renforcer son système de pensée. Le réchauffement climatique, ce n'était pas scientifique, un truc de hippies, de zozo. Il était du bon côté, lui. De celui du progrès qui sauve l'humanité de la faim par des moyens scientifiques. Aujourd'hui, en une seconde sur internet on trouve de genre d'infos : à l’échelle de la planète, l’élevage de bovins, est responsable de 77% des émissions de gaz à effet de serre liées à l’élevage en général (porc, volaille, moutons…). Ce genre d'info était déjà disponible, je m'en souviens, il y a 30 ans. Savait-on déjà que l'élevage intensif est un accélérateur de zoonoses ? Aujourd'hui, quand mon vieux père jardine, il voit que la terre ne répond plus comme avant, qu'elle est bizarre au toucher, et il s'y connait, il a plus de 60 ans de jardinage au compteur. Il dit ça d'un ton que je ne lui connais pas. On ne parle pas de son ancien métier.

Mais grâce à lui j'ai appris tôt que (notamment) lorsque l'industrie et la recherche sont liés, croire EN la science au point d'oublier de douter, au point de se croire du bon côté, au point de disqualifier tout autre point de vue, n'était pas très propice à l'exercice du discernement. Ou pour ce qui nous concerne, à s'interroger sérieusement par exemple sur les conditions d'attribution des autorisations de mise sur le marché, ou le lobbying des firmes pharmaceutiques au cœur des institutions françaises et européennes.

Pour voir si cela aide à penser (croire vs ne pas croire, n'aide pas à cela), je propose de traduire le très général et très abstrait "je crois en la science" par quelque chose de plus spécifique voire plus en lien avec la situation. Quelque chose comme : j'ai confiance dans la rigueur scientifique qui encadre la découverte de nouveaux traitements par les laboratoires pharmaceutiques et dans la rigueur scientifique qui préside à leur validation par les autorités de santé. 

Est-ce le cas ? Est-il possible à partir de là d'aller chercher les faits, les chiffres, les lois, les éléments de tous ordres que cette question précise appelle. Je ne vais pas développer la question des lobbies de l'industrie pharmaceutique et son immixtion dans toutes les institutions en charge de la santé : on peut trouver une pléthore d'informations effarantes sur internet (et, par exemple, un résumé parlant sur le journal de 8 heures de France culture, 8 h. le 13 novembre 2018), je laisse chacun en prendre connaissance pour se faire une idée précise (attention, l'expérience est désagréable si on tient à garder la tête dans le sable) mais voilà quelques notes sur les AMM, les autorisations de mise sur le marché des médicaments.

La règle, c'est qu'il appartient aux laboratoires pharmaceutiques de défendre leurs produits auprès des autorités de santé. et les études nécessaires coûtent très cher. Quand un médicament tombe dans le domaine public, il est possible de demander une AMM pour son générique (qui ne nécessite qu'un test de bioéquivalence beaucoup moins coûteux). Si nul ne demande d'AMM pour un générique, et que le laboratoire qui l'a mis au point ne le fabrique plus, ce médicament, qui peut être un bon médicament (peu coûteux, efficace, sans effet secondaire) disparait. Dans ce système, les entreprises ont intérêt à défendre et produire leurs nouveaux médicaments (qui sont brevetés et qui rapportent plus). 

Comme on peut le lire sur le site du Vidal (qui se présente comme le site de référence des produits de santé et qui se présentait avant internet sous la forme d'un gros livre rouge - si ma mémoire est bonne - sur le bureau des médecins) : « La procédure d'Autorisation temporaire d'utilisation (ATU) est une mesure exceptionnelle de mise à disposition de médicaments n'ayant pas d'autorisation de mise sur le marché (AMM) en France ou pour des indications nouvelles d'une spécialité autorisée. L'objectif de l'ATU est de permettre l'accès précoce à de nouveaux traitements lorsqu'il existe un réel besoin de santé publique, c'est-à-dire lorsqu'il s'agit de traiter des patients atteints de pathologies graves ou rares, qu'il n'existe pas de traitement approprié et que la mise en œuvre du traitement ne peut être différée. »

