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Billet de blog 5 mai 2017

Macron, Macron, petit, pas Papon

Pour protéger la République du régime d'apartheid voulu par le FN, les français ne disposent plus que d'un bulletin : celui du libéralisme incarné par Macron. Avaler des couleuvres pour protéger notre démocratie de l'extrême-droite, n'est-ce pas ce qui va accélérer l'emprise de cette dernière sur le corps électoral comme c'est le cas depuis au moins 15 ans ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La judéité qui coule dans mes veines ;

l'histoire de ma mère, ses racines sur d'autres rives de Mare Nostrum ;

mon affection sincère pour des personnes d'origines, de couleurs de peau ou de croyances autres que les miennes ;

mon respect égal pour chaque sœur et frère en humanité ;

la conscience que ces différences superficielles ont forgée.

Tout m'incite à voter contre #LePen et donc pour #Macron dimanche prochain.

Pour reprendre les éléments de langage de nos femmes et hommes politiques, "j'assumerai mes responsabilités".


A l'issue du premier tour, mon désir de changement et de progrès a été réduit en cendres. Ce n'est donc pas de gaieté de cœur que j'irai déposer dans l'urne quasi-funéraire ce bulletin qui enterre tous mes espoirs parce qu'il représente tout ou partie de ce contre quoi j'ai voté : la défense de l'oligarchie en place, le pouvoir de l'argent, l'exploitation de l'homme par l'homme, la captation par une minorité de la richesse créée par le plus grand nombre, le mal infligé au nom du profit. Car tel est le programme d'Emmanuel Macron le révolutionnaire.

Mais l'autre, je la déteste.

Je ne peux pas croire qu'en France, à notre époque, des gens puissent seulement envisager l'idée que l’Égalité n'est plus au cœur de l'idéal républicain et que l'on puisse lui préférer la "nationalité".

Liberté. Nationalité. Fraternité. Ça ne sonne pas si bien.

C'est avant tout l’Égalité qui fonde la République. Sans elle, point de fraternité ni de liberté, mais un régime d'apartheid séparant les individus en deux catégories artificielles.

Un apartheid, c'est toujours un trait tracé de façon arbitraire pour définir qui sont les dominants et les dominés.

L'ethnie.

Les pigments de l'épiderme.

La religion.

Les titres nobiliaires.

Le sexe.

Toutes ces choses que personne n'a choisi et seulement reçu en héritage peuvent servir de prétexte(s) pour justifier n'importe quel système de domination : racisme, intégrisme, aristocratie, patriarcat, même combat.

C'est ce que propose depuis toujours le Front National quand il invoque la "préférence nationale". Il ne propose pas de substituer à la domination de l'argent, défendue par Macron, celle de la nationalité, mais de rajouter ce nouveau facteur discriminant à une discrimination par l'argent déjà présente. Toujours la double-peine.

L'apartheid comme projet de société. L'appareil d'état en charge d'un organisation raciale afin d'améliorer le sort des "blancs" les plus démunis.

Donner ma voix pour ça : "la suprématie de la race blanche" ? Jamais !

Pourtant je comprends les réticences de nombreux électeurs à se déplacer dans leur bureau de vote afin de s'assurer qu'Emmanuel Macron vienne à bout du monstre tel Saint Georges terrassant le dragon.

Comment ne pas être désespéré alors que l'on a, au plus profond de soi, la certitude qu'Emmanuel Macron incarne un système dont l'écrasante domination sur le reste du corps social est justement le carburant dont se nourrit la flamme du FN ?

Le FN est certes un monstre, mais engendré, tout comme le terrorisme, par la paupérisation résultant de la poussée sans précédent ou presque du libéralisme le plus débridé.

Quand les gens perdent leur travail, principale source de subsistance ;

quand ils vivent le déclassement en étant capables de mesurer à quel point leur situation, en 2017, est moins favorable que celle de leurs parents, mais certainement meilleure que celle de leurs enfants ;

pourquoi voteraient-ils pour un individu, un parti, des idées qui sont la cause de leurs maux ?

Oui, les gens que nous sommes sont plutôt rationnels.

Et c'est pour cette raison qu'ils perçoivent que le bulletin Emmanuel Macron "pour lutter contre le FN en 2017" est le même qui prépare le terrain pour une victoire de la dynastie Le Pen en 2022.

Ce que perçoivent un grand nombre de français, et parmi eux de très nombreux #insoumis, c'est le décalage entre l'enjeu véritable de ce second tour et la bataille partisane à laquelle on voudrait qu'ils prennent part, et donc comment on les manipule.

Tout d'abord parce qu'en agitant la "menace Marine Le Pen", on joue avec leur peur, leur irrationnalité, de la même façon que le fait le FN en pointant du doigt les étrangers et l'islamisme radical.

De cette façon, les impétrants des partis dits "de gouvernement" font l'économie d'un vrai débat sur le fond. Un débat pourtant nécessaire parce que ce système est devenu fou en assurant la mise en œuvre d'un apartheid mondialisé basé sur l'accumulation de patrimoine.

Ensuite parce que, comme Chirac avant lui, Macron fera prévaloir sa large victoire pour justifier une casse sociale accrue au nom d'engagements européens dont la légitimité fait justement débat. Et ceci à grand renfort d'ordonnances qui lui permettront, sans faire usage du 49-3, de se passer d'un impérieux débat parlementaire.

Là encore le FN, pourfendeur de l'Europe, se présente en chevalier blanc anti-système, dénonçant l'absence d'Europe sociale pour mieux justifier sa préférence nationale.

En réalité ce que perçoivent les français c'est que, en refusant cette logique d'apartheid d'état défendue par le Front National, ils sont les seuls à vouloir défendre, malgré ce que leur en coûtera l'élection d'Emmanuel Macron, les idées de démocratie et de république.

Ils ont compris que le seul outil mis à leur disposition pour ce faire est un bulletin "libéral", qu'entre deux maux ils vont encore devoir choisir le moindre. Parce qu'Emmanuel Macron n'est pas disposé à rassembler autour de son programme mais seulement de sa personne.

Alors qu'ils devraient choisir entre deux façons alternatives de "faire société", les français se battent pour sauver leurs institutions et les idéaux que celles-ci servent : "Liberté. Égalité. Fraternité."

En feignant de s'opposer sur l'uberisation de la société, la casse du code du travail, les migrants, l'euro ou l'Europe, Marine Le Pen et Emmanuel Macron nous envoient un message : seuls comptent leurs destins.

Les français devront une fois encore patienter.

Wake up.

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