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Billet de blog 20 nov. 2022

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20/11/2022 - Journée du Souvenir Trans

Le TDoR (Trans Day of Remembrance) est une date importante pour les personnes transgenres, permettant à la communauté LGBT de se souvenir et de former son histoire. Le texte qui suit est un discours que j'ai prononcé aujourd'hui le dimanche 20 novembre 2022 à 18 heures avec le collectif Outrecuidance 63 afin de commémorer la disparition de nos frères et sœurs trans.

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Avant d'entamer, votre lecture, j'ai souhaité apporter les précisions suivantes : Le TDoR (Trans Day of Remembrance) est une date importante pour les personnes transgenres, permettant à la communauté LGBT de se souvenir et de former son histoire. Le texte qui suit est un discours que j'ai prononcé aujourd'hui le dimanche 20 novembre 2022 à 18 heures avec le collectif Outrecuidance 63 afin de commémorer la disparition de nos frères et sœurs trans.

C'est le texte d'une militante en colère, celui d'une femme trans qui dresse le portrait d'un monde qui l'effraie et l’écœure pour guider son deuil.

Afin d'éviter toute poursuite, les noms de plusieurs militantes anti-trans apparaissant dans le texte original a été remplacé par le terme "femelliste", moins à même d'amener des situations d'harcèlement ciblé. Ces militantes promeuvent activement une restriction des droits des personnes trans, qu'il me semblait plus que légitime de dénoncer une nouvelle fois.


Quand je me suis proposée pour écrire le discours de commémoration pour le TDOR, je n’avais pas saisie l’ampleur de la tâche. Je m’étais dit innocemment que je pourrais exprimer mon ressenti, celui d’une jeune femme trans, dans un monde qui a tué plus de 327 personnes trans dans les douze derniers mois. Je m’étais dit que ce serait simple, je n’aurais qu’à être sincère.

Je n’aurais qu’à dénoncer cette société hétéro-cis-normalisée et du danger constant qu’elle nous impose au quotidien. Je n’aurais qu’à parler de nos droits rongés chaque jour autour du monde, de me révolter pour nos enfants que l’on exhorte à cette norme patriarcale. Je pourrais également parler de ces médecins et praticiens qui exigent de nous la conformité à leurs stéréotypes foireux, et nous analysent selon le dogme d’un pauvre tocard mort il y a plus de 80 ans. Je pourrais montrer ma rage qu’en France, pays de liberté, d’égalité, de fraternité, on stérilisait les personnes transgenres jusqu’en 2016 pour qu’iels soient reconnu⋅e⋅s par la nation. Je pourrais dire à quel point j’emmerde les femellistes quand elles viennent répandre leur venin quand depuis seulement 5 ans certains de mes frères peuvent enfin être pères. Je pourrais hurler à quel point nous sommes seul⋅e⋅s à lutter pour nos droits.

Je pourrais.

Je devrais.

Mais avant, je me souviens.

Je me souviens de tous⋅te⋅s celles et ceux que nous avons perdu⋅e⋅s. C’est alors la tristesse qui domine ma rage. Je me souviens que ce n’est pas la première journée de commémoration du souvenir trans, mais la 23ème depuis que Gwendolyn Ann Smith a commémoré la disparition de sa sœur Rita Hester. Et depuis ce 20 novembre 1999, ce sont des milliers de nos adelphes qui ont été tué⋅e⋅s à travers le monde. Les causes sont bien connues : Suicides, meurtres transphobes, maltraitances médicales et précarité imposée.

Parlons alors des suicides.

Ces suicides que nos familles, nos proches, nos écoles, nos entreprises, nos institutions poussent chaque jour. Combien d’ados trans devront se tuer avant que la société n’ait une once d’empathie et se bouge pour lutter contre la transphobie ordinaire ? Cette transphobie qui empêche encore beaucoup de vivre chaque jour comme ielles sont et les condamne au placard à perpétuité. Cette transphobie et homophobie qui met à la porte des jeunes de leur foyer et les exclut de leur famille.

Puis après les suicides, viennent les meurtres

Les meurtres qui ciblent avant tous nos sœurs trans, travailleuses du sexe et racisées nous rappellent l’impératif de l’intersectionnalité, celui de la convergence des luttes avec en priorité la défense de nos adelphes les plus vulnérables. Ils nous rappellent avec une violence inouïe le triste constat qu’en prôner l’abolition n’empêche pas la prostitution mais ne fait que mettre en danger ces travailleuses. Ils nous rappellent que la terrible disparition de George Floyd n’a pas arrêté les crimes racistes. Ils nous rappellent que la trans-misogynie tue à petit feu notre communauté.

Enfin, les maltraitances médicales

Ces maltraitances qui commencent dès le début de nos transitions, de nos révélations. Ces maltraitances qui font de nos transitions un véritable combat, même pour celleux accompagné⋅e⋅s de pères et mères trans. Celles qui mettent en danger nos santés par la méconnaissance du corps médical de nos spécificités. La même maltraitance qui bloquent et/ou régissent nos transitions et dont la SOFECT en France s’est faite spécialiste pendant des décennies.

Alors que nous reste-t-il ?

Que pouvons nous faire avec notre rage au ventre et nos larmes aux yeux ?

Nous souvenir.

Nous souvenir d’elleux. Nous devons entretenir leur mémoire et lutter contre l’oubli. Nous devons nous rappeler pour ne pas oublier nos frères et nos sœurs que ce monde nous a arraché. Nous devons conserver leurs noms et leurs histoires.

De notre rage, nous devons alimenter le feu de la lutte, militer. Radieux et radieuses dans l’adversité, nous devons nous souvenir du meilleur et du pire de nos vies. Nous devons être fièr⋅e⋅s d’être trans, gouines, pédés et queers, être forts et fortes pour celles et ceux qui nous restent.

De nos larmes, nous devons nous souvenir et construire notre adelphité, nous soutenir et faire bloc contre les multiples agressions. Nous ne devons laisser personne derrière. Soyons fièr⋅e⋅s et vivons pour nos frères et sœurs disparues. Nous devons nous souvenir d’où nous venons, et garder le cap, pour que nos adelphes ne soient plus tué⋅e⋅s à cause de ce qu’ielles sont.

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