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Billet de blog 23 juin 2022

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Cas pratique de misogynie dans le monde politique : Sandrine Rousseau

Depuis l'automne 2021, une femme politique subit de nombreuses vagues d'insultes et de harcèlement. Retour sur le parcours de Sandrine Rousseau, figure importante de la gauche et d'un nouveau mouvement dit écoféministe.

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Il ne vous aura pas échappé qu’autour de septembre 2021, une personnalité politique a fait une entrée fracassante dans le grand bain médiatique : Sandrine Rousseau. Alors que la primaire écologique était donnée depuis longtemps à Yannick Jadot, celle qui se réclame écoféministe va poser au problème au vainqueur annoncé et surtout, s’installer avec vigueur dans la vie politique française.

Militante écologiste et féministe de longue date, ainsi que spécialiste de sciences économiques, Sandrine Rousseau avait quitté le parti EELV après l’affaire Denis Baupin. Ce dernier, député des verts, est accusé de harcèlement et agressions sexuelles par huit femmes, dont Sandrine Rousseau. Elle disparaît alors de la vie politique pour se concentrer sur son combat : la défense des victimes de violences sexuelles. Elle créera d’ailleurs l’association Parler.

À l’automne 2021, Rousseau revient en politique et se déclare candidate aux primaires écologiques. Portant une approche plus radicalement à gauche que ses concurrents et surtout porteuse d’un nouveau mouvement dit écoféministe, elle est rapidement la victime de nombreuses attaques. Raillée par la génération identitaire de Damien Rieu, mais également par les médias, elle est traitée d’ « extrémiste » et autres insultes que je ne citerai pas. Sandrine Rousseau, c’est le renouvellement du militantisme à l’échelle politique, portant avec elle les luttes féministes, antiracistes et LGBT. Tout ce qu’exècre donc la classe politique actuelle. Elle perdra la primaire au second tour après un score honorable, mais ne s’effacera pas de l’espace politique.

Supporter d’une union de la gauche, elle sera une figure importante de la création de la NUPES et se présentera aux élections législatives. Dès lors, elle sera à nouveau victime de harcèlement misogyne de la part des politiciens, mais surtout des réseaux sociaux. Déformant ses propos, utilisant des bouts d’extraits pour déformer sa parole, elle subira nombre d’insultes. Le pire viendra à l’occasion d’une vidéo tronquée, où on l’entend dire qu’elle veut « regarder dans le lit des gens ». S’ensuivra une déferlante de haine sur les réseaux sociaux, où tous lui reprocheront de désirer se mêler de la vie intime des Français, de vouloir s’immiscer de partout. À les entendre, ils imaginent Sandrine Rousseau débarquer devant leur porte, une hache à la main. En réalité, il serait bien de prendre l’extrait dans son ensemble. Sandrine Rousseau faisait alors référence au viol conjugal et dans ce type de contexte, l’introduction de la justice dans la vie privée est bien évidemment nécessaire. « C’est ce qu’il s’est passé sur l’ensemble des évolutions judiciaires récentes, c’est-à-dire les divorces, les violences conjugales, la gestion de l’inceste, la gestion du viol conjugal. Quand le viol conjugal a été criminalisé, les gens disaient, les journalistes politiques disaient : “Non mais on ne va pas regarder dans le lit des gens”. Mais si. Et on va regarder dans les foyers des gens ce qui s’y passe. Parce que s’il y a quelque chose d’injuste et de structurellement injuste, alors il faut donner les moyens aux femmes de pouvoir s’en sortir, bien sûr.». Quand on prend son propos dans l’ensemble, on n’y trouve rien d’alarmant, pas de fantasme stupide d’une Sandrine Rousseau débarquant dans les lits des gens le regard plein de haine, mais bien la réalité de la nécessité de l’intervention de la justice dans les cas de viols conjugaux et autres violences sexuelles et conjugales. Je ne parlerai même pas du flot d’insultes qu’elle a reçue après que les accusations contre Taha Bouhafs aient été révélées, alors même que la NUPES a réglé ce problème plus vite que n’importe quel autre parti et l’a écarté en 5 jours. Par la suite, elle fut très récemment critiquée pour avoir osé commettre une faute de français.

 En réalité, tous les prétextes sont bons pour s’en prendre à Sandrine Rousseau car cette dernière effraie. Elle effraie une classe politique embourgeoisée, bien éloignée des combats réels que mènent la plupart des Français. Elle effraie également puisqu’elle dénonce les violences sexuelles, alors que nos politiciens sont très complaisants avec les auteurs, prenons pour preuve nos ministres. Surtout, elle effraie puisqu’elle est une femme, qui plus est une femme qui entend bien ne pas se laisser écraser par les diktats d’une classe politique majoritairement masculine. N'en déplaise à ses détracteurs, Sandrine Rousseau fut élue aux élections législatives et va entrer à l’Assemblée nationale. Elle a d’ailleurs été très claire et a fait part de ses intentions de provoquer le chahut lorsque Damien Abad sera présent. Sandrine Rousseau porte un message important et nous lui saurons gré de le porter pendant 5 ans à l’Assemblée.

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