Les vaccins actuels (injection d’ARNm ou d’adénovirus artificiels) d'une technologie différente des vaccins classiques (virus inactivé), ont pu bénéficier de cette ATU au motif qu'il n'existait pas de traitement approprié. Si jamais un quelconque médicament avait obtenu une recommandation temporaire d'utilisation (RTU)  recommandation temporaire d'utilisation (elle concerne les médicaments qui disposent déjà d'une AMM, en autorisant pour 3 ans maximum un autre usage thérapeutique que ce pourquoi est prévu le médicament), si jamais un médicament quelconque (ou plusieurs) avaient obtenu cette RTU, alors les injections d'ARNm ou d'adénovirus artificiels n'auraient pas pu obtenir cette dérogation (ou peut-être seulement pour une catégorie de personnes particulièrement vulnérables au motif de la pathologie rare et grave).

Je ne tire aucune conclusion quant à l'efficacité réelle ou supposée des vaccins par injection d’ARNm ou d’adénovirus artificiels, ou à celle des traitements précoces candidats à la recommandation temporaire d'utilisation (RTU), je n'ai pas les éléments ni les connaissances scientifiques. Mais je constate que les traitements précoces étaient des médicaments génériques à bas prix ou des traitements ayant perdu leur AMM pour manque d'efficacité dans un autre domaine. S'ils avaient obtenu rapidement une recommandation temporaire d'utilisation, est-ce que les vaccins par injection d’ARNm ou d’adénovirus artificiels auraient pu avoir une autorisation temporaire d'utilisation (puisqu'il existait des traitements) ? N'auraient-ils pas été soumis à la procédure normale de demande d'AMM ? Et qui avait et a encore intérêt (à part vous et moi) à ce qu'un traitement précoce à bas prix obtienne une RTU ou une AMM ?

De ce point de vue, l'exemple du clofoctol[2] est intéressant. L'Institut Pasteur de Lille possède un laboratoire de recherche dédié aux coronavirus. En octobre 2020, après passage au crible de 5 000 molécules, le clofoctol[3] a été remarqué : « Pris aux premiers symptômes de la maladie, ce médicament réduit la charge virale du porteur de la maladie, évite la contagion. Pris plus tard, il contrecarre ses formes graves ». Ce médicament a été autorisé sur le marché entre le 15/04/1996 et le 05/01/2005 quand il est retiré, en France, pour faible service médical rendu (ce produit restant disponible dans certains pays d’Europe). En février 2021, le Capnet (Comité ad-hoc de pilotage national des essais thérapeutiques), refuse le passage en étude clinique de phase III. Cela retarde les recherches. L’Institut Pasteur n'a le feu vert de l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm) pour le début des tests de la molécule contre la Covid-19 sur l’homme que mi-juin 2021, quand la campagne "seul le vaccin peut nous sauver" bat son plein. Aujourd'hui l'essai n'avance pas faute de volontaires. L'Institut Pasteur n'a pas les moyens des grands labos pour les recruter. Quelque chose me dit qu'on les aurait trouvés facilement en octobre 2020. Et pendant qu'aujourd'hui l'institut Pasteur de Lille[4], peine à aboutir à sa demande d'AMM, pour ce traitement peu coûteux - en 2005, le prix de vente de la boite de suppositoires d'Octofène (marque sous laquelle était commercialisé le clofoctol) était à 1,81 € - Pfizer, lui a commencé à commercialiser en Grande Bretagne un traitement contre la Covid-19 qui coûte 700 euros. Pas de faute de frappe : sept cents euros et un euro quatre-vingt-un. 

Alors croire (ou ne pas croire) "en" la science donc "en" le vaccin par injection d’ARNm ou d’adénovirus artificiels qui va sauver le monde : est-ce vraiment la question centrale ? Un débat ainsi pollué peut-il conduire au moindre résultat en matière de santé publique ?[5] N'est-il pas temps (même tard) de s'en extraire et de libérer nos esprits des éléments de langage (en bon français : langue de bois, voire propagande) concoctés par ceux qui tiennent les micros. N'est-il pas temps de sortir de sortir du cadre de pensée établi par ceux à qui il profite et d'aller enquêter sur ce qui se passe dans les arrière-cuisines de la science et du progrès. La science, ou plutôt la démarche scientifique, c'est le doute, non ? la capacité à questionner à chaque instant ce qu'on croit savoir, non ? la capacité à percer les apparences, les évidences, non ? et la capacité aussi à débusquer ses biais de pensée autant qu'à affronter ses peurs (dont celle de la maladie et de la mort, celle aussi de l'entrée dans un monde inconnu et inquiétant), non ?

Et si au lieu de croire, nous doutions : pouvons-nous avoir (ou pas) une totale confiance dans la mise au point de nouveaux traitements et les étapes de leur mise sur le marché ? ou bien ces mécanismes sont-ils si biaisés par les questions financières que le doute quant au choix de la solution la plus bénéfique pour les humains et pour la sécurité sociale au passage est non seulement permis mais recommandé ? et comment, sans trembler sur ses bases, regarder en face (ne pas fuir dans le déni, que la croyance en la science permet) le fait que des dirigeants politiques et économiques arrogants et dénuée de toute empathie peuvent être si aveuglés par leurs intérêts (les leurs et ceux de leur classe dominante) et leur cupidité, qu'ils ne pèsent pas les conséquences de leurs actions sur le reste de l'humanité et du monde, que nous ne sommes pour eux que des flux, des choses à exploiter au même titre que la terre, l'eau, les arbres ?

Iraient-ils vraiment jusqu'à priver des malades - dont certains sont en danger de mort - de traitement précoces peu coûteux tout en imposant à une population en bonne santé des vaccins d'un type nouveau, mal connus, encore en phase d'étude avec tous les risques que ça comporte ?

J'entends d'ici des : non ! ils ne peuvent pas faire ça ?!
(Quel scandale sanitaire ce serait, n'est-ce pas ?)

Et pourtant.

Si notre santé était vraiment une préoccupation des dirigeants :

  • "ils" feraient de la prévention (y compris en soutenant l'alimentation saine vs l'alimentation toxique qui provoque obésité et diabète), non ?
  • "ils" auraient déjà levé les droits de propriété intellectuelle, permis le transfert de technologies sur les vaccins, traitements et tests anti-Covid, "ils" partageraient les vaccins avec les peuples de toute la planète au lieu de se les accaparer, non ?
  • "ils" soutiendraient en priorité la recherche sur les traitements précoces peu coûteux, efficaces, "ils" ouvriraient des lits de réanimation au lieu de les supprimer, "ils" renforceraient les hôpitaux au lieu de les affaiblir, et soutiendraient les soignants, non ?
  • "ils" voteraient des lois pour réduire les élevages intensifs et les risques de zoonose qui vont avec, non ?
  • "il" subventionneraient la reconversion en bio, "ils" interdiraient le bétonnage des zones agricoles et toute attaque sur la biodiversité, non ?
  • "ils" lutteraient contre la déforestation, non ?
  • "ils" s'occuperaient de résilience au lieu de se gargariser du mot en le vidant de sa substance, non ?
  • la liste est incroyablement longue de ce qu'ils ne font pas, ni pour notre santé, ni pour celle de la planète, les deux étant inextricablement liées.

Une piqûre pour seule mesure, et cela tous les six mois, à un coût exorbitant, pour que ça continue exactement comme avant en roulant à tombeau ouvert vers la catastrophe, est-ce un projet politique de santé publique ? un progrès pour l'humanité ? une démarche scientifique ?

Je doute.
Doutez-vous ?
Si oui, soyez vigilant.
Ouvrir les yeux peut être rude.
Il y a des remèdes pour douter sans s'effondrer de douleur, exploser de colère, ou se paralyser d'impuissance, faire sa part aussi modeste soit-elle, agir collectivement, aussi modeste soit l'action, choisir à quoi nous occupons nos pensées plutôt que de laisser d'autres les coloniser.

[1] https://www.senat.fr/leg/exposes-des-motifs/ppl20-811-expose.html

[2] https://sante.lefigaro.fr/medicaments/3200389-octofene-100mg-sup-8

[3] https://www.jim.fr/e-docs/clofoctol_la_mysterieuse_molecule_anti_covid_de_pasteur_lille__184810/document_actu_pro.phtml

[4] https://coronavirus.pasteur-lille.fr/recherche-covid-19/

[5] et en matière de sauvetage de la planète. La croyance en un dieu de la science qui trouvera bien quelque chose pour nous sauver, me fait froid dans le dos.

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